Le Soleil à Cannes

La mort au fil d'arrivée

Le réalisateur italien Nanni Moretti était accompagné sur... (Agence France-Presse)

Agrandir

Le réalisateur italien Nanni Moretti était accompagné sur le tapis rouge de la vedette de son film Mia Madre, Margherita Buy.

Agence France-Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Festival de Cannes

Arts

Festival de Cannes

Du 13 au 24 mai, notre journaliste Éric Moreault est à Cannes pour suivre le festival de cinéma qui en est à sa 68e présentation. »

(Québec) La famille, l'amour, la mort reviennent invariablement comme thèmes les plus souvent abordés par les cinéastes. Ils deviennent même pour certains, comme Nanni Moretti, des leitmotivs. Le maître italien les aborde avec une belle sensibilité dans Mia Madre, en compétition au 68e Festival de Cannes. Dans Amy, le bouleversant documentaire d'Asif Kapadia, ils sont l'essence d'une vie fauchée en plein vol, celui de la populaire chanteuse Amy Winehouse à la voix unique.

Le réalisateur italien Nanni Moretti était accompagné sur... (Agence France-Presse) - image 1.0

Agrandir

Le réalisateur italien Nanni Moretti était accompagné sur le tapis rouge de la vedette de son film Mia Madre, Margherita Buy.

Agence France-Presse

Le film présenté hors compétition ne s'appelle pas Amy pour rien : le réalisateur ne s'intéresse pas à la chanteuse, mais à la femme et à sa mort inscrite en filigrane de sa carrière. Le perturbant long métrage, très réussi, aurait aussi pu s'intituler «J'accuse». Il montre du doigt les responsables de cette mort tragique, à commencer par la jeune femme, décédée en 2011 à 27 ans.

Sauf que les pulsions autodestructrices d'Amy Winehouse ont leurs racines dans le manque d'amour du père absent, puis le divorce de ses parents. Boulimique, dépressive et instable sur le plan émotif, la chanteuse a sublimé son mal de vivre dans l'alcoolisme. Puis il y a aussi son mari Blake Filder, un toxicomane qui l'a initiée aux drogues dures, puis entraînée dans une spirale de consommation fatale. 

Sans parler de la curée à laquelle se livraient constamment les médias sur le dos d'une jeune femme perturbée, incapable de gérer son immense succès. «Il n'y a pas de manuel pour ça», comme disait un membre de son entourage.

Amy Winehouse le reconnaît d'emblée dans une des innombrables entrevues du film : «La musique a toujours été importante, mais je ne voulais pas devenir chanteuse.» Amy repose sur un nombre incalculable de documents audio et vidéo, ainsi que des entrevues avec les proches. Tellement qu'Asif Kapadia a pu construire Amy comme un véritable drame biographique, en respectant la chronologie, de ses premiers enregistrements, en 2001, jusqu'à sa mort, intercalant même des images familiales.

Amy est d'une honnêteté sans failles. Il nous broie les tripes au point où on a le goût de détourner le regard de ce pitoyable gâchis qui a fauché une jeune femme promise à un avenir resplendissant. C'était une des plus authentiques chanteuses de jazz de l'histoire, constate Tony Bennett. Malheureusement, ce même talent et sa célébration excessive ont fini par la tuer.

***

Sur un mode un peu plus léger, Nanni Moretti concourt pour une deuxième Palme d'or, après La chambre du fils (2001), avec Mia Madre. Cette fois, il ne s'agit pas du deuil d'un enfant, mais de celui de la mère.

Margherita (Margherita Buy), une cinéaste engagée, tourne un long métrage avec un célèbre acteur américain suffisant (John Turturro, brillant) pendant que sa mère s'éteint à petit feu à l'hôpital. Moretti se donne le beau rôle, celui du frère irréprochable. 

«Je ne voulais surtout pas que ce soit un film à la Nanni Moretti», a-t-il expliqué en conférence de presse. «Je voulais que son film à elle soit très structuré, en contraste avec ce qu'elle est en train de vivre dans la vie.» Ce qui ne l'empêche pas d'être dépassée par les événements et de se remettre profondément en question.

