Cendrillon de Joël Pommerat: magie en clair-obscur

Toute menue, Déborah Rouach captive dans le rôle-titre.... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Toute menue, Déborah Rouach captive dans le rôle-titre.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) CRITIQUE / On trouve bien une fée dans la relecture de Cendrillon par Joël Pommerat. Mais dans ce conte en clair-obscur, les plus grands éclairs de magie ne se trouvent pas nécessairement là où on les attend.

Le 17e Carrefour international de théâtre s'est ouvert mardi en dépoussiérant un classique immortalisé par Perrault et les frères Grimm, mais peut-être popularisé davantage sous la loupe de Disney. Créée en 2011 au Théâtre national de Bruxelles et destinée aux spectateurs de huit ans et plus, la version du prolifique auteur et metteur en scène français Joël Pommerat (qui a récolté quatre prix Molière en début de semaine pour ses pièces Ça ira et Pinocchio) lui offre une percutante cure de jouvence. Sous ses bons soins, la pauvre orpheline peut enfin vivre son deuil et exprimer tout son bagout.

À la base de cette Cendrillon moderne, Pommerat a placé un grand malentendu. Veillant sa mère sur son lit de mort, la «très jeune fille» au centre de l'histoire comprend mal les dernières paroles qui lui sont confiées. Son deuil est donc alourdi par une lourde culpabilité, elle qui croit pouvoir ramener sa maman parmi les vivants si elle pense à elle constamment.

Ébranlée, la Sandra (rebaptisée Cendrier par ses vilaines belles-soeurs) n'en est pas moins maîtresse de ses moyens. Forte en gueule, plutôt irrévérencieuse et montrant d'indéniables tendances masochistes, elle embrasse - voire provoque - le traitement cruel qui lui est réservé par sa belle-mère (tonitruante et délicieusement ridicule Catherine Mestoussis) parce qu'elle croit le mériter... Mais dans un rafraîchissant renversement des rôles traditionnellement dépeints dans les contes de fées, elle n'aura pas besoin du prince charmant (lui aussi orphelin) pour réussir à s'émanciper. C'est même plutôt elle qui lui viendra en aide en lui ouvrant une fenêtre sur la réalité et sur un véritable processus de deuil. Et c'est sans doute là que réside la plus belle magie de cette pièce.

Dialogues colorés

Toute menue, Déborah Rouach captive dans le rôle-titre. Tantôt grinçante ou angoissée, tantôt attendrissante, elle distille avec justesse une aura préadolescente, mordant à belles dents dans ce texte rempli de répartie.

Ses dialogues colorés (et ponctués de quelques insultes), Joël Pommerat a choisi de les mettre en exergue sur scène dans un environnement en clair-obscur à la fois poétique et intemporel. Comme des pages qui se tournent, les scènes s'enchaînent dans Cendrillon, entrecoupées de courts moments où le spectateur est plongé dans l'obscurité complète et pendant lesquels les décors se transforment. Pommerat et son équipe ont multiplié les trouvailles visuelles pour illustrer le propos : de cette loupe qui grossit la tête de la fillette de plus en plus angoissée à ces parois caméléons qui se métamorphosent au gré des projections.

La pièce Cendrillon est présentée jusqu'au 26 mai à La Bordée.

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