Cannes: Mad Max vole le spectacle

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Tom Hardy et Charlize Theron, deux acteurs étoiles du nouvel opus de George Miller, Mad Max : la route du chaos.

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Du 13 au 24 mai, notre journaliste Éric Moreault est à Cannes pour suivre le festival de cinéma qui en est à sa 68e présentation. »

(Cannes) C'était écrit dans le ciel de Cannes et c'est ce qui est arrivé : Mad Max : la route du chaos a volé la vedette jeudi sur la Croisette. Le nouvel opus de George Miller avait beau être projeté hors compétition, festivaliers et journalistes n'en avaient que pour ce sidérant long métrage qui amalgame film d'action, western et road-movie (et tout un). Un divertissement vrombissant le pied au plancher, mené par des acteurs étoiles : Charlize Theron et Tom Hardy. Du bonbon pour ce 68e Festival.

On ne se contera pas d'histoire. Le Festival de Cannes a beau être une inestimable rampe de lancement pour les cinéastes, le rendez-vous incontournable des cinéphiles et un immense marché du film, il a besoin de vedettes et de paillettes pour vendre du rêve et maintenir sa réputation. Même les journalistes, habituellement blasés (ou faisant semblant), se sont précipités en masse à la conférence de presse jeudi midi. Et ses stars ont déclenché une surabondance de flashs sur le tapis rouge le soir venu.

On n'a pas présenté Mad Max avec tout le flafla pour rien. Mais sous les apparences, il s'agit d'un véritable film d'auteur, avec sa mythologie, fortement ancrée dans un monde post-apocalyptique qui pourrait bien être le nôtre dans un futur proche (bonjour, les changements climatiques). «Ça semblait tellement réel», a d'ailleurs souligné Charlize Theron à ce propos. Une sensation exacerbée par le fait que Miller a eu très peu recours aux effets spéciaux. Les cascades ahurissantes se sont réellement déroulées devant l'objectif. Certaines ont même déclenché des applaudissements spontanés!

Son réalisateur l'a mentionné, quand l'idée lui venue de ce «nouvel épisode de la vie» de son héros, elle ne l'a jamais quittée. Cette fois, la route de Max (Hardy), le loup solitaire hanté par la mort des siens et souffrant du syndrome de stress post-traumatique, croise celle de Furioso (Theron). Cette battante dans un monde à feu et à sang tente de faire échapper cinq femmes des griffes d'un chef de guerre (ça pourrait se dérouler maintenant si ce n'était de quelques éléments d'anticipation). La route du chaos ne sera qu'une longue course-poursuite vers l'Éden.

Cette forte présence féminine, rehaussée par l'intense interprétation de Theron, différencie d'emblée Mad Max des vaines superproductions hollywoodiennes. Mais le style enlevant de Miller y est aussi pour beaucoup, ainsi que les thèmes qu'il aborde : espoir, solidarité, sacrifice, rédemption...

Avec une telle accolade, la question s'imposait : y aura-t-il une suite? «C'est comme demander à une femme qui vient d'accoucher d'un gros bébé si elle en veut un autre», a répondu George Miller. Mais avec un engouement public appréhendé, gageons que l'envie d'élargir la famille lui reprendra.

Il faut parfois attendre longtemps en compétition avant un coup de coeur, mais l'électrochoc-surprise est advenu dès le deuxième jour avec le puissant et poignant Fils de Saul. László Nemes a fait une entrée fracassante à Cannes avec ce premier long métrage dont la superbe réalisation, très maîtrisée et énergique, nous a laissé pantois. Vrai que les courts du réalisateur hongrois ont été couronnés de nombreux prix internationaux, mais quelle audace!

Sujet délicat

D'autant que le sujet est particulièrement délicat, celui des Sonder­kommando, ces juifs qui étaient obligés d'assister les nazis dans l'élimination de leurs coreligionnaires dans les camps de concentration jusqu'à ce qu'ils subissent le même triste sort. Saul travaille au crématorium lorsqu'il croit reconnaître son fils parmi les cadavres. Il n'aura dès lors qu'une obsession, lui offrir une sépulture décente. Saul prendra des risques insensés pour arriver à ses fins au détriment de ses collègues d'infortune qui fomentent une rébellion.

Nemes a choisi d'épouser le point de vue de Saul, plaçant sa caméra au-dessus de son épaule et la déplaçant avec une étonnante virtuosité dans des plans-séquences étourdissants - seul Saul est au foyer sauf quand il entre en interaction. Le réalisateur a aussi choisi de placer l'horreur pratiquement toujours en hors-champ, l'imagination du spectateur faisant le reste.

Cette quête désespérée alors que règne le chaos - formidablement mis en images - est celle d'un homme qui tente de regagner sa dignité et sa décence dans un environnement où les juifs sont traités comme des «pièces de viande» qu'on fait brûler à la chaîne. 

Ce sont les camps de concentration comme vous ne les avez jamais vus au cinéma : sans mièvrerie et sans héroïsme de pacotille. Très fort.

Les frais d'hébergement sont payés par le Festival de Cannes.

On a vu

  • Mad Max : la route du chaos, George Miller Australie  *** ½
  • An Noami Kawase Japon ***
  • Le fils de Saul László Nemes Hongrie ****

Lu, vu, entendu

Lu

Un texte élogieux sur Séville international et sa tête dirigeante, Anick Poirier, dans le Screen. Ce magazine spécialisé anglais (un «trade» dans le langage des initiés) a un tirage quotidien pendant le marché du film fréquenté par quelque 12 000 professionnels du cinéma. Séville International distribue des films d'ici et d'ailleurs dans le monde et se distingue «par son habileté et sa volonté à encourager la vision de ses cinéastes». La division basée à Montréal a d'ailleurs vendu Juste la fin du monde, le prochain Xavier Dolan, à des distributeurs britannique, italien et japonais en début de semaine. 

Vu

An en ouverture de la section Un certain regard, qui sert parfois de tremplin vers la compétition. Les films qui s'y retrouvent, souvent plus originaux et personnels, sont comme la contre-programmation de la course à la Palme d'or. C'est le cas du long métrage sensible et délicat de Noami Kawase, qui se sert d'un prétexte bénin - l'embauche d'une vieille dame dans une petite beignerie - pour lever le voile sur une page noire de l'histoire japonaise : la mise au ban des lépreux. Sur fond d'exclusion et de solitude, ce beau drame intergénérationnel a le coeur à la bonne place.  

Entendu

Charlize Theron sur la connotation féministe de Mad Max : «Il y avait beaucoup de rumeurs sur une forte présence féminine aux côtés de Max. Que ça se concrétise dans la réalité, c'est autre chose. [...] George [Miller] ne m'a jamais déçue. Il m'a promis quelque chose et il a tenu parole. Pour moi, c'était incroyable de pouvoir jouer dans ce carré de sable, littéralement, et être une femme sans tenter d'être un homme et ainsi célébrer [l'idée] d'être une femme. Pas pour mettre la femme sur un piédestal, mais d'être entourée de femmes qui avaient l'air authentiques. C'était une opportunité en or.»

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