Malgré cette astuce, Mia Madre demeure autobiographique. Le cinéaste de 61 ans se sert de cet alter ego féminin pour se moquer de ses propres travers et obsessions comme réalisateur. Et la mère du film est professeure, comme la mère du réalisateur.

Ce qui explique la profonde sensibilité du traitement, sans mièvrerie, qui évite, la plupart du temps, le mélo, avec une trame sonore plus en retrait et judicieuse (notamment Leonard Cohen et Jarvis Cocker). La mise en scène épurée va à l'essentiel et la direction d'acteurs de Moretti est remarquable.

Si Moretti prend un peu ses distances avec le cinéma social qui le caractérise, il manie encore l'humour avec efficacité (il y a des scènes hilarantes avec Turturro). Mais ce qu'on en retient surtout, c'est la belle délicatesse avec laquelle il aborde une étape importante de la vie et un sujet délicat, celui de la mort de la mère.

Il n'y a pas à dire, après un départ hésitant, la compétition nous offre de belles choses cette année.

Les frais d'hébergement sont payés par le Festival de Cannes.

On a vu

Mia Madre 

Nanni Moretti

Italie, France

***

_____________

Carol

Todd Haynes

Royaume-Uni, États-Unis

***

_____________

Amy

Asif Kapadia

Royaume-Uni

*** 1/2

Lu : 

Que Natalie Portman n'a pas l'intention d'abandonner sa carrière d'actrice, même si elle vient de présenter (hors compétition) sa première réalisation à Cannes, A Tale of Love and Darkness (accueillie poliment). Le nom de l'Israélo-Américaine est associé à quatre tournages. Elle est pressentie pour incarner Jackie Kennedy dans Jackie de Pablo Larrain (No); la juge américaine Ruth Bader Kingsberg dans On the Basis of Sex; pour jouer avec Lise Rose Depp dans Planetarium         de Rebecca Zlotowski (Grand Central); ainsi que dans Anninilation d'Alex Garland (Ex Machina, actuellement à l'affiche à Québec). Occupée, la madame... 

Vu : 

Carol de Todd Haynes, un somptueux exercice de style en hommage au cinéma des années 50 qui évoque un amour interdit entre une ingénue (Rooney Mara) et une femme séduisante (Cate Blanchett), prisonnière d'un mari possessif et des conventions. Haynes réalise presque un sans-faute, bien que trop sage, dans son illustration d'une passion brûlante, porté par une interprétation hors pair de Blanchett et Mara. Le film a reçu beaucoup d'applaudissements et je ne serais pas étonné que Cate Blanchett reparte avec un prix d'interprétation.

Entendu : 

«Il y a foule.» En effet, la Croisette n'est pas un endroit pour les claustrophobes ces jours-ci. Le beau temps aidant, touristes, festivaliers et locaux encombrent les trottoirs en se déplaçant à une vitesse d'escargot (pire en auto) - ça aiguise la patience, mettons, surtout quand la moitié des promeneurs du dimanche ont le nez rivé sur leur téléphone ou s'arrête à chaque coin de rue pour un égoportrait. Tellement beau, en fait, que les vendeurs ambulants ont troqué les parapluies pour les canotiers et les bâtons télescopiques... à selfie! Évidemment.

Partager

À lire aussi

  • Palme d'or: le suspense entier

    Festival de Cannes

    Palme d'or: le suspense entier

    À mi-parcours de ce 68e Festival de Cannes et à la veille de la présentation de Sicario de Denis Villeneuve, la chasse à la Palme... »

  • <em>Sicario</em> très bien reçu

    Festival de Cannes

    Sicario très bien reçu

    Denis Villeneuve arborait un sourire de soulagement lorsqu'il s'est présenté mardi midi à une conférence de presse très courue après la projection de... »

  • Jeune et fou sur  la Croisette

    Festival de Cannes

    Jeune et fou sur  la Croisette

    Après une première fin de semaine de qualité, la compétition s'est essoufflée au 68e Festival de Cannes. Oh! il y a eu de bons films, mais... »

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer