L'amour est plus fort que tout

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Le réalisateur Jeff Nichols (à gauche) est accompagné de Ruth Negga et de Joel Edgerton, les deux acteurs qui illuminent son film Loving.

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Du 11 au 22 mai, notre journaliste Éric Moreault est à Cannes pour suivre le festival de cinéma qui en est à sa 69e présentation. »

ENVOYÉ SPÉCIAL À CANNES / Il y a des signes qui ne trompent pas à Cannes. Le profondément humain et touchant Loving de Jeff Nichols a obtenu des applaudissements prolongés après sa projection à la presse. Qui s'est révélée ensuite divisée sur ce drame sentimental tout en retenue qui raconte une des plus formidables luttes du XXe siècle contre la ségrégation aux États-Unis. Un film illuminé par les deux plus belles interprétations du Festival jusqu'à maintenant.

«Je ne voulais pas faire un drame judiciaire, mais un film à propos de deux personnes qui s'aiment», a révélé le réalisateur américain (Mud, Midnight Special). Et quel amour! Richard (Joel Edgerton) et Mildred Loving (Ruth Negga) conçoivent et se marient. Rien de spécial, me direz-vous. Pas en 1958 en Virginie, quand vous êtes un grand blond introverti, un peu redneck, et une pétillante petite Noire...

Persécuté par l'appareil judiciaire - ils doivent quitter l'État sous peine d'emprisonnement -, le couple se rendra jusqu'en Cour suprême. Dans Loving, la petite et la grande Histoire sont inextricablement liées, mais Nicholls a mis l'accent sur les humains et un combat qui n'aurait jamais dû avoir sa raison d'être, avec le racisme et les droits civiques en arrière-plan.

Le réalisateur, dont c'est la troisième présence ici, aurait pu tomber dans le pathos, il a plutôt choisi la finesse et la pudeur, laissant, souvent, les regards d'Edgerton (Le cadeau) et Negga (World War Z) exprimer l'essentiel. C'est le plus classique de ses longs métrages sur le plan formel, mais le plus émouvant aussi. Faut dire qu'il n'avait guère le choix. «Ma femme m'a dit : "Je t'aime beaucoup, mais si tu ne fais pas ce film, je divorce".»

Il a, en tout cas, profondément remué bien des gens, à commencer par les deux acteurs. «Ce n'était même pas un travail de faire ce film. C'était juste un très grand privilège», a commenté Edgerton. Negga s'est enflammée : «C'est le film le plus important que j'ai tourné et un des plus importants de l'histoire.» Une déclaration qui a bien embarrassé Nichols - c'est nettement exagéré.

N'empêche. Loving a une profonde résonnance encore aujourd'hui pour la lutte universelle contre toutes les formes de discrimination. Les lois changent, mais pas nécessairement les mentalités, comme on peut le voir encore de nos jours aux États-Unis (et ailleurs). Nichols a pris grand soin de ne pas poser le pied sur ce terrain miné en conférence de presse. Pas besoin, son évocateur long métrage parle de lui-même. «La ligne directrice du film était la vérité, ce qui s'est réellement passé», comme le soulignait Edgerton.

Les puristes ont beau trouver ce drame biographique trop conventionnel pour la compétition, Loving n'en démontre pas moins, encore une fois, le talent immense de Nichols comme réalisateur et comme narrateur (quel sens incroyable de l'ellipse). Son cinquième métrage n'a peut-être pas la résonnance d'Esclave pendant 12 ans, mais il va, assurément, lui permettre de rejoindre un plus large public. Et provoquer bien des discussions, son souhait le plus cher.

* * *

De solides huées ont clos la présentation de Personnal Shopper d'Olivier Assayas, lundi soir. Avec raison. Le réalisateur français a essayé de faire un film de peur «sérieux», mais il livre une oeuvre complètement décousue, doublée d'une vacuité ahurissante.

Après avoir pendant une heure essayé de faire un Poltergeist à la sauce 2016 - le personnage de Kristen Stewart, médium incertaine, reçoit d'inquiétants textos d'un esprit frappeur -, Assayas tente de faire un Hitchcock de lui (un cinéaste qu'il admire). Et réussit seulement à se couvrir de ridicule. On peut néanmoins admirer son immense talent à la réalisation, la façon notamment dont il multiplie les mouvements de caméra élaborés et utilise les trucs du genre.

La présence de Kristen Stewart avait aidé à la renommée de Sils Maria. Elle revient, et pas dans un rôle de soutien : sa Maureen est de pratiquement tous les plans. On se demande ce qu'elle est allée faire dans cette galère - l'actrice de Twilight offre une bonne performance, dans les circonstances, mais elle ne peut sauver le film du désastre. D'autant que tout ça finit dans un grand truc mystique et avec une pirouette indigne du réalisateur dont c'est la cinquième présence en compétition.

Il n'a jamais gagné et ce ne sera pas cette fois-ci non plus.

Les frais de ce reportage sont payés en partie par le Festival de Cannes.

ENVOYÉ SPÉCIAL À CANNES / Il y a des signes qui ne... (Infographie Le Soleil) - image 6.0

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Infographie Le Soleil

Lu

Que Martin Scorsese renoue avec l'univers mafieux. Les droits de distribution internationaux de The Irishman se sont vendus 50 millions $ à Cannes. Doté d'un budget de 100 millions $, le tournage commencera en janvier 2017 et comptera sur une distribution du tonnerre : Robert De Niro, Joe Pesci et Al Pacino. De Niro y jouera Frank Sheeran, un haut dirigeant des Teamsters qui entretenait des liens avec la mafia. Peu avant sa mort en 2003, le syndicaliste a confessé la mort de son collègue Jimmy Hoffa (dont le corps n'a jamais été retrouvé) et prétendu qu'Hoffa était derrière l'assassinat de John F. Kennedy.

Vu

Patrick Roy, alors qu'il s'apprêtait à entrer au marché du film. Non, il ne s'agit pas de l'entraîneur de l'Avalanche, mais du président d'eOne Films Canada et des Films Séville. Le Montréalais est là pour négocier l'achat de productions sur scénario et les droits de distribution au pays de plusieurs longs métrages. Mais aussi pour vendre Juste la fin du monde aux distributeurs étrangers. Ne manque réellement que les États-Unis, Patrick Roy était néanmoins optimiste. Comme le marché se termine (officiellement) vendredi, il pourra se consacrer entièrement à la première mondiale du film de Xavier Dolan, jeudi soir.

Entendu

Jeff Nichols expliquer les difficultés inhérentes à transposer une histoire vraie en respectant les gens impliqués. Le réalisateur pouvait compter sur le documentaire de Nancy Buirski, The Loving Story (2011), basé sur les aspects légaux, mais Richard et Milfred Loving sont décédés, tout comme deux de leurs trois enfants. Et Peggy est plutôt timide. C'était peu. «Je ne sais pas s'ils ont fait tout ce qu'on retrouve dans le film, j'ai dû imaginer bien des choses. Mais j'espère que ça représente l'essence de qui ils étaient.»

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