L'art de la provocation

Avec des dialogues à peu près inexistants et... (Fournie par le Festival de Cannes)

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Avec des dialogues à peu près inexistants et une intrigue mince comme une feuille de papier, Nicolas Winfing Refn a mis le paquet sur la forme pour son film Neon Demon.

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(Cannes) ENVOYÉ SPÉCIAL À CANNES / Le sulfureux Nicolas Winfing Refn n'a pas fait mentir sa réputation jeudi soir sur la Croisette avec Neon Demon. Le réalisateur danois manie l'art de la provocation avec délectation - il en a choqué plusieurs. Son long métrage baroque, sort de conte de fées postmoderne qui se transforme en film d'horreur, est d'une richesse visuelle absolument incroyable. Mais Neon Demon est à l'image de son sujet, l'industrie de la mode, d'une vacuité désespérante.

L'actrice Liv Corfixen, le réalisateur Nicolas Winding Refn... (AFP, Alberto Pizzoli) - image 1.0

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L'actrice Liv Corfixen, le réalisateur Nicolas Winding Refn et l'actrice Elle Fanning ont participé jeudi à la soirée caritative pour la lutte contre le sida, en marge du Festival de Cannes.

AFP, Alberto Pizzoli

La projection de presse s'est terminée par quelques cris de rage et des huées - probablement que Refn en sera ravi. On est loin de l'accueil délirant de Drive (Prix de la mise en scène, en 2011). 

Neon Demon met en scène Jesse (Elle Fanning), orpheline mineure qui aménage à Los Angeles. On remarque rapidement sa beauté d'ingénue et son petit je-ne-sais-quoi. Candide et naïve, elle est une proie de choix dans ce monde de prédateurs où jalousie et convoitise règnent. Mais le grand méchant loup n'est pas nécessairement celui qu'on pense. C'est à peu près tout, en plus d'avoir la métaphore lourde. 

Avec des dialogues à peu près inexistants et une intrigue mince comme une feuille de papier, Refn a mis le paquet sur la forme. La composition de chacun des plans est remarquable, sans parler des séquences oniriques qui puisent autant chez David Lynch que Jonathan Glazer - celles-ci sont hypnotiques, martelées par la musique industrielle de Cliff Martinez.

Dommage que le doué cinéaste ait mis tous ses oeufs dans le même panier. Une déception.

***

Même les meilleurs font parfois des faux pas. C'est le cas de Luc et Jean-Pierre Dardenne avec La fille inconnue. Les frères, comme on les appelle, proposent un amalgame de drame social naturaliste (leur signature) et de polar pas très crédible tellement les ficelles sont grosses.

À commencer par leur prémisse, soit qu'une docteure Jenny (Adèle Haenel, qu'on a déjà vue bien meilleure) se transforme en inspectrice Davin à temps perdu. Un meurtre ou un accident, allez savoir, s'est produit en face de sa clinique. Se sentant extrêmement coupable parce qu'elle a refusé d'ouvrir la porte à la victime après les heures d'ouverture, la médecin va tenter de façon obsessive de découvrir son identité - prenant des risques qui n'ont aucun sens.

Comme dans Deux jours, une nuit, les visites à domicile deviennent prétexte à un commentaire critique sur les exclus et la pauvreté, mais l'exercice est trop appuyé. La fille inconnue est loin du niveau de leur film précédent. Autre déception.

***

La démarche de Cristian Mungiu, Palme d'or pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours en 2007, s'avère beaucoup plus fructueuse avec Baccalauréat. Son très réussi long métrage a une portée à la fois intime et globale. Le Roumain s'attarde à l'histoire d'un père prêt à tout pour aider sa fille et qui va sérieusement compromettre sa conscience et leur relation.

Eliza (Maria Drâgus) passe les examens pour le bac, qui lui permettront de décrocher une bourse et une place dans une prestigieuse université anglaise, lorsqu'elle est agressée. Traumatisée, elle n'arrive plus à se concentrer. Romeo, son paternel (Adrian Titieni), se résout à soudoyer un responsable de l'examen, ce qui est contraire à tous ses principes et à ceux qu'il a inculqués à sa fille. Lorsque sa fille se révolte, il devra apprendre à lâcher prise et à la laisser déployer ses ailes.

Le médecin, qui vit modestement, doit aussi composer avec sa maîtresse enceinte et le mépris de sa femme. Surtout, Romeo a perdu ses illusions sur ses capacités à changer la société et est à l'âge où on fait son bilan. «Va refaire ta vie», lui lance sa femme. «Quelle vie?»

Évidemment, Mungiu place le spectateur dans une position inconfortable : qu'aurait-il fait à sa place? Est-ce que la fin justifie les moyens? Est-ce qu'un simple malheur (l'agression) peut, et doit, gâcher toutes les perspectives d'avenir d'une brillante jeune femme? De façon plus large, il livre un portrait décapant d'une société gangrénée par la corruption et les retours d'ascenseurs.

Le superbe Baccalauréat, drame social à la Dardenne dans leur grande forme, est filmé avec beaucoup de rigueur en plans-séquences cadrés large qui accentuent la véracité du jeu des acteurs. Sans lui prédire une Palme d'or, je serais extrêmement surpris que Mungiu reparte les mains vides.

ENVOYÉ SPÉCIAL À CANNES / Le sulfureux Nicolas Winfing... (Infographie Le Soleil) - image 6.0

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Infographie Le Soleil

Les frais de ce reportage sont payés en partie par le Festival de Cannes.

Lu

Quelques textes sur les délibérations du jury au cours des dernières années. Ses membres sont totalement souverains - la direction du festival n'exerce aucune pression, contrairement à certaines rumeurs. Les neuf jurés, membres de la profession, mais aussi écrivains et critiques, gardent pour la plupart un souvenir impérissable de leur expérience et même des délibérations, qui ont lieu le dimanche, en vase clos. Enfin, pas tous : certains présidents ont été plus directifs que d'autres. Il y a aussi des alliances qui se forment autour d'un film ou d'un autre, mais la Palme d'or doit toujours, à la fin, rallier toutes les voix.

Entendu

Au moins deux ou trois par jour un extrait du Carnaval des animaux de Saint-Saëns. La ritournelle a été choisie par Gilles Jacob, en 1990. Elle est extraite de l'un des films fétiches de l'ex-président du Festival, Les moissons du ciel de Terrence Malick. La pièce musicale précède chaque projection de la compétition, avec la diffusion d'une animation d'un escalier (les fameuses marches) qui part de la mer jusqu'au ciel. Vient ensuite le fameux «Raoul», crié par un journaliste en l'honneur d'un festivalier qui cherchait désespérément son compère dans la salle obscure. Une tradition persistante...

Vu

Quelques images du Déclin de l'empire américain dans la bande-annonce de la Quinzaine des réalisateurs, présentée avant chaque film. Le célèbre film de Denys Arcand avait été présenté en ouverture de la prestigieuse section parallèle du Festival de Cannes, en 1986. Les Québécois y ont toujours trouvé une place de choix. D'abord les Forcier, Lefebvre, Carle, Lanctôt, puis les Lauzon, Binamé et Lepage. Ces dernières années, le nouveau cinéma québécois y a été en force, de Falardeau à Lafleur, avec une année d'or, en 2009: Côté, Villeneuve et Dolan.

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