Les chemins de traverse de Monia Chokri

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Contrairement à ce que le titre peut laisser entendre, Peepshow n'entraîne pas son public dans un univers pornographique. Avec l'idée de transgression et le conte du Petit Chaperon rouge en filigrane, la pièce se déploie en une mosaïque de personnages, tous interprétés par Monia Chokri.

Simon Guilbault

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(Québec) En entrevue, Monia Chokri se montre un peu surprise lorsqu'on lui signale que la pièce Peepshow, qu'elle reprendra au Carrefour international de théâtre les 1er et 2 juin, est déconseillée par l'organisation aux spectateurs âgés de moins de 16 ans. «Ce n'était pas le cas quand on l'a fait à l'Espace Go à Montréal. Peut-être que les gens sont plus prudes à Québec!» rigole la comédienne, s'empressant de s'inclure sous l'étiquette: «Moi qui viens de la ville de Québec, je peux comprendre!» 

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Écrit, mis en scène et d'abord interprété en 2006 par Marie Brassard, Peepshow offre à Monia Chokri (photo), souvent décrite comme la muse de Xavier Dolan, ce qu'elle décrit «probablement comme le plus grand défi» de sa carrière d'actrice.

Photothèque La Presse

Au Carrefour, on indique que des propos contenus dans la pièce créée par Marie Brassard il y a 10 ans pourraient déranger certaines personnes. De là la mise en garde. Plus sérieusement, Monia Chokri reconnaît que le spectacle qu'elle a joué en solo à Montréal l'automne dernier peut provoquer des réactions fortes dans le public. «J'ai assisté à des scènes assez particulières avec ce spectacle-là, évoque-t-elle. Pas parce que c'est trash ou épeurant... Mais surtout pour les femmes, je pense que ça appelle des zones obscures dans lesquelles certaines ne sont pas habituées de voyager.»

Contrairement à ce que le titre peut laisser entendre, Peepshow n'entraîne pas son public dans un univers pornographique. Avec l'idée de transgression et le conte du Petit Chaperon rouge en filigrane, la pièce se déploie en une mosaïque de personnages, tous interprétés par Monia Chokri.

«C'est un spectacle sur le rapport à la séduction, sur le désir, sur la solitude, résume l'actrice. L'un des thèmes très importants, c'est l'idée d'aller au-delà des cadres convenus. L'idée d'être différent. C'est une rupture amoureuse racontée par quelqu'un d'étrange, qui a un rapport au monde différent. C'est une situation qui touche à l'universel, mais racontée par quelqu'un de singulier. C'est vraiment un hommage à l'extravagance, aux gens qui prennent les chemins de traverse.»

Peepshow «est un spectacle sur le rapport à la... (Simon Guilbault) - image 2.0

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Peepshow «est un spectacle sur le rapport à la séduction, sur le désir, sur la solitude, résume l'actrice Monia Chokri.

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Défi d'actrice

Écrit, mis en scène et d'abord interprété en 2006 par Marie Brassard, Peepshow offre à Monia Chokri, souvent décrite comme la muse de Xavier Dolan, ce qu'elle décrit «probablement comme le plus grand défi» de sa carrière d'actrice. «C'est sûr que de monter sur scène toute seule, c'est un gros contrat... Surtout quand on n'a pas forcément l'ego pour le faire. Moi, je n'avais pas cette velléité ou cette ambition de faire mon solo. J'ai été tellement surprise quand Marie m'a proposé ça...»

Finalement, la comédienne a été incapable de dire non. «Surtout parce que c'était Marie, ajoute Monia Chokri. Je ne l'aurais peut-être pas fait dans n'importe quel contexte. Avec Robert Lepage, c'est l'artiste de théâtre que j'admire le plus au Québec. Je lui ai demandé un temps de réflexion et tout ce qui me revenait, c'était que j'avais peur. Sinon, je n'avais pas d'argument. J'ai dit à Marie que j'allais le faire parce que la peur, ce n'était pas une bonne raison pour ne pas le faire.»

Les deux femmes avaient préalablement travaillé ensemble sur la pièce La fureur de ce que je pense, créée autour de textes de Nelly Arcan. Et elles ont, semble-t-il, très peu parlé de la première mouture de Peepshow au moment de mettre sur pied la deuxième.

Marie Brassard «m'a laissée très libre dans l'interprétation.... (Simon Guilbault) - image 3.0

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Marie Brassard «m'a laissée très libre dans l'interprétation. La musique est complètement différente, la scénographie aussi. C'est vraiment un nouveau projet», explique Monia Chokri.

