Cannes: un jury, un ogre et quatre soeurs...

Le jury du Festival de Cannes 2015: Ethan Coen,... (AFP, BERTRAND LANGLOIS)

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Le jury du Festival de Cannes 2015: Ethan Coen, Sophie Marceau, Rossy de Palma, Guillermo del Toro, Rokia Traoré, Xavier Dolan, Sienna Miller, Jake Gyllenhaal et Joel Coen

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Du 13 au 24 mai, notre journaliste Éric Moreault est à Cannes pour suivre le festival de cinéma qui en est à sa 68e présentation. »

(Cannes) La conférence de presse du jury du Festival de Cannes est, généralement, aussi passionnante que celle d'un ministre du gouvernement Harper. On y déballe des platitudes et des clichés dans l'espoir que les journalistes vont faire semblant de trouver ça intéressant. Mais celle de cette 68e édition se devait d'être un peu spéciale en raison de la qualité impressionnante de ses membres, à commencer par les coprésidents Ethan et Joel Coen, et la présence de Xavier Dolan. On était plusieurs à le croire, vu la foule de journalistes. À dire vrai, leur prestation ne s'est pas distinguée de la norme.

Deux des membres du jury, le réalisateur mexicain... (AFP, Bertrand Langlois) - image 1.0

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Deux des membres du jury, le réalisateur mexicain Guillermo del Toro et le réalisateur canadien Xavier Dolan, prennent la pose lors de leur arrivée à la cérémonie d'ouverture du 68e Festival  de Cannes. 

AFP, Bertrand Langlois

On a tout de même pu apprendre que les neuf membres de cette cuvée 2015 se vouent un immense respect et partagent une admiration mutuelle. «Pouvoir en débattre avec des gens d'une telle étoffe et qualité, c'est un privilège incommensurable», a résumé Xavier Dolan.

 Sinon, l'humour décalé de Jake Gyllenhaal et bon enfant de Guillermo del Toro, qui a confessé avoir dû renouveler sa garde-robe depuis sa dernière présence à Cannes, ont fait un peu d'étincelles dans ce jury peu loquace. Même le flamboyant Dolan était à court de répliques - il a gardé profil bas, sauf dans sa première intervention. «L'expérience est tellement enrichissante pour moi, qui m'apprête à faire un film dans 12 jours, je ne peux pas imaginer un laboratoire plus inspirant que ces 20 univers se déployer sous mes yeux.»

Vrai qu'ils en sont tous, y compris les frères Coen, à leur première expérience du genre, sauf exception. Mais «je sais ce que c'est d'être en compétition, a lancé del Toro. Nous ne sommes pas là pour dire ce qui est bon ou mauvais, mais ce que nous aimons.» Xavier Dolan y a fait écho en disant être présent pour voir les films avec son coeur. «Ma responsabilité n'est pas de les catégoriser ou de les critiquer, mais de déclarer ceux qui me touchent.»

Mais avant les films de la compétition et après l'exercice de torture journalistique, le jury a dû grimper les marches mercredi soir en compagnie de la talentueuse actrice Julianne Moore, qui a déclaré l'ouverture officielle du Festival. 

On a laissé les beautiful people à leurs mondanités pour aller voir Tale of Tales. Ce film de l'Italien Matteo Garrone (Gomorra) est un bel exemple d'un réalisateur indépendant qui hérite d'un budget gonflé aux stéroïdes et qui perd son oeuvre de vue.

Dommage parce que l'idée d'adaptation de ces contes napolitains du XVIIe siècle, et les premières images, étaient très prometteuses. Ces variations baroques pour adultes de La Belle et la Bête - avec un ogre! - et autres récits sont servis dans un splendide écrin visuel, mais Garrone mène un film en dents de scie où les coups d'éclat cèdent trop souvent le pas à l'ennui.

Autre film de compétition, Notre petite soeur évolue dans un tout autre registre, très contemporain, qui laisse toute la place aux femmes, dans des rôles riches en nuances. Hirokazu Kore-Eda peint un superbe portrait intimiste de trois soeurs indépendantes qui apprennent avec stupeur l'existence d'une demi-soeur à la mort de leur père. Le trio décide d'adopter l'ado de 15 ans. Les hommes ne sont pas absents, mais ils évoluent en périphérie.

Le réalisateur japonais renoue avec les thèmes qui lui étaient chers dans son film précédent, Tel père, tel fils (Prix du jury en 2013) : la transmission, l'héritage familial, le devoir, la tradition... Il le fait de façon touchante et délicate, avec une mise en scène discrète et naturaliste qui laisse toute sa place aux actrices et à leur formidable complicité.

Cette sensibilité ne va pas sans un certain sentimentalisme, et parfois même un peu de mélo lorsque la musique devient trop appuyée. Mais sa touche, un mélange inusité de Tchekhov et de la télésérie La vie, la vie, dans son sens du détail humain, en fait un réalisateur à part.

Reste qu'avec ces deux films, on ne peut pas dire que la compétition démarre sur les chapeaux de roues.

Les acteurs Sara Forestion et Rod Paradot (La tête... (AP, Lionel Cironneau) - image 2.0

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Les acteurs Sara Forestion et Rod Paradot (La tête haute)

AP, Lionel Cironneau

***

VU

Quelques dossiers sur l'utilisation de l'anglais comme langue de tournage. Si on fait exception des cinq longs métrages français, les deux tiers des films en compétition se déroulent dans la langue de Spielberg. Et alors? Il y a seulement deux films américains. Les autres sont le fait de réalisateurs comme le Grec Yorgos Lanthimos, le Norvégien Joachim Trier et le Québécois Denis Villeneuve, qui utilisent l'anglais et des distributions de vedettes dont c'est la langue maternelle. Ce qu'on risque d'y perdre au change? La singularité du regard des cinéastes qui sera remplacée par une bouillie mondialisée. On y reviendra .

LU

La tête haute, le film d'ouverture de ce 68e Festival de Cannes, présenté hors compétition. Une chance. Pas que le long métrage soit mauvais, mais on s'étonne de ce choix d'une oeuvre moyenne, trop longue et sans surprise. La tête haute s'attache au parcours de Malony (Rod Paradot), un délinquant qu'une juge compatissante (Catherine Deneuve) et un éducateur (Benoît Magimel) tentent inlassablement de ramener dans le droit chemin. C'est bien filmé, mais sans l'originalité et la vision d'un Xavier Dolan (Mommy) ou d'un François Truffaut (Les 400 coups), primés à Cannes pour des longs métrages sur le même thème.  

REÇU

Ma valise! Ô joie. Je vous ai déjà parlé de la guigne qui s'acharne sur moi à répétition quand je voyage en avion - et pas seulement pour le boulot. La dernière fois, tiens, c'était tous les sièges avant entourés de bandes jaunes style scène de crime : une porte ne s'ouvrait pas (heureusement que ce n'était pas l'inverse...). Mais une valise égarée avant le début du Festival, ça, c'est une première. C'est d'ailleurs devenu une blague récurrente avec mon supérieur. «Qu'est-ce que t'as fait au Bon Dieu?» m'a-t-il écrit, mercredi. Je commence à me le demander sérieusement...

***

ON A VU

  • La tête haute, Emmanuelle Bercot, France, ** 1/2
  • Notre petite soeur
  • Hirokazu Kore-Eda, Japon, ***
  • Tales of Tale (Il raconto dei raconti), Matteo Garrone, Italie, ** 1/2

***

Les frais d'hébergement sont payés par le Festival de Cannes.

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