Dolan accueilli par un silence pesant

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Le réalisateur québécois Xavier Dolan présente son film Juste la fin du monde à l'occasion du 69e Festival de Cannes.

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Du 11 au 22 mai, notre journaliste Éric Moreault est à Cannes pour suivre le festival de cinéma qui en est à sa 69e présentation. »

ENVOYÉ SPÉCIAL À CANNES / La compétition du 69e Festival de Cannes n'ayant pas, jusqu'à maintenant, livré une Palme d'or incontestable, les attentes envers Xavier Dolan étaient décuplées - comme en témoignait une projection de presse très courue mercredi soir. Juste la fin du monde, un huis clos puissant et claustrophobe, a sonné les spectateurs qui l'ont accueilli avec un silence pesant. Ce film dense et extrêmement bien filmé va diviser la critique, parfois assassine sur la Croisette.

Ceux qui s'attendaient à ce que le flamboyant réalisateur refasse Mommy seront déçus. Ce cinquième long métrage présenté au Festival marque une évolution dans son oeuvre, sans ses acteurs fétiches et ses effets de manche habituels - bien que Dolan tombe parfois dans des excès maniérés qui cadrent mal avec le reste. Il a lui-même décrit Juste la fin du monde comme son premier film d'homme.

Or, le flamboyant Dolan, on le savait, a des couilles. Et il en faut pour proposer cette adaptation de la pièce éponyme (1990) de Jean-Luc Lagarce (décédé du sida en 1995). La prémisse de Juste la fin du monde se résume assez simplement. Après 12 ans d'absence, un écrivain retourne dans son village natal pour annoncer à ses proches sa mort prochaine.

Le Québécois a voulu conserver la langue vivante et nerveuse du dramaturge le plus possible : c'est très déstabilisant. Parce que ce flot de mots qui se bousculent dans la bouche des acteurs cache des non-dits qui étouffent chacun des membres de cette famille qui souffre de l'absence de Louis (Gaspard Ulliel, formidable de retenue).

Le condamné de 34 ans est tétanisé par ce retour sur ses pas et ce qu'il a à annoncer. Son frère Antoine (Vincent Cassel) et sa soeur Suzanne (Léa Sédoux) ont, eux, peur d'exprimer leurs vraies émotions. Mais les échanges sont souvent chargés de tension et les silences sont à couper au couteau.

Quelques retours en arrière, comme autant d'éclairs de mémoire, nous font un peu sortir de cette oeuvre qui respecte la règle d'unité de temps, de lieu et d'action du théâtre (à part une courte échappée en auto avec des plans-séquences très réussis). Des écarts pour mieux nous y ramener.

Juste la fin du monde est un orage qui gronde, avec ses nuages chargés de tension : il y a de l'électricité dans l'air. Un sentiment exacerbé pour le spectateur : il connaît le secret de Louis et s'attend continuellement à ce qu'il le révèle.

Ce qui explique l'absence de réactions dans la salle - les gens étaient sonnés -, réactions par ailleurs très mitigées ensuite dans les médias sociaux : on a aimé («une leçon de cinéma») ou on a détesté («prétentieux et ennuyant»). Je me range dans le premier camp. Ce film remue les tripes autant que s'impose la mise en scène très maîtrisée de Dolan.

Le réalisateur va préconiser un recours systématique aux gros plans et aux regards, qui en disent beaucoup plus que le reste. À ce propos, Marion Cotillard, qui joue la belle-soeur anxieuse de Louis, est absolument formidable. Sa performance vibrante et touchante devrait lui mériter un prix d'interprétation.

Mais une part du mérite revient à Dolan, dont la direction d'acteurs est aussi audacieuse que précise. On dira ce qu'on voudra, mais le brillant réalisateur a une vision très précise de son film, notamment dans le choix des couleurs et l'utilisation de la musique (parfois agaçante).

Reste à voir comment réagiront les festivaliers - souvent un meilleur baromètre - à la projection de gala, qui aura lieu jeudi soir sur la Croisette. Et surtout le jury, qui livrera son verdict dimanche. À sa première présence en compétition, en 2014, Xavier Dolan avait obtenu le Prix du jury, ex aequo avec le légendaire Jean-Luc Godard.

Juste la fin du monde sera en salle le 21 septembre au Québec.

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