Vent de folie sur la Croisette

Toujours aussi cabotin, Fabrice Luchini tente d'embrasser Juliette... (AFP, Loic Venance)

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Toujours aussi cabotin, Fabrice Luchini tente d'embrasser Juliette Binoche, qui partage la vedette avec lui dans Ma loute.

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Festival de Cannes

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Du 11 au 22 mai, notre journaliste Éric Moreault est à Cannes pour suivre le festival de cinéma qui en est à sa 69e présentation. »

(Cannes) ENVOYÉ SPÉCIAL À CANNES / Le Festival de Cannes projette une image désinvolte de paillettes et de vedettes. Mais dans les salles, c'est souvent lourd: les films en sélection abordent des sujets perturbants, portés par des drames intenses et déchirants. Le vent de folie de Ma loute a aéré les esprits (même chose pour Toni Erdmann). La comédie déjantée de Bruno Dumont fait mouche grâce à des performances foldingues de la grande Juliette Binoche et de l'excentrique Fabrice Luchini (toujours aussi cabotin en conférence de presse).

Bruno Dumont est un cinéaste singulier. Ses premiers films d'auteur misent sur une simplicité exacerbée et une distanciation qui déconcertent souvent le spectateur moyen, mais ravi le milieu : il gagne deux fois le Grand Prix à Cannes. P'tit Quinquin, une série policière tournée en 2013, marque toutefois un virage important et nous fait découvrir un sens de l'humour déconcertant qu'on ne lui soupçonnait même pas.

Ma loute s'inscrit dans le même mouvement. Dumont tourne encore dans le nord de la France - «le cinéaste doit filmer là où il est pour exprimer l'universalité» -, mais avec un mélange d'acteurs établis et de non-professionnels. Les premiers campent une famille de bourgeois décadents en vacances, les deuxièmes, une famille de pêcheurs très particulière. Des classes sociales qui, en 1910, ne se mêlent pas. Mais voilà que Billie et Ma loute commencent à se fréquenter.

En parallèle, des estivants disparaissent mystérieusement. L'improbable inspecteur Machin et son adjoint Malfoy, à la Laurel et Hardy, malmènent l'enquête. Une enquête bien secondaire dans cette histoire de fou, presque surnaturelle. «J'ai voulu mélanger les couleurs et faire un film coloré», explique le réalisateur de L'humanité. C'est réussi.

Et comme il s'agit de Dumont, le burlesque devient un prétexte pour explorer des thèmes troublants. «Le drôle est un degré du drame. Le drolatique, c'est le drame qui a échoué.» Bref, tout est dans le ton - ici carnavalesque. En grossissant le trait, on peut mieux voir. «C'est ça, l'ironie. On peut faire passer des choses graves par cette légèreté comique. Et je pense que ça nous embrasse tel qu'on est : à la fois des salauds et des saints; à la fois des crétins et des génies.»

Ce qui n'allait pas sans difficulté pour des comédiens chevronnés, qui ont dû être déprogrammés, en quelque sorte. «Il m'a juste poussé pour provoquer un malaise, pour cette folie qui traverse la famille», a expliqué la splendide Juliette Binoche, méconnaissable en hystérique.

Luchini, qui avait déjà exprimé ses doutes sur Dumont dans son livre, a réitéré. «Il est déstabilisant au début. J'étais complètement perdu, je me demandais ce que je foutais là. Faire rire est beaucoup plus compliqué que produire de l'émotion. Il te donne des contraintes immenses, mais à l'intérieur de celles-ci, il y a une grande liberté. Je m'en suis rendu compte tardivement», a expliqué celui qui joue un bossu pas très vif d'esprit.

Ma loute perd un peu de son élan dans le dernier tiers. Mais quel film hilarant, jusque dans ses aspects outranciers. Comme dit Dumont, «c'est de la cuisine. Il faut parfois des ingrédients forts pour que ça ait du goût.»

Plusieurs avaient hâte de voir Toni Erdmann de Maren Ade. Il s'agit d'un des trois films d'une réalisatrice et le premier en lice pour la Palme d'or pour l'Allemagne depuis 10 ans. Sa comédie douce-amère est basée sur un choc des générations inversé entre une femme affairée et arriviste (Sandra Hüller, très bonne) et son clown de père (Peter Simonischek). Le pince-sans-rire croit que sa fille est malheureuse et va tout faire pour l'aider. À sa façon maladroite, mais touchante, pendant que celle-ci se demande ce qu'il y a de si important dans la vie.

Ade explore le lien particulier de cette filiation, les difficultés de communication et l'incompréhension mutuelle. Son long métrage aurait pu tomber dans la psychologie à cinq cennes, il est plutôt frais et amusant, dans un cadre naturaliste qui évoque celui de John Cassavettes (une influence marquée). On rigole beaucoup, et Toni Erdmann contient des séquences d'anthologie, dont une a même provoqué des applaudissements spontanés.

Malheureusement, le long métrage tourne parfois à vide, et Maren Ade a été beaucoup trop indulgente dans la longueur : la réalisatrice aurait facilement pu retrancher 30 à 45 minutes. Après tout, les meilleures blagues sont les plus courtes.

ENVOYÉ SPÉCIAL À CANNES / Le Festival de Cannes... (Infographie Le Soleil) - image 2.0

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Infographie Le Soleil

Les frais de ce reportage sont payés en partie par le Festival de Cannes.

Lu

Un supplément du Screen, magazine de cinéma spécialisé d'Angleterre, sur la présence canadienne au Festival. Kim Nguyen (Two Bears and a Lover) et Xavier Dolan (Juste la fin du monde), entre autres, ont droit à deux longs papiers. Le magazine est bien en évidence sur un présentoir à l'entrée du pavillon du Canada au marché du film, situé sur la plage de la baie. Pas moins de 165 sociétés de production se sont inscrites auprès de Téléfilm afin d'avoir un accès privilégié aux productions qui seront éventuellement distribuées au pays et pour conclure des affaires.

Vu

Jean-Luc Vincent déambuler tranquillement dans la rue Maréchal Foch et s'acheter Libération, tout de suite après la conférence de presse de Ma loute. L'acteur joue surtout au théâtre et pouvait se promener incognito. Mais le contraste est fort avec l'inaccessibilité des vedettes, retranchées derrière des barrières et des gardes du corps ainsi qu'une armée de relationnistes qui érigent une forteresse où seuls les journalistes «importants» peuvent entrer. Remarquez, George Miller, le président du jury, a emprunté un vol commercial et est allé chercher seul ses bagages au carrousel lors de son arrivée à Nice...

Entendu

Une tirade enflammée - faut-il s'en surprendre? - de Fabrice Luchini. «Faut pas tellement essayer de comprendre avec [Bruno] Dumont. Grâce à son opiniâtreté, à sa chaleur bizarre, c'est lui qui fabrique à travers toi et tu obéis. La seule chose dont il ne faut pas avoir peur, c'est d'être dans un truc qui pourrait être très mauvais.» Et de rejouer, avec force mouvements et dialogues, quelques scènes du film où le réalisateur l'a contraint à jouer, à ses yeux, des trucs bizarres, notamment concernant l'apéro - que l'acteur fantasque déteste.

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