Cendrillon: un classique dépoussiéré

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La pièce de l'auteur et metteur en scène français Joël Pommerat transpose le conte archiconnu de Cendrillon dans le monde moderne.

Cici Olsson

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(Québec) Une héroïne forte en gueule et un peu masochiste, une fée qui fume comme une cheminée et pas l'ombre d'une citrouille. À des années-lumière de la version «édulcorée» véhiculée par Disney, la Cendrillon de Joël Pommerat s'apprête à venir à la rencontre du public de la capitale en ouverture du Carrefour international de théâtre.

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Présentée dans le texte comme «la très jeune fille», la Cendrillon de Joël Pommerat s'appelle en fait Sandra et vit le deuil de sa mère.

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Créée il y a cinq ans et jouée près de 400 fois dans plusieurs pays, la pièce de l'auteur et metteur en scène français transpose le conte archiconnu dans le monde moderne. Les codes sont conservés (la méchante belle-mère et les imbuvables belles-soeurs, le prince, la chaussure, etc.), mais les cartes sont indéniablement rebrassées. Parce que Pommerat avait envie de se rapprocher de la source - les contes de Perrault ou des frères Grimm - et de ramener son héroïne plus près d'un «drame de l'enfance». Et parce que l'homme de théâtre est convaincu que les plus jeunes spectateurs (la pièce s'adresse à un public âgé de huit ans et plus) sont aussi capables d'en prendre.

«À partir du moment où on a destiné ces histoires aux enfants, on les a édulcorées, croit-il. On les a rendues un tout petit peu plus lisses et moins violentes. Ça part d'une bonne intention de protéger la sensibilité des enfants. Mais effectivement, dans mon travail, je joue un peu avec cette limite-là. Non pas de prendre le risque de choquer des enfants. Mais je ne veux pas non plus me mettre dans une posture de surprotection qui, je pense, n'est pas productive et donne artistiquement de très mauvais résultats.»

Présentée dans le texte comme «la très jeune fille», la Cendrillon de Pommerat s'appelle en fait Sandra et vit le deuil de sa mère. Une pénible expérience compliquée davantage par un malentendu : au moment de dire adieu à sa maman, la fillette a fait une promesse sans bien entendre ce qui était réclamé d'elle. Pour éviter que sa mère ne meure «pour vrai», elle se forcera dorénavant à penser à elle à tout instant... Et sera assaillie par la culpabilité chaque fois qu'elle oubliera de le faire. 

«Je ne suis pas dans les consciences et dans les têtes, mais j'ai l'impression qu'à travers tous les pays qu'on a traversés, il y a eu un impact qui prend des formes un peu différentes, indique Joël Pommerat. Mais nulle part on n'a trouvé de l'incompréhension ou de l'indifférence. Je ne suis pas forcément étonné parce que je crois que le sujet est fondamentalement universel. Le rapport à la mère, à la mort, à la famille recomposée, à la violence des relations dans la famille...»

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Cendrillon (photo) sera la troisième pièce de Joël Pommerat présentée au Carrefour international de théâtre, qui a déjà accueilli Les marchands et La grande et fabuleuse histoire du commerce. Elle est aussi sa troisième relecture théâtrale d'un conte - après Pinocchio et Le Petit Chaperon rouge - destiné d'abord au jeune public.

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Joël Pommerat dit trouver dans les contes un territoire de «grande liberté d'imaginaire» et une faculté d'évoquer «tout un tas de dimensions de la réalité que souvent les récits plus modernes ou plus réalistes ne convoquent pas». 

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La force du conte

À la barre de la compagnie Louis Brouillard depuis 1990, Joël Pommerat s'est imposé comme une figure marquante - et prolifique! - du théâtre contemporain. Cendrillon sera sa troisième pièce présentée au Carrefour international de théâtre, qui a déjà accueilli Les marchands et La grande et fabuleuse histoire du commerce. Elle est aussi sa troisième relecture théâtrale d'un conte - après Pinocchio et Le Petit Chaperon rouge - destiné d'abord au jeune public. 

