Cannes: à la vie, à la mort

Le réalisateur mexicain Michel Franco (deuxième à partir... (Photo AFP, Valery Hache)

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Le réalisateur mexicain Michel Franco (deuxième à partir de la droite) était entouré des acteurs de son film Chronic sur le tapis rouge de Cannes, hier : la Mexicaine Nailea Norvind, l'Américaine Robin Bartlett, le Britannique Tim Roth et l'Américaine Sarah Sutterland.

Photo AFP, Valery Hache

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Festival de Cannes

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Du 13 au 24 mai, notre journaliste Éric Moreault est à Cannes pour suivre le festival de cinéma qui en est à sa 68e présentation. »

(Québec) Tous les festivaliers commencent à avoir une gueule de déterré après 10 jours de projections et d'entrevues en continu. Mais comme des marathoniens, tout le monde s'encourage: la ligne d'arrivée apparaît à l'horizon de ce 68e Festival de Cannes. Je ne sais pas trop à quoi a pensé le délégué général Thierry Frémaux, d'ailleurs, en nous balançant à ce moment précis deux films sur la mort, le très bon Chronic et l'ordinaire Valley of Love... Au moins, ce dernier avait le mérite de réunir deux monstres sacrés : Isabelle Huppert et Gérard Depardieu.

Gérard Depardieu était particulièrement affectueux envers sa partenaire... (Photo AFP, Loïc Venance) - image 1.0

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Gérard Depardieu était particulièrement affectueux envers sa partenaire de jeu dans Valley of Love, Isabelle Huppert, lors d'une séance photos sur la Croisette, hier. 

Photo AFP, Loïc Venance

Trente-cinq ans après Loulou de Maurice Pialat, le film de Guillaume Nicloux (La reli­gieuse) met en scène les deux acteurs légendaires à la personnalité diamétralement opposée (il fallait voir la moue dubitative d'Huppert à certaines énormités de Gégé, ça valait 1000 $). 

Ils interprètent deux acteurs célèbres - Isabelle et Gérard - qui ont reçu une lettre de leur fils décédé leur enjoignant de se retrouver dans la vallée de la Mort (en Californie), où il leur apparaîtra. Les parents séparés sont rongés par le remords de ne pas avoir su aimer cet enfant qui s'est suicidé. 

«Qu'on garde nos prénoms crée un sentiment de proximité, ça ne veut pas dire que la fiction n'est pas à l'oeuvre», a commenté Huppert en conférence de presse. Juste le lieu, un personnage à part entière, change la perspective. «On se croirait sur une autre planète. La chaleur est aussi un élément déterminant.»

Le réalisateur s'est pourtant inspiré de ce qu'il «y a vu et vécu». Son récit mélange fantastique onirique (à la David Lynch) et mysti­cisme «gênant», dixit Depardieu, qui a pourtant été séduit par sa sincérité. «Elle y croit, pas lui», a précisé Isabelle Huppert en parlant des personnages. «Il a un scepticisme profond, alors qu'elle a une croyance profonde de ce qu'elle vient chercher.»

Si vous voulez tout savoir, je suis comme Gérard. Je n'ai pas cru une seconde à ce ramassis de croyances mystiques plus ou moins assumées qui frôlent le ridicule. Le naturel des acteurs, par contre, est fantastique, sans jeu de mots. «On joue toujours un peu soi-même», a commenté l'actrice. Réplique de l'acteur : «Je me suis arrangé pour faire ce métier parce que je ne voulais pas travailler. J'aime mieux vivre.» Cré Gégé.

***

Chronic a, au contraire, les pieds solidement ancrés dans la réalité - celle des malades en phase terminale. Michel Franco s'est intéressé aux infirmiers qui doivent s'immiscer dans la vie de familles bouleversées par la mort imminente d'un proche. Quel genre de vie mènent ces gens qui sont perpétuellement confrontés à la mort? s'est demandé le réalisateur mexicain après avoir vécu la situation avec sa grand-mère.

Tout ce film «très personnel» repose sur cette question, incarnée par David, un infirmier taciturne et dépressif marqué par une profonde blessure intérieure. Tim Roth (Reservoir Dogs, Pulp Fiction) y livre une prestation remarquable, criante de vérité - le film repose d'ailleurs sur ses épaules, comme le reconnaissait Michel Franco en conférence de presse.

Le personnage est à l'image du film : il se révèle petit à petit - un truc efficace pour maintenir l'intérêt. «J'ai interprété ce personnage le plus simplement possible, pour que le sujet n'en pâtisse pas», a indiqué Tim Roth. Compte tenu des thèmes abordés (la vieillesse, la maladie, la mort), le réalisateur a d'ailleurs opté pour une mise en scène très minimaliste, composée souvent de plans-séquences fixes qui s'attardent aux gestes et aux interactions entre les gens.

Le plus intéressant réside toutefois dans ce portrait qui ne fait pas de David un saint. L'homme a ses zones d'ombre et ses dilemmes. Notamment quand il est confronté au suicide assisté, sujet qui soulève toujours les passions. Chronic n'a pas changé l'opinion de Tim Roth sur la question : il est résolument pour. Michel Franco aussi. «Ces gens le font. Et plus souvent qu'on pense. Ça devrait être légalisé partout.»

Sans rien révéler, la finale est toutefois en porte à faux avec la trame sensible de Chronic. Mais, pour le réalisateur, «ça ne pouvait finir autrement. C'est le résultat de tout le film».

Parlant de générique, les fins de parcours sont souvent ingrates pour les films qui y sont présentés. Michel Franco ne s'en fait pas trop. Après tout, à sa dernière présence, en 2012, il a remporté le prix du meilleur film de la section Un certain regard avec Después de Lucia

La réponse demain. On commence à avoir vraiment hâte.

Les frais d'hébergement sont payés par le Festival de Cannes

On a vu

Chronic

Michel Franco

Mexique

***

Valley of Love

Guillaume Nicloux

France

** 1/2

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