Xavier Dolan prend sa revanche

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Marion Cotillard et Xavier Dolan sur le tapis rouge de Cannes avant la projection de Juste la fin du monde

AFP, Valery Hache

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Du 11 au 22 mai, notre journaliste Éric Moreault est à Cannes pour suivre le festival de cinéma qui en est à sa 69e présentation. »

ENVOYÉ SPÉCIAL À CANNES / L'ovation de sept minutes qui a suivi la projection de gala de Juste la fin du monde a résonné comme une douce musique aux oreilles de Xavier Dolan: «Il y avait une belle sincérité», a-t-il confié au Soleil, tout de suite après avoir descendu les marches du Palais des festivals, où la sécurité a dû repousser les nombreux photographes. Les larmes aux yeux, comme ses acteurs, le réalisateur québécois, vêtu d'un sobre costume bourgogne, a salué les festivaliers qui l'applaudissaient à tout rompre.

Xavier Dolan est réconforté par l'acteur Gaspard Ulliel à... (AFP, Anne-Christine Poujoulat) - image 1.0

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Xavier Dolan est réconforté par l'acteur Gaspard Ulliel à la sortie de la projection de Juste la fin du monde à Cannes. Le film a été ovationné pendant sept minutes.

AFP, Anne-Christine Poujoulat

Xavier Dolan, ému,  à la sortie de la... (AFP, Loic Venance) - image 1.1

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Xavier Dolan, ému,  à la sortie de la projection de Juste la fin du monde

AFP, Loic Venance

Si l'émotion était à son comble, c'est qu'il a dédié son sixième long métrage au regretté François Barbeau, son mentor côté costumes depuis Laurence Anyways (2012). «J'aurais tellement aimé qu'il le voit», a-t-il confié, la voix tremblotante. 

Il y avait ça, mais aussi le fait qu'il prenait sa revanche sur les critiques négatives qui ont suivi la projection de presse de mercredi. «C'est dur, ce raz-de-marée virulent et vitriolique. Ça a été très intense.» Cette réception l'a rassuré. «Des fois, les gens nous font sentir une imposture. J'ai la prétention de penser que c'est ma place. Ça fait du bien de voir que les gens ont compris ce que je voulais leur dire.»

En après-midi, le cinéaste de 27 ans était «nerveux» au moment de rencontrer la presse internationale, mais pas «nécessairement inquiet» à propos de l'impression que suscitera Juste la fin du monde sur le jury de ce 69e Festival de Cannes. Le réalisateur québécois n'a pas hésité à déclarer qu'il s'agit de «[son] meilleur film».

Rencontré en début de soirée, il a avoué que «le circuit émotif a été vraiment très riche et tout en contraste [depuis hier]. J'ai traversé toutes sortes d'émotions, j'hais l'expression, mais ça a été de véritables montagnes russes. Il y a une culture de la détestation vraiment ressentie à Cannes.»

Il en a été surpris. «À un moment donné, on se pose des questions sur le bien-fondé de tout ça et la réflexion qu'il y a derrière, surtout sur les réseaux sociaux, le fait de réfléchir en 144 caractères, 144 secondes.» Pour la première fois de sa vie, dit-il, il a arrêté de lire après la vague initiale de réactions. «Il y a quelque chose de traumatisant là-dedans.» De meilleures critiques ont surgi le lendemain, notamment dans nos pages, «mais le mal a déjà été fait».

Le brillant créateur a souligné que ce n'était pas la première fois qu'une de ses oeuvres scinde la critique, citant Laurence Anyways et J'ai tué ma mère. «Je suis très heureux d'être ici avec des gens que j'aime et avec qui on a fait un film dont je suis très fier.»

Un sacré ouistiti!

Un amour partagé par ses acteurs. Nathalie Baye a évoqué un tournage exceptionnel. «C'est un réalisateur tout à fait éblouissant. Je le dis d'autant plus facilement que j'ai eu la chance de travailler avec de très grands réalisateurs. [...] C'est un sacré ouistiti!» s'est-elle exclamée.

Marion Cotillard a évoqué une grande rencontre. «On l'aime et on a envie d'être aimé de lui», a ajouté Léa Seydoux. Son travail est «quelque chose de tout à fait hors norme, que je n'avais jamais rencontré avant», a témoigné Gaspard Ulliel, qui joue le rôle principal, celui d'un homme qui vient annoncer à sa famille qu'il va mourir, après 12 ans d'absence.

À ceux qui se sont étonnés de son style dépouillé, Xavier Dolan a expliqué «que c'était ce que le scénario commandait». «Plus j'avance, plus j'ai envie de raconter des histoires» et qu'à ce chapitre il s'agit de son oeuvre la plus aboutie - et ambitieuse, ajouterait-on. «Il y a des films qui sont plus choquants, plus bouleversants, mais ils sont aussi plus imparfaits. Je ne le préfère pas pour des raisons sentimentales. Je le préfère parce que je connais mes films et les erreurs que j'ai faites. Je me suis reproché beaucoup de choses. J'ai lu beaucoup de critiques. Ça a souvent été très constructif, je ne m'en suis jamais caché. Ce qui est intéressant, c'est d'essayer de ne pas reproduire [ces erreurs].»

Il est de notoriété publique que la personnalité flamboyante de Dolan, ainsi que son assurance qui frise la condescendance, déplaît à plusieurs - qui l'attendaient dans le détour. Ajoutez ça un huis clos puissant et claustrophobe en forme de règlement de comptes familial, et on comprend la réaction presque épidermique chez certains critiques. Il s'y attendait, «mais ça ne me semble pas être le bon film pour ça». En généralisant un peu, on remarque que le clivage s'est effectué entre la presse anglo-saxonne et francophone. «Les Américains ne comprennent pas le film», croit-il

La langue du dramaturge Jean-Luc Lagarce «tout à fait exceptionnelle», dont Dolan a adapté la pièce, est frénétique. Ce déluge de mots qui se bousculent dans la bouche des acteurs cache des non-dits. Il faut savoir lire entre les lignes, comme l'a si bien résumé Vincent Cassel : «[les personnages] parlent de tout sauf l'essentiel : qu'ils s'aiment.»

Deux projets à la télé

Juste la fin du monde, et par extension The Death and Life of John FDonovan, son prochain film, marquent la fin d'un cycle et le début d'un renouveau moins tourné vers l'intime et plus ouvert sur des sujets plus englobants. Dolan a d'ailleurs deux projets de séries télés dans sa manche.

Le premier, scénarisé par Jacob Tierney et destiné à la chaîne américaine FOX, «est complètement éloigné de moi». Le second est l'adaptation d'un jeu de société, «un truc dont je rêve». Mais il ne peut en révéler plus. 

Le réalisateur québécois n'est pas en train d'annoncer qu'il délaisse le grand écran pour le petit. «Ça adonne comme ça, ce sont deux trucs qui se suivent, un de longue haleine, l'autre, c'est une minisérie de huit épisodes, merci, bonsoir, on a fini.»

Sinon, Xavier Dolan veut jouer plus souvent et réaliser des films de genre. À suivre.

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