«Le fait de m'adresser à des enfants, c'était un vrai défi, confie-t-il. C'était excitant pour moi et ç'a forcément été quelque chose de très enrichissant. Je pense que je continue à comprendre et à apprendre des choses dans la relation avec les enfants et dans le fait de me positionner différemment dans l'écriture, en replongeant dans une psychologie de l'enfance. C'est quelque chose que je continue évidemment à porter, mais que je ne convoque pas nécessairement dans mon écriture traditionnelle. D'un point de vue personnel et presque égoïste, c'est un travail qui m'apporte énormément, qui me construit même en tant qu'écrivain.»

Joël Pommerat dit trouver dans les contes un territoire de «grande liberté d'imaginaire» et une faculté d'évoquer «tout un tas de dimensions de la réalité que souvent les récits plus modernes ou plus réalistes ne convoquent pas». 

«C'est à la fois des histoires un peu archaïques, mais en même temps, ça reste relié à une façon moderne de concevoir le monde, la vie, la société, les relations humaines, reprend-il. C'est ça qui est étrange : dans ces histoires-là, on touche à la fois le très primaire et des visions modernes de l'existence et des relations humaines. C'est très troublant...»

Extrait de «Cendrillon»

=> À l'affiche

  • Quoi : Cendrillon
  • Texte et mise en scène : Joël Pommerat
  • Interprétation : Alfredo Cañavate, Noémie Carcaud, Marcella Carrara, Julien Desmet, Caroline Donnelly, Catherine Mestoussis, Nicolas Nore et Deborah Ro-uach
  • Quand : le 24 mai à 20h et les 25 et 26 mai à 19h
  • : La Bordée
  • Billets : 53,50 $ (forfait à 140 $ pour trois spectacles du Carrefour international de théâtre)
  • Info : www.carrefourtheatre.qc.ca ou 418 647-3813

Le trac selon Joël Pommerat

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«Être acteur, ç'a été une expérience extrêmement forte pour moi», confie Joël Pommerat.

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Q En tant qu'auteur et metteur en scène, vivez-vous le trac?

R Oui. Mais la journée de la première du spectacle, je suis dans une forme d'insouciance et de détachement un peu bizarre. J'ai beaucoup plus le trac une semaine avant. 

Quelle est la dernière pensée qui vous traverse l'esprit quand les lumières s'éteignent dans la salle un soir de première?

R Inch'Allah («Si Dieu le veut»)! C'est un moment où, je crois, il y a une sorte d'abandon. C'est lié aussi à ce dont je parlais précédemment, à cette absence de trac à ce moment. C'est l'idée que de toute façon, les choses nous échappent. On s'en remet à une sorte de destin. Il n'y a ni espoir ni crainte. On a brassé tellement de fatigue et d'émotions, je dirais même qu'on perçoit la vanité de la réussite ou de l'échec. Je me retrouve à ce moment dans une forme de détachement qui ne dure pas très longtemps. Trois jours après, je vais être soucieux de savoir si les gens ont aimé ou pas, de choses un peu plus terre à terre et moins distanciées. Mais sur le moment, il y a cette distance et cet abandon. 

Q Pouvez-vous citer une chose que vous avez apprise au théâtre?

R La relation aux autres, certainement. Je pense que sinon, j'aurais été quelqu'un qui aurait construit sa vie de manière beaucoup plus individualiste, plus solitaire. 

Q Un mot qui résume l'expérience théâtrale à vos yeux?

R La présence. Au monde, aux autres et à soi-même. J'ai commencé mon approche de l'écriture et de la mise en scène par le fait d'être acteur. Et être acteur, ç'a été une expérience extrêmement forte pour moi. Le fait de monter sur scène n'a pas été une chose évidente et simple. C'est un acte un peu fondamental d'entrer dans le cercle du regard des autres pour venir y faire quelque chose. C'est comme un acte d'apparition aux autres. C'est à la fois extrêmement simple et extrêmement mystérieux. Et ç'a été un acte fondateur de mon écriture, extrêmement relié à tout ce qui a pu m'inspirer au théâtre.

