Sicario: duel à la frontière

Denis Villeneuve en est à sa cinquième présence... (AP, Lionel Cironneau)

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Denis Villeneuve en est à sa cinquième présence à Cannes, mais il s'agit de la première fois qu'il concourt pour la Palme d'or. Il est accompagné des têtes d'affiche de Sicario: Benicio del Toro, Emily Blunt et Josh Brolin.

AP, Lionel Cironneau

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Du 13 au 24 mai, notre journaliste Éric Moreault est à Cannes pour suivre le festival de cinéma qui en est à sa 68e présentation. »

(Cannes) Denis Villeneuve courait un immense risque en présentant Sicario à Cannes. Son suspense sombre et intense avec une distribution hollywoodienne n'est pas le genre de film qu'on voit habituellement en compétition. La réaction de rejet aurait pu être viscérale. Sauf que le mélange de genres, sa thématique et sa maestria à la réalisation ont emporté le morceau. Reste à voir, dimanche, s'il séduira autant le jury que la critique.

Le sujet sociopolitique de Sicario joue en sa faveur. Le scénario de Taylor Sheridan s'attarde aux ravages causés par le trafic de drogue dans la population civile à la frontière américano-mexicaine.

Cette violence effroyable, bien transposée ici, passe par le regard de Kate (Emily Blunt). La recrue idéaliste du FBI est enrôlée dans un groupe d'intervention mené par un agent du gouvernement désinvolte (Josh Brolin) et un énigmatique consultant colombien (Benicio del Toro). Elle n'a aucune idée de ce qu'elle va dénicher et de l'engrenage qui vient de la happer.

Car elle découvre avec effroi les méthodes peu orthodoxes et illégales utilisées par les forces de l'ordre pour décapiter le cartel du Sonora. Qui sont les «bons», qui sont les «mauvais» quand la fin justifie les moyens? Sicario («tueurs à gages» dans l'argot des cartels) place le spectateur dans une position inconfortable.

D'autant que Villeneuve en a fait un suspense qui rive le spectateur à son siège tout au long. Non seulement le rythme est bon, mais la tension est renforcée par une bande sonore oppressante de Jóhann Jóhannsson à la Trent Reznor (de Nine Inch Nails).

Un air de western

La réalisation précise de Villeneuve est très efficace à défaut d'être aussi distinctive qu'on l'aurait souhaité. N'empêche : l'originalité réside ailleurs. Il s'agit d'un drame policier, sauf que Villeneuve emprunte aussi au film noir et, surtout, au western. La frontière n'est plus à l'ouest, mais au sud. Ce ne sont plus des Indiens, mais des narcotrafiquants. Et le duel final ne se déroule pas du tout à la loyale...

La collaboration de Villeneuve et de Roger Deakins avait fait des merveilles sur Prisonniers (2013). C'est encore vrai. La photographie de Deakins, dans des tons contrastants de désert et de ciel bleu, magnifie le tout, en plus de contribuer grandement à son esthétique en utilisant des images aériennes (de drones), thermiques et infrarouges.

Selon Denis Villeneuve, il s'agit de son meilleur film. Pas sûr. Et je ne crois pas qu'il sera de la course à la Palme d'or : la thématique manque de perspective et d'originalité. Mais c'est certainement son plus accompli sur le plan technique. Il est d'une efficacité redoutable. Et nous met le nez dans l'horreur guerrière qui frappe la population mexicaine en raison de la consommation de drogue nord-américaine. Comme le disait le réalisateur, on devrait tous se sentir interpellé.

Moutains May Depart

Moutains May Depart marque le retour de Jia Zhang-Ke à Cannes, deux ans après son Prix du scénario pour A Touch of Sin. Il propose aussi un duel entre deux hommes, pour l'amour d'une femme. Le premier, dans sa volonté de devenir riche, représente la Chine moderne - il déménagera d'ailleurs à Shanghaï - alors que le deuxième, un mineur qui se ruine la santé, représente la Chine des paysans. Tao (Zhao Tao) choisira le premier. Ils auront un enfant prénommé Dollar, puis ils divorceront.

Cette mise en place est un prétexte pour livrer un long métrage en trois actes, filmé en trois formats différents, qui se déroule à trois époques différentes (1999, 2014 et 2025), et qui se veut une méditation sur le temps qui passe, le déracinement, l'incommunicabilité et l'importance des liens familiaux. Avec à la clé une réflexion sur la mondialisation et l'uniformisation cultu-relle - Dollar, élevé en anglais, doit se servir d'une interprète pour dialoguer avec son père...

Mountain May Depart, qui se déroule à un rythme effroyablement lent, n'offre rien de bien original dans le discours et est englué dans la nostalgie. L'ironie dans tout ça, c'est que Jia Zhang-Ke se sert d'une chanson bien occidentale comme leitmotiv : Go West, des Pet Shop Boys. Ou peut-être est-ce une forme d'avertissement. Si on ne fait pas attention, la perte de diversité est inéluctable. Peu importe. On s'attendait à mieux.

Gabriel Byrne a répondu avec patience à toutes... (Agence France-Presse) - image 2.0

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Gabriel Byrne a répondu avec patience à toutes les questions en conférence de presse de Louder Than Bombs

Agence France-Presse

LU À propos du talons hauts-gate. Plusieurs femmes auraient été refoulées à la première de Carol parce qu'elles ne portaient pas de talons hauts. Le code vestimentaire est très strict pour la montée des marches (j'en sais quelque chose), mais il n'y a pas de politique sur les souliers, a juré l'organisation. «C'est décevant, a commenté l'actrice Emily Blunt. Honnêtement, tout le monde devrait porter des souliers plats.» En signe de solidarité, Denis Villeneuve a lancé à la blague que «Benicio [del Toro], Josh [Brolin] et moi allons monter les marches en talons hauts». La déclaration a déclenché un fou rire à la conférence de presse de Sicario.

ENTENDU La faune nocturne sur la Croisette, où une fête n'attend pas l'autre. Plusieurs hôtels de luxe qui bordent le boulevard ont leur propre «boîte de nuit» sur la plage où seuls les détenteurs d'invitations sont admis et où on entend des boum-boum-boum pulsés par des haut-parleurs dans le tapis. Le parcours déambulatoire est presque aussi fascinant que celui du Carrefour international de théâtre de Québec : badauds, festivaliers la carte au cou, initiés en costards qui se la jouent, starlettes en escarpins au décolleté plongeant, mendiants, artistes de cirque... On se croirait dans un film de Fellini. 

VU Un Gabriel Byrne très articulé répondre avec patience à toutes les questions en conférence de presse de Louder Than Bombs. L'acteur s'est notamment prononcé sur la conciliation travail-famille, une source de conflit entre son personnage et celui de sa femme (Isabelle Huppert)! «Pour de nombreuses personnes, il y a un conflit entre le domicile et le lieu de travail, qui vient avec une culpabilité. Le film traite de la famille et du passage du temps ainsi que de la mémoire. Il [illustre] la complexité de la vie intérieure.»

Les frais d'hébergement sont payés par le Festival de Cannes.

ON A VU

  • Sicario, Denis Villeneuve, États-Unis ***1/2
  • Mountains May Depart, Jia Zhang-Ke, Chine, Japon, France ***

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