Dolan aura sa chance pour la Palme

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Xavier Dolan à son arrivée au Festival de Cannes en 2015.

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Du 11 au 22 mai, notre journaliste Éric Moreault est à Cannes pour suivre le festival de cinéma qui en est à sa 69e présentation. »

ENVOYÉ SPÉCIAL À CANNES / Sur papier, le 69e Festival de Cannes était prometteur. Et c'est le cas : la compétition est très relevée. De très bons films, mais aucun qui ne peut réellement prétendre à la Palme d'or, sauf Toni Erdmann de Maren Ade, et encore. Xavier Dolan conserve donc toutes ses chances. Il reste, toutefois, les Dardenne et Asghar Farhadi, toujours de sérieux prétendants, ainsi que Sean Penn et Nicolas Winding Refn. Mais s'il faut retenir quelque chose, à mi-parcours, c'est bien la prédominance de la touche féminine.

Il n'y a que trois réalisatrices, sur 21 films, et deux d'entre elles ont fortement marqué la compétition. L'Allemande Ade a obtenu de très bonnes appréciations avec son portrait de la relation particulière entre une femme carriériste et son père inquiet pour sa fille. Quant à la Britannique Andrea Arnold, elle a profondément divisé la critique avec American Honey. Certains se sont extasiés, d'autres, comme moi, ont trouvé sa recherche esthétique sur l'Amérique des white trash profondément vaine. Mais c'est la beauté de l'exercice ici : de féroces batailles d'arguments à propos de films qui ne laissent personne indifférent.

C'est le cas aussi, par exemple, de Ma Loute (Bruno Dumont), Paterson (Jim Jarmusch) et Loving (Jeff Nichols), longs métrages que j'ai adorés et qui n'ont pas fait l'unanimité (tant mieux). Le premier est probablement trop étrange, le deuxième trop manichéen et le troisième trop poétique, mais il s'agit d'oeuvres d'auteur captivantes qui illustrent la spécificité du cinéma sur grand écran.

Constat : il y a beaucoup de rôles forts pour les femmes cette année et donc, de très bonnes performances d'actrices. Ruth Negga, incroyable de justesse dans Loving, a une longueur d'avance sur ses pairs en compétition. Sandra Hüller, l'héroïne de Toni Erdmann, et Marion Cotillard, bouleversante dans Mal de pierres, ne sont pas loin. 

Chez les hommes, c'est moins évident. Joel Edgerton a livré une performance remarquée dans Loving, tout comme Adam Driver, le chauffeur de bus taciturne de Paterson.

Sinon, on retient des audaces formelles - il y a des réalisateurs qui ont pris des risques - et beaucoup de sexualité explicite, souvent plus esthétique que racoleuse.

Bref, on attend avec impatience le Juste la fin du monde de celui que les InRocks a surnommé le «Boss de la Croisette» en une, rien de moins - Xavier Dolan est une superstar en France... Je vous donne mes premières impressions tout de suite après la projection de presse mercredi soir, à Cannes (en après-midi au Québec).

ENVOYÉ SPÉCIAL À CANNES / Sur papier, le... (Infographie Le Soleil) - image 2.0

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En attendant, on est bien content que Julieta marque un retour en forme de Pedro Almodóvar, même s'il s'agit d'une oeuvre mineure dans son corpus de 20 films. Le célèbre réalisateur espagnol revient à ses amours : les femmes, en particulier la relation entre une mère et sa fille, qui a décidé de couper les ponts. Un sujet qui peut s'avérer particulièrement bouleversant pour n'importe quel parent qui éprouve des problèmes de communication avec sa progéniture.

On aurait aimé que le film d'Almodóvar soit moins superficiel, d'autant qu'il fait montre d'une retenue stylistique à laquelle il ne nous a pas souvent habitués. Comme il le disait lui-même en conférence de presse, ce n'est pas un «aldodrama», mais un mélodrame sobre - un peu appuyé.

Celui de Julieta (Emma Suarez) dont la profonde blessure va se rouvrir après une rencontre fortuite. La mère éplorée va prendre la plume pour raconter à sa fille ce qu'elle n'a jamais osé lui dire. Un bon prétexte pour nous ramener 25 ans en arrière alors que Julieta, cette fois interprétée par Adriana Ugarte, fait la rencontre du père d'Antia. L'emploi de deux actrices pour le même personnage, «je pense que ça ajoute à l'épaisseur dramatique».

Ce qui marque, toutefois, dans ce film sur la culpabilité, c'est que ses protagonistes souffrent des affres du destin - elles «sont punies par la vie de façon très sévère», a indiqué Almodóvar en parlant de tragédie. Mais trop, c'est comme pas assez.

Cette accumulation d'épreuves vient peut-être du fait que le cinéaste a tenté de fusionner trois nouvelles de la Canadienne Alice Munro, à laquelle il n'a pas été «très fidèle», en une seule oeuvre.

Il reste tout de même un maître dans l'art de mener son histoire touchante à bon port et on retrouve son esthétique particulière, en plus d'un hommage à peine voilé à Hitchcock pour les scènes de train. Il en faut une signature forte pour intégrer un tel maître sans faux pas. Surtout qu'un Almodóvar dans la bonne moyenne, c'est plus que le meilleur d'une grande majorité de cinéastes.

Les frais de ce reportage sont payés en partie par le Festival de Cannes.

LU

Dans une entrevue accordée au Film français, que Nancy Grant, la productrice de Xavier Dolan, songe à se joindre à We Do It Together. La compagnie de production féministe à but non lucratif est une initiative de plusieurs actrices, dont Jessica Chastain et Juliette Binoche. Le premier film de la boîte, Together Now, regroupera sept courts métrages, avec chacun une réalisatrice et une actrice. Les cinéastes retenues sont : Robin Wright, Catherine Hardwicke, Katia Lund, Patricia Riggen, Haifaa Al Mansour, Malgorzata Szumowska et Melina Matsoukas.

VU

Pedro Almodóvar répondre à une question sur son implication dans les Panama Papers (des documents sur l'usage par des privilégiés de sociétés-écrans). «Mon nom et celui de mon frère sont les moins importants de [la liste]. Si c'était un film, nous sommes tellement secondaires que nous ne serions même pas au générique. Mais la presse espagnole nous a traités comme des personnages principaux. Il n'y a pas eu assez d'enquêtes à ce sujet. Mais ça ne vous a pas empêchés de voir Julieta.» Une réponse curieusement accueillie par une salve d'applaudissements par certains journalistes - groupies serait plus approprié...

ENTENDU

Le très réussi drame social Aquarius de Kleber Mondonça Filho. Le (un peu trop) long métrage en compétition s'intéresse à Clara (Sonia Braga, très forte), une vieille femme qui refuse de céder son logement à des promoteurs intimidants qui veulent construire une tour de luxe. À travers son combat en trois actes, le réalisateur en profite pour peindre en oblique un portrait des problèmes sociaux (inégalités économiques obscènes, corruption, laxisme, exploitation, etc.) du Brésil, en général, et de Recife, en particulier. Dans la veine des Dardenne et de Loach, tant dans la forme que sur le fond.

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