Trouver le second souffle

En mettant sur pied sa compagnie, l'auteur et metteur en scène Joël Pommerat s'était donné pour défi de créer une pièce par année pendant 40 ans. Et ça tient toujours... à quelques nuances près!

«Certaines années, comme celle de Cendrillon, j'ai fait quatre créations, précise-t-il. C'est toujours la question : est-ce que ces années me donnent l'autorisation de ne pas créer ensuite pendant quatre ans ou est-ce que ça ne compte pas? Je ne sais pas! À vrai dire, je crois que c'est un engagement très sérieux... Mais je n'ai pas de raison de le respecter à la vie, à la mort. C'est important de garder aussi une fraîcheur d'analyse et de rester en lien avec un vrai désir, avec les vraies nécessités de créer.»

Une trentaine de spectacles

En un quart de siècle, la compagnie Louis Brouillard a signé une trentaine de spectacles. Et selon Joël Pommerat, l'heure est peut-être justement venue de ralentir la cadence. «Je pense qu'il y a un cap, là, qui est important. Je crois qu'il y a un second souffle à trouver. Il y a une autre nécessité à trouver. Je ne peux pas juste faire les choses que j'ai aimé faire il y a 10 ans ou celles que le public a aimées. Je pense qu'il doit y avoir aussi le temps du questionnement sur ce qui est important pour moi. Ça demande peut-être un peu moins de continuité dans la création que ce que j'ai pu avoir dans les dernières années.»

Alors qu'il a récemment dû mettre un «gros projet» sur la glace pour des raisons financières, Joël Pommerat n'a pas nié une certaine déception. «Mais j'ai pris ça comme un signe. C'est important aujourd'hui pour moi de prendre un petit temps de réflexion, de recul», observe celui qui dit retarder le choix de son prochain sujet de travail. 

«C'est un des actes de création que je trouve le plus difficile, explique-t-il. Ce moment est primordial et il est terrible. Pour moi, travailler sur une pièce de théâtre, c'est au minimum une année de ma vie. De laisser de côté les trois millions de sujets qu'on aurait pu aborder pour n'en aborder qu'un seul, c'est un acte d'engagement incroyable.»

Aussi au Carrefour de théâtre...

Peepshow de Marie Brassard... (Caroline Laberge) - image 9.0

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Peepshow de Marie Brassard

Caroline Laberge

Straight Jacket Winter (Vancouver)

  • De Gilles Poulin-Denis et Esther Duquette
  • Du 27 au 29 mai au Périscope

Ils étaient quatre (Montréal)

  • De Mani Soleymanlou et Mathieu Gosselin
  • Du 28 au 30 mai, au théâtre Les Gros Becs

Gala (Paris)

  • De Jérôme Bel
  • 31 mai et 1er juin à La Bordée

Peepshow (Montréal)

  • De Marie Brassard
  • 1er et 2 juin à la salle Octave-Crémazie

Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni (Rome)

  • De Daria Deflorian et Antonio Tagliarini
  • 2 et 4 juin au Périscope

Reality (Rome)

  • De Daria Deflorian et Antonio Tagliarini
  • 3 et 4 juin au Périscope

Las ideas (Buenos Aires)

  • De Federico León  
  • Du 7 au 9 juin à la Caserne Dalhousie

Bibish de Kinshasa (Montréal)

  • De Marie-Louise Bibish Mumbu et Philippe Ducros
  • Du 9 au 11 juin au Périscope

Murmures des murs (Paris)

  • De Victoria Thiérrée Chaplin et Aurélia Thiérrée
  • Du 9 au 11 juin à La Bordée

Où tu vas quand tu dors en marchant...? 

  • Du 26 mai au 11 juin, du jeudi au samedi

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