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Repartir de zéro

«C'est comme un nouveau spectacle pour Marie, note Monia Chokri. Elle s'ennuie quand elle refait la même chose. On est vraiment reparti de zéro pour ce nouveau projet-là. On avait évidemment le texte que Marie avait joué. Mais il y a des choses qui ont changé, on a coupé des parties. Et elle m'a laissée très libre dans l'interprétation. La musique est complètement différente, la scénographie aussi. C'est vraiment un nouveau projet.»

Si le spectacle a été réinventé, il y demeure toutefois le travail vocal, central dans le langage théâtral de Marie Brassard. Tout au long de la pièce, les métamorphoses de l'interprète, munie d'un micro, sont ainsi appuyées par toutes sortes de modifications de sa voix. L'expérience la plus saisissante pour Monia Chokri? Ce moment où elle devient un homme sur les planches.

«Ça part de la voix, mais le corps suit, après, décrit-elle. C'est très étrange! Ça devient très concret et ça me donne beaucoup de liberté. D'avoir tout d'un coup une voix d'homme, ça me donne la confiance d'un homme sur scène. Il faut l'expérimenter pour comprendre. Je pense qu'on devrait faire des thérapies comme ça pour les femmes! Ça donne un genre de confiance vraiment bizarre...»

=> À l'affiche 

  • Quoi : Peepshow
  • Texte et mise en scène : Marie Brassard
  • Interprétation : Monia Chokri (avec le musicien Alexander MacSween)
  • Quand : 1er et 2 juin 20h
  •  : Grand Théâtre (salle Octave-Crémazie)
  • Billets : 53,50 $ (forfait à 140 $ pour trois spectacles du Carrefour international de théâtre)
  • Info : www.carrefourtheatre.qc.ca ou 418 647-3813

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Dix ans après sa création par Marie Brassard, Peepshow n'a pas pris une ride selon Monia Chokri (photo), qui porte à son tour le solo. 

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«L'étrangeté n'a pas de date de péremption»

Dix ans après sa création par Marie Brassard, Peepshow n'a pas pris une ride selon Monia Chokri, qui porte à son tour le solo. 

«L'étrangeté n'a pas de date de péremption, estime-t-elle. Je pense que les gens qui étaient singuliers dans les années 20 sont ceux dont on se souvient aujourd'hui. Ils ont changé la face du monde parce qu'ils avaient des idées avant-gardistes et qu'ils n'ont pas nécessairement été compris dans l'instantané. Ce sont des gens qui sont un peu plus rapides que les autres sur certains points.» 

Pour Monia Chokri, Marie Brassard trouve indéniablement sa place dans cette catégorie de créateurs. «C'est quelqu'un de l'avant-garde, observe l'actrice. Elle essaie des choses surprenantes. Elle est de l'école de Robert [Lepage], aussi. Ce sont des gens singuliers qui font des choses à part et qui vont rester dans le temps, je pense. C'est pour ça qu'aujourd'hui, on rejoue ce spectacle 10 ans plus tard et qu'il n'a pas vieilli.»

Aubert, Cloutier et les morts-vivants!

Monia Chokri n'est pas de ceux qui regardent en rafale la série The Walking Dead ou qui comptent les films de George A. Romero parmi leurs incontournables. De son propre aveu, l'actrice ne cherche pas trop à voir des zombies à l'écran : «Ça me fait trop peur!» confesse-t-elle en riant. Avec Fabien Cloutier à ses côtés, elle les affrontera toutefois devant la caméra de Robin Aubert (Saints-Martyrs-des-Damnés, À l'origine d'un cri) aux fins du film d'horreur Les affamés, tourné dès cet été. 

«C'est vraiment un super beau scénario, clame-t-elle. Je suis super heureuse de participer à ça et de travailler avec Fabien Cloutier, que j'adore. Ça va faire un duo un peu dépareillé, et je pense que c'est ça que Robin aimait bien. C'est dur de réussir les films de genre. Mais je crois qu'il va réussir son pari, Robin.» 

On pourra prochainement voir Monia Chokri dans deux films français, tournés l'automne dernier : Réparer les vivants de Katell Quillévéré (avec Anne Dorval et Emmanuelle Seigner, entre autres) et Compte tes blessures de Morgan Simon. Outre des collaborations avec les cinéastes Catherine Martin et Éric Morin, Monia Chokri planche sur son propre long-métrage, qui donnera suite au court Quelqu'un d'extraordinaire, notamment récompensé au Gala des Jutra en 2014, au festival texan South By Southwest et à celui de Locarno en Suisse.

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