La reine Marion

Marion Cotillard est arrivée à la Croisette en... (AFP, ANNE-CHRISTINE POUJOULAT)

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Marion Cotillard est arrivée à la Croisette en compagnie de l'acteur français Louis Garrel, qui lui donne la réplique dans Mal de pierres, de la réalisatrice Nicole Garcia.

AFP, ANNE-CHRISTINE POUJOULAT

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Du 11 au 22 mai, notre journaliste Éric Moreault est à Cannes pour suivre le festival de cinéma qui en est à sa 69e présentation. »

(Cannes) ENVOYÉ SPÉCIAL À CANNES / Oubliez Julia Roberts ou Kristen Stewart. La véritable reine du Festival de Cannes s'appelle Marion Cotillard. La formidable actrice française a une présence impériale à l'écran - ce qui explique qu'elle en soit à sa cinquième présence consécutive sur la Croisette avec un film en compétition! Et deux fois plutôt qu'une cette fois. Elle était présente dimanche pour Mal de pierres de Nicole Garcia et reviendra mercredi pour Juste la fin du monde, de Xavier Dolan.

ENVOYÉ SPÉCIAL À CANNES / Oubliez Julia Roberts... (Infographie Le Soleil) - image 1.0

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Infographie Le Soleil

En personne, la femme de 40 ans est la simplicité incarnée. Affable et souriante, elle essaie de bien répondre aux questions, même les plus saugrenues. Sa simplicité et sa douceur contrastent avec l'intensité et l'ardeur farouche de Gabrielle, qu'elle incarne avec une présence qui commande le regard dans presque tous les plans de ce drame amoureux.

Une jeune femme qui a un désir d'absolu tant en amour que dans la vie, mais qui est contrainte à un mariage forcé dans la France des années 50. La passionnée épouse le taciturne José (Àlex Brendemühl), un maçon droit et fier qui, craint-elle, va l'enterrer vivante.

Mais lors d'une cure thermale pour soigner ses calculs rénaux - une manifestation de son corps lorsqu'elle est contrariée -, elle est séduite par un lieutenant (Louis Garrel) qui va rallumer son désir inextinguible. «Je ne voyais personne d'autre qui pouvait rendre cette brutalité, cette sexualité», a expliqué Nicole Garcia. Et aussi son mal de vivre qui affecte son équilibre mental - elle n'est pas folle, mais troublée.

Car ce long métrage, bien filmé mais de façon très classique, tant dans son esthétique que dans son récit, fascine surtout par sa façon d'évoquer la sexualité féminine. Il fallait probablement une réalisatrice pour réussir à exprimer cette vitalité, mais aussi pour la mettre en images de si belle façon, sans en faire une femme-objet. «[Gabrielle] a quelque chose de sauvage, de très sexué, le désir féminin est très présent en elle, et en même temps, il y a une mystique de l'amour, une quête de l'absolu qui m'a enchantée.»

Même si elle ne voulait pas l'incarner, le personnage a fortement interpelé Marion Cotillard. Elle se remettait de films «très intenses» : «j'avais envie de prendre du temps pour moi». Elle a tergiversé. Puis elle a dit oui, mais pas tout de suite. Nicole Garcia a patienté un an.

Une attente qui en valait la peine pour la réalisatrice, dont c'est la troisième présence en compétition. Une autre actrice n'aurait pas donné autant de souffle à ce film conventionnel, qui exprime toutefois de belles choses sur l'amour. L'adaptation du livre de Milena Agus donne droit, d'ailleurs, à de superbes lignes de dialogues. Il y a plus. L'introduction de Mal de pierres ne sert qu'à mettre en place un retour en arrière de 15 ans. Au bout de celui-ci, le spectateur aura droit à une formidable twist qui donne un éclairage totalement différent sur le récit et qui amène une très belle conclusion.

***

Avec Paterson, Jim Jarmusch livre le plus beau film de la compétition jusqu'à maintenant. Son film aérien est un magnifique poème minimaliste, du cinéma réduit à son expression la plus pure. Ce n'était pourtant pas évident que cette histoire de Paterson (Adam Driver), un chauffeur d'autobus qui consigne chaque jour dans son carnet secret des bribes de poésie. Et pourtant...

Son doux rêveur trouve réconfort dans la routine, ce que Jarmusch illustre sans jamais que ce soit répétitif. Il développe ainsi un effet de répétition qui permet un grand sentiment de proximité avec le spectateur, notamment avec l'humour clin d'oeil, surtout avec Marvin, le chien de Paterson et sa copine (Golshifteh Farahani), aussi originale et excentrique que lui peut être ordinaire.

L'air de rien, Paterson illustre à merveille le mystère de l'inspiration artistique. À sa 11e présence à Cannes, le dernier des réalisateurs indépendants démontre encore une fois sa pertinence. Son très zen Paterson ne repartira pas avec la Palme d'or, mais Adam Driver pourrait bien remporter le Prix d'interprétation tellement sa composition subtile et à fleur de peau est d'une époustouflante justesse.

Ce Paterson est à ranger au par avec ses oeuvres comme Mystery Train et Night on Earth.

Les frais de ce reportage sont payés en partie par le Festival de Cannes.

Soir de première pour Nélisse et Jaros

Jaros, sa productrice Fanny-Laure Malo et l'actrice Karelle... (Le Soleil, Éric Moreault) - image 3.0

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Jaros, sa productrice Fanny-Laure Malo et l'actrice Karelle Tremblay, qui joue le rôle principal dans Oh What a Wonderful Feeling.

