Palme d'or: le suspense entier

Le film Carol, où l'on retrouve l'actrice Cate... (Photo Festival de Cannes)

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Le film Carol, où l'on retrouve l'actrice Cate Blanchett (photo), a reçu des critiques élogieuses malgré son histoire lisse et classique.

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Du 13 au 24 mai, notre journaliste Éric Moreault est à Cannes pour suivre le festival de cinéma qui en est à sa 68e présentation. »

(Cannes) À mi-parcours de ce 68e Festival de Cannes et à la veille de la présentation de Sicario de Denis Villeneuve, la chasse à la Palme d'or est encore largement ouverte. Trois films ont réussi à se démarquer, mais pas suffisamment pour ne pas laisser d'espoir aux autres. Et plusieurs films sont attendus avec impatience, ceux de Paolo Sorrentino et de Jacques Audiard entre autres.

La presse peut être assassine sur la Croisette. On l'a constaté avec Sea of Trees de Gus Van Sant, qui est sérieusement passé dans le tordeur - pour de bonnes raisons, quand même. Mais elle peut aussi s'enflammer pour des longs métrages qui nous laissent dubitatifs. 

C'est le cas, par exemple, de Carol, de Todd Haynes. Son histoire d'amour entre deux femmes n'a rien de l'impact ni de la véracité de La vie d'Adèle de Kechiche, Palme d'or il y a deux ans. Pourtant, le long métrage a obtenu des critiques dithyrambiques. On se demande bien pourquoi : il est très lisse et classique.

Il n'a pas non plus l'impact émotionnel de Mia Madre, de Nanni Moretti. Le touchant portrait du réalisateur italien est un autre favori sur la Croisette, mais pas aussi marquant que sa Chambre du fils (Palme d'or en 2001). Notre favori jusqu'à maintenant, Le fils de Saul de László Nemes, démontre une stupéfiante maîtrise de la réalisation, mais ce drame sur les camps de concentration nazis a secoué les cinéphiles. On verra bien.

La loi du marché

D'autant que, parlant de palmarès, La loi du marché mériterait d'y figurer et pas seulement pour le tour de force d'acteur de Vincent Lindon. Profondément humain, le film anticapitaliste de Stéphane Brizé (Mademoiselle Chambon) s'intéresse de près au sort des gagne-petit qui luttent pour survivre et font face à l'injustice. Comme beaucoup, dans nos sociétés.

Il est incarné par Thierry (Lindon), un ouvrier dans la cinquantaine dont l'usine a fermé et qui cherche désespérément un emploi. «[Thierry], c'est le boxeur qui est dans les cordes», a illustré le réalisateur français. Cet homme digne et droit sera confronté à un dilemme moral important dans son nouveau poste, qui interpelle directement le spectateur.

Dans ce drame sociopolitique à la Steinbeck (Les raisins de la colère), Brizé a misé sur une approche filmique très dépouillée et sur la véracité, optant pour des non professionnels pour tous les autres rôles. Le cinéaste en a recruté plusieurs dans son travail de recherche lorsqu'il s'est fait engager comme agent de sécurité dans un magasin de grande surface.

«Le cinéma est un médium extrêmement fort. Si ce n'est pas pour faire changer d'avis, il peut au moins pousser les gens à se poser des questions, à la réflexion», disait Vincent Lindon en conférence de presse. C'est exactement pour ça que La loi du marché est important.

Sentiments mitigés

J'ai des sentiments plus mitigés pour Louder Than Bombs, de Joachim Trier, un cinéaste très prometteur. Le Norvégien (Oslo, 31 août) en fait d'ailleurs une démonstration éclatante dans ce film «mélancomique» avec une réalisation créative et d'une richesse visuelle très poétique.

Mes réticences sont plutôt d'ordre scénaristique. Dans ce récit des traumatismes causés par la mort d'une photographe de guerre (Isabelle Huppert) chez un père (Gabriel Byrne) et ses deux fils, Trier a tellement de fers au feu qu'il en néglige, tout en s'éparpillant. Louder Than Bombs manque de rythme pour causer de réels dommages.

La charge émotive est portée par la formidable Huppert, malheureusement peu présente. Il est aisé de comprendre pourquoi. On en aurait pris plus. Gabriel Byrne aussi: «Jouer avec Isabelle Huppert est le summum de ma vie professionnelle», a-t-il témoigné lundi.

Les frais d'hébergement sont payés par le Festival de Cannes.

LU Un éditorial dans Le film français - un magazine spécialisé - qui revient sur le fait que les films sélectionnés à Cannes sont peu populaires auprès du grand public. Chiffres à l'appui, on fait valoir que la moyenne des Palmes d'or, depuis 2000, frôle le million d'entrées en France. On n'en doute pas, mais c'est un peu court. Il aurait plutôt fallu analyser les chiffres mondiaux. En même temps, il est un peu vain de ne mesurer l'impact d'un long métrage qu'avec l'assistance. Les oeuvres ont aussi des impacts artistiques et sociaux. Un peu chauvin, comme analyse. 

VU Mon roi, de Maïwenn, à qui revenait l'honneur de présenter le premier des cinq films français de la compétition. Des amours impossibles, on en voit une tonne au cinéma. Ce film-ci met en scène une avocate (Emmanuelle Bercot) et un restaurateur (Vincent Cassel). Leur folle passion se transformera en une montagne russe de dépendance affective qui durera 10 ans. La mise en scène est extrêmement dynamique, les acteurs sont bons (même si Bercot en fait parfois trop dans l'hystérie), mais ça ne sauve pas le film de son manque d'originalité et de s'empêtrer dans une relation à laquelle on croit difficilement.

ENTENDU Un son de cloche différent de la part de Maïwenn concernant le peu de place accordé aux réalisatrices, à Cannes en particulier. Manifestement exaspérée de se faire encore interroger sur le fait qu'il y a seulement deux femmes sur dix-neuf en compétition pour la Palme d'or, la Française a levé les yeux au ciel et s'est exclamée : «Bon, la question sur les femmes», lorsqu'une collègue s'y est risquée. «Tous les ans, on a droit au même débat, c'est insupportable. Dans quelques années, on dira, il n'y a pas assez de Marocains. Les gens choisissent les films, c'est tout. Pas un pays ou un sexe.» 

ON A VU

  • Mon roi, Maïwenn ** ½
  • Louder Than Bombs, Joachim Trier ***
  • La loi du marché, Stéphane Brizé *** ½
  • Marguerite et Julien, Valérie Donzelli *

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