CRITIQUE

My Dinner With André: truculent tête-à-tête

Dans My Dinner with André, Peter Van den Eede,... (Photo Tim Wouters)

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Dans My Dinner with André, Peter Van den Eede, mince et chauve, et Damiaan De Schrijver, en rondeurs et barbu, prêtent leurs traits à André et Wally.

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Carrefour de théâtre

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Carrefour de théâtre

Le 16e Carrefour international de théâtre de Québec se déroule du 21 mai au 7 juin 2015. »

(Québec) Le 16e Carrefour international de théâtre a eu la main très heureuse en programmant My Dinner with André. Ce truculent tête-à-tête repose sur une prémisse en apparence banale : deux amis qui cassent la croûte pour rattraper le temps perdu. Mais le contraste est tel, et si superbement rendu par les deux acteurs, que le spectateur rit souvent aux larmes. Alors qu'au fond, c'est triste à en pleurer...

Le théâtre occupe une place plus importante qu'il n'y paraît dans notre quotidien. À preuve, on passe tellement de temps à jouer la comédie qu'on passe à côté de notre vie, postule-t-on dans My Dinner with André. Alors, est-ce le théâtre qui imite la vie dans cette pièce librement adaptée du film de Louis Malle du même nom (1981)? Ou l'inverse?

Difficile à démêler, tout ça. D'ailleurs, le scénario est écrit par deux hommes de théâtre new-yorkais, André Gregory et Wallace Shawn, qui jouent leurs propres rôles. Ou pas. Peter Van den Eede, mince et chauve, et Damiaan De Schrijver, en rondeurs et barbu, prêtent leurs traits à André et Wally, respectivement, dans l'adaptation qui roule depuis 1998. Le premier est un metteur en scène à succès, le deuxième, un dramaturge qui tire le diable par la queue.

La dissemblance n'est pas que physique. André, verbomoteur impénitent, se perd en quêtes spirituelles depuis cinq ans alors que Wally a des préoccupations humanistes plus terre-à-terre : gagner sa croûte. Ou plutôt manger abondamment celle-ci dans la pièce qui nous concerne pendant qu'André, un égocentrique fini, discourt sans arrêt. Ces agapes au resto se déroulent dans une scénographie réduite à sa plus simple expression (une table, une cuisinette en retrait et le même éclairage) pour que notre attention se porte sur les deux protagonistes.

De plus, My Dinner with André respecte les règles du théâtre classique : unité de temps, de lieu et d'action. Mais avec une valeur ajoutée : un vrai repas est servi sur scène, par un vrai chef. Ou deux. Lundi soir, c'est Thania Goyette et Louis Trudeau, du Pied bleu, qui officiaient derrière les fourneaux. Leur menu de cochonnailles était tellement gargantuesque que Wally s'est exclamé : «On se croirait dans un autre film : La grande bouffe (Marco Ferreri, 1973).»

Ou était-ce Damiaan? Une grande partie du charme de cette mise en scène minimaliste réside dans cette capacité des acteurs à sortir de leur rôle et à s'adresser aux spectateurs (le quatrième mur est aboli). Le texte de la pièce repose négligemment sur la table pour qu'ils puissent (faire semblant de) le consulter.

My Dinner with André propose donc, sous le couvert des monologues d'André - le pauvre Wally place quand même quelques répliques bien senties, son jeu reposant essentiellement sur les mimiques tordantes et les interjections du même acabit -, une réflexion sur le théâtre, le rôle du théâtre et le sens de la vie : «Le théâtre peut mettre les gens en contact avec la réalité.»

Livré sous le couvert de l'humour absurde, ça passe très bien la rampe. Les délirantes expériences d'André et le délire verbal dans lequel il les raconte, notamment sa visite dans le désert pour monter Le petit prince ou son stage avec des actrices dans une forêt polonaise, sont d'indescriptibles moments de plaisir partagé. 

Ça se gâche un peu vers la fin, où le rire cède la place à une réflexion plus philosophique, existentialiste, voire nihiliste. Est-ce la fatigue - la pièce dure trois heures et demie sans entracte -, mais il me semble que le dernier 15 minutes vient jeter une douche froide sur notre enthousiasme inconditionnel.

N'empêche. My Dinner with André est, du moins jusqu'à maintenant, l'événement marquant du Carrefour, une pièce portée par deux acteurs en état de grâce. Un incontournable, comme on dit.

La pièce My Dinner with André est présentée jeudi, au Théâtre Périscope.

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