Le Soleil, Éric Moreault

C'était soir de première, dimanche, à Cannes, pour les Québécois Sophie Nélisse et François Jauros. Autant pour leur présence sur la Croisette que pour leurs films. L'actrice accompagnait Mean Dreams à la Quinzaine des réalisateurs alors que le réalisateur présentait Oh What a Wonderful Feeling, son court qui est en compétition à la Semaine de la critique.

Sophie Nélisse n'en revenait pas d'être au Festival. «C'est incroyable. On capote vraiment. On est un peu ébloui», a-t-elle réagi, tout juste après la projection du long métrage du Torontois Nathan Morlando, pimpante dans sa robe bleu pâle malgré la chaleur. L'actrice de 16 ans incarne Casey, une adolescente qui s'enfuit de la maison avec son voisin Jonas (Josh Wiggins). Celui-ci a dérobé un sac plein d'argent au père de Casey, un flic violent et corrompu. Et le psychopathe veut à tout prix récupérer son bien.

«Cette fille n'a jamais eu d'ami de son âge à qui se confier», dit-elle pour expliquer l'idylle qui se forme rapidement entre les deux ados et les pousse à la fuite - un rite de passage vers l'âge adulte. Victime de son père violent, elle se retrouve ensuite dans «un univers où elle retrouve un peu d'espoir - [Jonas] lui permet de voir la vie d'une autre façon. C'est un personnage extrêmement fort d'esprit, mais, en même temps, elle est extrêmement fragile.»

Les deux jeunes ont vraiment une très bonne chimie, mais le film ne leur laisse pas beaucoup de place pour exprimer leur talent. Maladroit et prévisible, ce road-movie n'évite aucun cliché. Le suspense est efficace, mais dénué de toute originalité. Mean Dreams ne laissera aucune impression durable.

Laisser toute la place au spectateur

Ce qui est loin d'être le cas du court métrage de François Jaros. Film d'essai, où le réalisateur a voulu «laisser toute la place au spectateur», Oh What a Wonderful Feeling est un film un peu abstrait, ce qui laisse beaucoup de place à l'interprétation : «chaque personne va avoir son propre regard sur le film». Même Karelle Tremblay (Les êtres chers), l'actrice principale, n'a pas vraiment compris de quoi il retournait à la lecture du scénario, nous a-t-elle confié...

La réaction du public cannois a rassuré Jaros. Rencontré sur le bord de la Méditerranée, sous un ciel magnifique, le jeune réalisateur (Maurice) décantait sa première projection. Arrivé à l'ouverture de cette 69e édition, il savourait chaque moment de son séjour où il a fait le plein de films avant de se consacrer à la présentation de son court.

Cette forme épurée, «c'est du cinéma que j'avais toujours voulu faire, un objet purement cinématographique. C'était vraiment de pousser des codes de cinéma et jusqu'où on pouvait aller avec ce langage. Le travail des comédiens parlait tellement qu'on n'avait pas besoin de plaquer des mots dessus. J'ai eu beaucoup de plaisir à faire ça.»

L'important, dit-il, c'est de se remettre en danger à chaque film. François Jaros travaille à l'écriture de deux longs métrages. J'haïs le hockey, une adaptation du roman de François Barcelo, «c'est encore une fois un ton bizarre», qu'il réalisera. Et Geneviève, une collaboration avec Stéphane Foenkinos (La délicatesse), qui sera réalisé par le Français. «C'est un plaisir d'écrire pour quelqu'un d'autre. Mais, encore une fois, c'est de plonger dans un univers différent.»

Un prix ici pourrait donner encore plus de visibilité à celui qui a obtenu un ex-Jutra pour Toutes des connes. La réponse d'ici une semaine.

Lu

Que les dérives sécuritaires peuvent mener aux pires aberrations. Lauren Grant, une productrice torontoise, s'est vu refuser l'accès au bureau d'accréditation parce qu'elle était accompagnée de son... bébé de neuf mois! Même chose pour l'accès au marché du film où se situe le pavillon canadien, lieu où elle tient ses rencontres de travail. Pratique pour allaiter! Finalement, le bébé a obtenu un laissez-passer avec sa photo, même s'il a fallu faire une exception: le règlement stipule que les mineurs ne peuvent être accrédités...

Entendu

Marion Cotillard expliquer qu'il arrive encore de nos jours que des parents empêchent leurs enfants «de déployer leurs ailes et les privent de leurs libertés, de leurs désirs. Ça peut rendre les gens malades. [...] J'ai eu la chance d'avoir une enfance avec des parents qui m'ont laissée déployer mes ailes. Ce qui fait qu'aujourd'hui, même si j'ai encore des zones à travailler, je suis une femme libre.»

Vu

Les fameux faucons du Martinez, un hôtel de luxe. Les racés oiseaux de proie sont devenus de véritables vedettes sur la Croisette, au point d'attirer de nombreux paparazzi - amateurs ou pas. Depuis cinq ans, les rapaces de Christophe Puzin ne sont toutefois pas là pour faire de la figuration ou présenter leur meilleur profil: ils sont engagés pour éloigner les mouettes et les pigeons qui sont attirés par la nourriture servie sur le parterre de l'hôtel. Ils semblent, toutefois, que contrairement à plusieurs locataires, ils ne soient pas des oiseaux de nuit...

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