Cannes: s'exciter pour rien

Le réalisateur de Love, Gaspar Noé (deuxième à... (Photo AFP, ANNE-CHRISTINE POUJOULAT)

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Le réalisateur de Love, Gaspar Noé (deuxième à partir de la gauche), était entouré des vedettes de son film Aomi Muyock, Karl Glusman et Klara Kristin mercredi soir, alors que son long métrage avait été retenu pour une séance de minuit.

Photo AFP, ANNE-CHRISTINE POUJOULAT

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Du 13 au 24 mai, notre journaliste Éric Moreault est à Cannes pour suivre le festival de cinéma qui en est à sa 68e présentation. »

(Cannes) Cannes s'est bâti au fil des ans la réputation d'un festival qui n'a pas peur de la controverse - en ce qui concerne les films. Des longs métrages comme Do the Right Thing (Spike Lee) et Crash (David Cronenberg) ont semé la discorde. Mais peut-être pas autant qu'Irréversible de Gaspar Noé, en 2002. Son prétentieux nouveau métrage, Love, est arrivé ici précédé d'une réputation sulfureuse en raison de sa sexualité explicite qui a fait beaucoup de bruit. On s'est excité pour rien.

À la veille de l'annonce des films retenus pour la compétition, la presse spéculait sur la présence du film du réalisateur franco-argentin. Finalement, il sera retenu pour une séance de minuit, présentée devant une salle archi-comble dans le Grand théâtre Lumière.

La première séquence donne le ton : Murphy (Karl Glusman), couché sur le dos, se fait longuement caresser le membre par sa copine Electra (Aomi Muyock), jusqu'à l'orgasme. Voilà : le sexe sera moite et présenté dans toutes ses variantes - mais pas sous tous les angles.

Car Gaspar Noé filme les corps en plan fixe, à une distance respectueuse (sauf un extrême gros plan d'une éjaculation dirigée vers la caméra. Disons qu'en 3D... Le reste du temps, l'effet tombe plutôt à plat). Son but, comme le dit son alter ego Murphy, un étudiant en cinéma : réellement montrer l'acte sexuel de deux personnes qui s'aiment (autrement dit : sans que ce soit pornographique).

Ce qu'il s'évertue à faire puisque Love est, somme toute, un mélo vu 1000 fois, bien qu'il adopte une structure non linéaire qui va et vient (pardon!) entre la rencontre du couple et les deux ans écoulés depuis. Le duo s'aime passionnément. Il fantasme sur un trio avec une petite blonde. Comme de raison, en voici une qui devient leur voisine. À partir de là, la jalousie s'en mêle et tout part en vrille : sexe et drogue à profusion, jusque dans un club échangiste.

Ça devient franchement lassant, peu importe l'imagination et l'ardeur des acteurs (pas très bons en dehors du lit). Malgré une certaine virtuosité cinématographique, le vrai scandale, il est là : que Gaspar Noé nous ait offert un récit hyper-convenu et bourré de clichés dans un film ennuyant et interminable, et, finalement, dénué de passion (on est loin de 37,2 le matin, par exemple).

Comme on dit familièrement en France, Love, on s'en branle.

À l'inverse, Dheepan de Jacques Audiard mérite entièrement sa place en compétition. Un film sociopolitique courageux qui place l'humain au centre de sa réflexion sur l'immigration, et qui traite forcément de multiculturalisme. 

Pour ce film à petit budget, sans vedette, le réalisateur de De rouille et d'os a choisi de braquer sa caméra sur un trio de réfugiés qui fuient la guerre civile au Sri Lanka : un ex-soldat, une jeune femme et une petite fille, qui vont se faire passer pour une famille et changer d'identité. En France, ils sont relogés dans une cité où les trafiquants de drogue font la loi et l'ordre.

Dheepan devient le concierge de cet environnement hostile. Alors que l'ex-soldat veut à tout prix s'intégrer, Yalini, elle, rêve plutôt d'aller rejoindre sa cousine à Londres alors que la petite Illayaal cherche sa place à l'école. 

Le film va délicatement révéler la dynamique complexe qui s'installe entre trois êtres forcés de projeter une image de famille unie à l'extérieur et de composer avec la méconnaissance de leur rôle respectif derrière les portes closes.

Le réalisateur va doucement tendre son arc dramatique jusqu'à le relâcher avec grand fracas : Dheepan, qui a fui une guerre pour en retrouver une autre, va devoir défendre sa famille imaginaire à défaut d'avoir su le faire avec sa vraie. 

La finale, trop convenue, est un peu décevante, mais elle ne gâche en rien la qualité de l'ensemble. Le long métrage nous confronte à beaucoup de thèmes actuels desquels on préfère habituellement détourner les yeux. Avec intelligence et sensibilité.

Ce quatrième film français présenté sur la Croisette rehausse d'ailleurs une sélection tricolore très inégale. Il fait bonne figure auprès de La loi du marché (Stéphane Brizé) après l'échec patent de Mon Roi (Maïwenn) et, surtout, le navrant Marguerite et Julien (Valérie Donzelli). Je vous reviens demain avec le dernier d'entre eux, Valley of Love (Guillaume Nicloux), avec Gérard Depardieu et Isabelle Huppert.

Les frais d'hébergement sont payés par le Festival de Cannes.

=> On a vu

  • Dheepan, Jacques Audiard, France, *** 1/2
  • Valley of Love, Guilllaume Nicloux, France, ** 1/2
  • Love, Gaspard Noé, France, **

Lu, vu, entendu

Lu

Que Roger Deakins sera le directeur photo de Blade Runner 2, de Denis Villeneuve - une très bonne nouvelle. Deakins est un vieux de la vieille, qui a travaillé sur presque tous les films des frères Coen. Ce sera leur troisième collaboration après Prisonniers (2013) et Sicario, présenté à Cannes avant-hier. «Je trouve qu'il y a trop d'attention portée sur la technologie et pas assez sur le scénario. Je préfère tourner une bonne histoire en Super 8 mm qu'une mauvaise en 65 mm!» a-t-il déclaré à Écran total. Hampton Fancher et Michael Greene, les scénaristes du prochain volet du film-culte, ont de la pression. 

Vu

Vincent Lindon, au Festival de Cannes pour La loi du marché, qui ramassait ses magazines en même temps que moi à l'hôtel Majestic. Le réalisateur Claude Lelouch (Un homme et une femme) assis à mes côtés pour une deuxième fois en trois ans à une projection, celle de Carol de Todd Haynes. John Turturro qui attendait patiemment dans la rue de mon hôtel pendant que sa conjointe faisait du lèche-vitrine, la veille de la projection de Mia Madre de Nanni Moretti. Xavier Dolan en shorts et en t-shirt à la sortie d'une projection de presse au Grand théâtre Lumière. De toute évidence, le code vestimentaire ne s'applique pas au jury... 

Entendu

Paolo Sorrentino défendre la pertinence du cinéma et de la musique classique, après une question d'un journaliste qui doutait de la survie des deux formes d'art dans un avenir rapproché. «Ce sont deux formes de beauté qui ne vont jamais disparaître, car elles se rénovent. C'est ce que j'ai voulu montrer [avec Youth]. Qu'on peut aussi essayer de rénover le cinéma», a déclaré le réalisateur italien en conférence de presse après la projection de son film en compétition. 

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