Jeune et fou sur  la Croisette

Le réalisateur de Youth, Paolo Sorrentino (deuxième à... (AFP, VALERY HACHE)

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Le réalisateur de Youth, Paolo Sorrentino (deuxième à partir de la droite), a foulé le tapis rouge mercredi au 68e  Festival de Cannes en compagnie de l'actrice Jane Fonda et des têtes d'affiche de son film Michael Caine et Harvey Keitel.

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Du 13 au 24 mai, notre journaliste Éric Moreault est à Cannes pour suivre le festival de cinéma qui en est à sa 68e présentation. »

(Cannes) Après une première fin de semaine de qualité, la compétition s'est essoufflée au 68e Festival de Cannes. Oh! il y a eu de bons films, mais rien de remarquable. C'est dire que les festivaliers attendaient Paolo Sorrentino avec impatience - il y avait d'ailleurs une cohue folle à la conférence de presse. Prix du jury pour Il Divo (2008), l'Italien est reparti les mains vides de la Croisette avec La grande bellezza (2013) - il s'est consolé avec l'Oscar. Le controversé réalisateur a obtenu de vigoureux applaudissements et des huées (beaucoup moins), mercredi, pour Youth. Un signe qui ne trompe pas.

Sorrentino aime les contrastes et la dissonance. L'ironie aussi. Comme miser sur deux vedettes qui ont dépassé 75 ans pour une ode à la vieillesse intitulée «jeunesse»... Michael Caine et Harvey Keitel y sont fabuleux dans la peau de deux artistes qui méditent sur le passage du temps.

Ce thème récurrent dans son oeuvre est le seul «qui m'intéresse», a expliqué le réalisateur de 44 ans. «L'avenir nous donne de la liberté et celle-ci nous confère un sentiment de jeunesse. À quelque âge que l'on soit, on peut porter un regard sur l'avenir. C'est un film optimiste.»

Dans Youth, Fred (Caine), un chef d'orchestre, et Mick (Keitel), un cinéaste, réagissent bien différemment à la situation. Le premier est apathique, selon sa fille-assistante (Rachel Weiz, vue ici dans The Lobster), le second consacre toutes ses énergies à l'écriture de son film-testament alors qu'ils partagent des vacances dans un hôtel de luxe au pied des Alpes.

Comme d'habitude, Sorrentino convie le spectateur à une symphonie de sons et d'images. Cette esthétique léchée, qui peut parfois devenir insupportable d'excès, me semble plus au service, cette fois, du propos. Même si parfois son style outrancier nuit à l'émotion.

Michael Caine n'avait pas remis les pieds sur la Croisette depuis 50 ans. «Je n'ai pas gagné de prix. C'est pour ça que je ne suis pas revenu depuis», a-t-il lancé en provoquant la rigolade générale. Mais, cette fois, il croit que ça valait la peine. Et «si on obtient un prix, on devrait tous le partager».

Les grands films font rarement l'unanimité. On se souviendra des huées qui avaient accueilli la Palme d'or de Sous le soleil de Satan en 1987 et la célèbre réplique de Maurice Pialat : «Si vous ne m'aimez pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus.» Sorrentino pourra méditer là-dessus d'ici la remise des prix, dimanche.

La compétition est une maîtresse exigeante. Elle nous tient par les couilles matin et soir. On a parfois le goût de s'en éloigner un peu (pour mieux y revenir). Il y a une orgie de films qui n'attendent que ça. Mercredi midi, je suis allé à la rencontre d'Une histoire de fou de Robert Guédiguian. Parce que j'aime son cinéma et aussi parce que le sujet m'interpellait : le génocide du peuple arménien (les trois quarts de la population), peu connu et dont on a commémoré récemment les 100 ans (au grand dam de la Turquie).

Pour le réalisateur d'origine arménienne, il s'agit d'un devoir de mémoire. Il situe l'action principale de sa fiction au début des années 80 alors que la jeunesse de la diaspora se livre à des attaques terroristes. Aram (Syrus Shahidi) fait sauter la voiture de l'ambassadeur turque à Paris, puis fuit à Beyrouth où il est témoin de la radicalisation du mouvement. Gilles (Grégoire Leprince-Ringuet), qui passait par là, y perd l'usage de ses jambes. 

L'étudiant en médecine, blessé autant au corps que dans sa tête, va chercher à comprendre afin de pouvoir confronter son bourreau. Aram, lui, commence à douter que la justesse de sa cause justifie qu'elle fasse des victimes innocentes. «Nous sommes nés d'une montagne de morts. Le génocide a fait de nous des fous.»

Le sujet est explosif et Guédiguian le manipule avec soin. Au point où son souci didactique éclipse son récit dramatique. Ce qui est dommage : ce qu'il gagne en pédagogie, il le perd en force d'impact. Mais il n'a de parti pris que celui de la liberté, de la fraternité et de l'égalité. Même maladroitement exprimé, c'est plutôt rare.

LU Un intéressant papier sur les yachts de luxe qui mouillent à Cannes durant le festival. Selon le Hollywood Reporter, les fêtes privées sur ces bateaux dont le coût peut atteindre jusqu'à 400 millions $ sont en net déclin. Mais ce n'est pas tant les anecdotes sur la débauche qui ont retenu mon attention, que le traitement dégradant réservé aux employés par les milliardaires qui jouent au yacht gonflable. Ils travaillent souvent 18 heures sur 24, sept jours sur sept. Vrai que la paye est bonne : jusqu'à 5000 $ par semaine. Ça n'empêche pas plusieurs de décrocher, excédés par le comportement de leurs «patrons».

VU Un lot de critiques positives à propos de Sicario sur Internet, même si les avis sont très partagés. La presse américaine spécialisée a souligné la qualité de la réalisation de Denis Villeneuve, mais avec parfois un bémol sur le scénario. «Le drame est solide dans tous les domaines, à l'exception de l'intrigue», écrit The Playlist. La presse française est plus tranchée. Les Cahiers du cinéma, Le Monde, L'Express et Libération ont détesté alors que Le Figaro et L'humanité ont adoré. Dans le Screen, qui publie chaque jour son tableau quotidien d'étoiles de la presse internationale, Sicario obtient 2,3 sur 4.

ENTENDU Plusieurs fois : «Canada! Vous venez de loin...» Euh oui, mon voyage a été particulièrement pénible cette année (21 heures), mais l'Amérique du Nord n'est qu'à quelques heures de vol, vous savez. Une grande majorité de journalistes à Cannes sont Européens. Mais il y a aussi beaucoup d'Asiatiques et d'Indiens. Eux, ils viennent de loin. J'imagine que c'est relatif. Sinon, j'ai aussi entendu les remarques habituelles sur mon «accent». Il est soit «charmant», soit incompréhensible. En apparence. Ceux-là continuent habituellement la conversation en anglais. Je leur réponds poliment en français qu'ils ont un drôle d'accent dans la langue de Spielberg... 

Les frais d'hébergement sont payés par le Festival de Cannes.

=> ON A VU

  • Youth, Paolo Sorrentino, Italie, ***1/2
  • The Assassin, Hou Hsiao-Hsien, Taïwan, **1/2
  • Une histoire de fou, Robert Guédiguian, France, ***

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