Gala: célébrer le singulier

Les assistants à la conception de Gala Frédéric... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Les assistants à la conception de Gala Frédéric Seguette et Chiara Gallerani entourent trois membres de la distribution québécoise :  Manuel Bégin, Annie Fournier et Jean-François Duke.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Sur la scène de La Bordée, alors que Billie Jean de Michael Jackson résonne dans les haut-parleurs, une série de danseurs d'âges, de silhouettes et d'horizons divers interprètent tour à tour leur version du moonwalk. Amateurs ou pros, ils ont en commun de résider dans la région de Québec et de plonger dans le concept atypique imaginé par le chorégraphe Jérôme Bel dans Gala. Ici, les interprètes ont le dernier mot sur le contenu du spectacle, qui se réinvente partout où il s'arrête.

«C'est important de ne pas regarder les autres. Vous risquez de perdre votre singularité», prévient en répétition un assistant du chorégraphe français, Frédéric Seguette, à la troupe impromptue qui donnera vie à Gala, version Québec, mardi et mercredi. Parce que dans ce spectacle, il n'y a pas deux interprètes qui se ressemblent, ni deux représentations identiques. Dans chaque ville, tout est à recommencer. L'équipe de Jérôme Bel sélectionne les participants selon un certain profil (âge, origines ethniques, caractéristiques physiques, etc.). Et outre quelques figures imposées, ce sont eux qui dicteront les couleurs que prendront les représentations par leurs choix de musiques et de styles de danse.

«Il y a une diversité de corps, de parcours, d'expériences, a résumé M. Seguette, samedi, en marge d'une répétition. «C'est aussi une représentation du monde la plus large possible, a-t-il ajouté. Dans cette diversité-là, comment les choses peuvent-elles être partagées sans rejet, sans jugement? Et de manière concrète, aussi. On est dans l'action, dans l'engagement. Chacun doit s'engager.»

Créé à Paris l'année dernière, Gala se décline un peu comme un spectacle de fin d'année dans lequel les numéros divers se succèdent. À notre passage en répétition, on a pu entendre autant de la musique orientale que du Beyoncé... et du Dalida! 

«Il y a plusieurs étapes. Ils sont d'abord seuls sur scène, puis à deux, puis en groupe. À la fin, ça devient un espace communautaire. C'est une communauté qui se tisse», a expliqué une autre assistante à la conception, Chiara Gallerani. 

La rencontre avant l'exécution

La troupe québécoise de Gala s'est réunie pour la première fois jeudi dernier. En seulement trois jours de répétitions, l'équipe aura donné forme au spectacle, qui mise bien davantage sur la diversité de la rencontre que sur la perfection des exécutions. 

«On y va direct dans le travail, a noté samedi Jean-François Duke, le seul danseur professionnel du groupe. «Ils nous accompagnent à trouver un état spécifique. Il y a beaucoup de subtilités, probablement plus que ça laisse sous-entendre de l'extérieur. On voit d'abord les costumes, cette image de plein de gens différents rassemblés. Mais il y a beaucoup de détails. Il y a une recherche en profondeur, une quête de n'être vraiment que dans le moment présent», a ajouté le danseur, qui dit vivre l'expérience comme «un petit cadeau».

«Tout le monde est juste là, et pas dans un but d'essayer d'apprendre, a-t-il évoqué. Et ça, c'est le plus grand défi pour moi! En général, je dois apprendre, apprendre et apprendre les mouvements. Là, on est dans une écoute. Et on dirait que c'est là que la profondeur embarque.»

À 12 ans, Manuel Bégin figure parmi les cadets de la troupe. Il donne dans un «mélange de hip-hop, de breakdance et de robot dance», selon sa description. Mais il n'a exprimé aucun complexe à l'idée de tâter d'autres genres. 

«Il y a des bouts où on est tout le monde ensemble dans tout l'espace de scène. Et quand quelqu'un danse, les autres essaient de reproduire exactement le même mouvement. Donc si moi je fais du breakdance, il faut aussi que je fasse du ballet, du swing, de la danse contemporaine!» selon le garçon, qui disait samedi ne pas trop anticiper la réaction du public. «Ce n'est pas un spectacle normal, a-t-il avancé. Là, il y a beaucoup de choses spéciales qu'on ne verrait pas ailleurs. C'est plein de spectacles différents mélangés ensemble.»

Sa consoeur danseuse Annie Fournier abonde dans le même sens. «C'est un beau laboratoire», a confié la mère de famille, qui a représenté Limoilou lors de la dernière édition de la Revengeance des duchesses. «On le répète aujourd'hui, mais quand on va le refaire demain, ça ne sera pas la même chose, a-t-elle ajouté. Ça ne sera jamais la même chose.»

Une rencontre humaine

Depuis sa création à Paris en 2015, Gala a fait un bon bout de chemin sur les scènes européennes. Et le périple continue : après les représentations de Québec, le spectacle sera recréé à Montréal au Festival TransAmériques. Selon les assistants à la conception Chiara Gallerani et Frédéric Seguette, des escales à Singapour, à New York, à Philadelphie, à Minneapolis et à Moscou figurent notamment à l'agenda. 

«L'aventure recommence chaque fois. C'est très excitant, très troublant. C'est beaucoup d'émotions. C'est une aventure humaine très belle, qui bouleverse autant les acteurs que nous», estime M. Seguette, qui a eu comme sa collègue l'occasion de vivre les deux côtés de Gala : sur scène à Paris et dans les coulisses avec des troupes formées ailleurs. Ils sont de ceux, quand le créateur Jérôme Bel n'est pas de la partie, qui encadrent le spectacle afin qu'il demeure fidèle à sa vision. Même s'ils reconnaissent que par sa nature même, Gala est appelé à se remodeler selon les artistes qui le construisent. 

«C'est une pièce qui travaille beaucoup sur l'émancipation, indique Chiara Gallerani. Jérôme parle de ça. C'est un processus qui est toujours en cours, mais c'est évoqué. Évidemment, le spectacle le permet. Nous sommes des médiums, nous fournissons des outils, nous créons des conditions. Mais après, ce qu'on souhaite, c'est que les participants puissent s'émanciper de nous, du regard du spectateur, de leur propre image d'eux-mêmes. C'est vraiment l'un des axes principaux de ce projet.»

À l'affiche

  • Quoi: Gala
  • Conception: Jérôme Bel, assisté de Chiara Gallerani, Maxime Kurvers et Frédéric Seguette
  • Interprétation: Line Beauregard, Manuel Bégin, Pierre Berthelot, Henri Delisle Langlois, Jean-François Duke, Charo Foo, Annie Fournier, Josiane Lamoureux, Rolando Larduet, Danielle Le Saux Farmer, Vicky Levesque, Flavie Nicol, Julie Pichette, Remy Rousseau, Catherine Saint-Gelais
  • Quand: le 31 mai et le 1er juin à 19h
  • Où: La Bordée
  • Billets: 53,50 $ (forfait à 140 $ pour trois spectacles du Carrefour international de théâtre)
  • Info.: www.carrefourtheatre.qc.ca ou 418 647-3813

Lundi au Carrefour

Ils étaient quatre

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Premier Acte 18h

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