Trois: je est un autre

Mani Soleymanlou (au centre) a «vraiment hâte» de... (Photo Ulysse del Drago)

Agrandir

Mani Soleymanlou (au centre) a «vraiment hâte» de voir l'accueil que lui réservera Québec pour Trois, une ville beaucoup moins multiculturelle où la question identitaire se pose probablement avec moins d'acuité.

Photo Ulysse del Drago

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Carrefour de théâtre

Arts

Carrefour de théâtre

Le 16e Carrefour international de théâtre de Québec se déroule du 21 mai au 7 juin 2015. »

(Québec) Lorsque Mani Soleymanlou a reçu une banale invitation à évoquer l'Iran, son pays d'origine, aux Lundis découvertes du Théâtre Quat'sous, le créateur était loin de se douter de l'odyssée qu'il entreprenait. Le dramaturge y a puisé Un (2012), monologue autobiographique sur sa quête identitaire qui obtient un vaste succès. Deux autres pièces suivent immédiatement, toutes réunies dans Trois. Le 16e Carrefour international de théâtre de Québec en fait son événement signature de clôture en le présentant pour une première fois hors de Montréal. Entretien.

Mani Soleymanlou est né à Téhéran, mais il quitte l'Iran à deux ans pour s'établir à Paris, puis à Toronto, à Ottawa et, enfin, à Montréal. Rendu là, il ne se sent pas vraiment Iranien, ni tout à fait Canadien, ni tout à fait Québécois...

Alors comment se forge l'identité? Pour lui, la question n'a rien de théorique. D'autant qu'au même moment où il doit se produire aux Lundis découvertes se déroule le soulèvement postélectoral de 2009 en Iran, qui fera plus de 150 victimes parmi ceux qui réclament une démocratisation du régime autocratique. «Au lieu de parler de mon pays de façon plus nostalgique, ça m'a permis de prendre cet angle-là. Ce qui était censé être un soir a fini par être trois ans de ma vie», explique-t-il en entrevue téléphonique.

Car en parallèle au succès de Un, plus de 150 représentations dont au Festival Off d'Avignon, le diplômé de l'École nationale de théâtre du Canada (2008) a voulu confronter son point de vue à un «Québécois de souche». En l'occurrence, son bon ami et acteur doué, Emmanuel Schwartz. Encore une fois, l'actualité vient s'immiscer dans la rédaction de ce qui allait devenir Deux avec les débats sur la Charte de la laïcité. 

«J'ai voulu réfléchir à cette histoire [Un] qui touchait autant les gens, que je trouvais somme toute assez banale. Je voulais avoir cette discussion entre l'immigrant et celui de la place. Au début, je voulais qu'on explore ses origines. Finalement, on n'est pas du tout allé là et on a réalisé que la rencontre est plus intéressante quand elle n'a pas lieu.»

Trois multiplie les points de vue sur la question identitaire dans une pièce chorale qui réunit une quarantaine d'interprètes d'horizons divers sur scène. Cette fois encore, sa création a obtenu un fort assentiment critique à Montréal.

Mani Soleymanlou a «vraiment hâte» de voir l'accueil que lui réservera Québec, une ville beaucoup moins multiculturelle où la question identitaire se pose probablement avec moins d'acuité. Mais «ça résonne partout», souligne le dramaturge. Tout le monde connaît ce sentiment de se sentir étranger. Et puis, il y a la «question identitaire québécoise par rapport au Canada, il y a un lien à faire».

Il sait fort bien, toutefois, que s'adresser à un public «averti» de festivaliers ne génère pas le même genre d'accueil que «si on faisait le tour des maisons de la culture du Québec. J'ose espérer qu'avec "l'exotisme" du propos, même si j'haïs ce mot-là, il y aura moins de "convertis" dans la salle», dit-il, tout en souhaitant que le sujet pique la curiosité de gens qui ne fréquentent pas habituellement les salles de théâtre.

D'autant, croit-il, que l'identité est au coeur de notre réflexion actuelle sur le monde, qu'elle soit consciente ou non. On n'a qu'à voir comment les gens essaient de se définir sur les médias sociaux - un mode de représentation perpétuelle. «Il y a autant d'angles pour aborder la question identitaire qu'il y a d'identités.»

Les auteurs y sont sensibles. Larry Tremblay l'a abordé dans L'orangeraie (Mani Soleymanlou y jouera un rôle dans la version théâtrale présentée au Trident au printemps 2016), Olivier Kemeid aussi dans Moi, dans les ruines rouges du siècle. «Il y a ce rapport à qui tu es, d'où tu viens, ta famille, tes origines. Ça existe de plus en plus dans l'imaginaire québécois, d'autant que le monde rapetisse sans cesse. On a besoin de parler de ces histoires qui touchent tout le monde. On erre dans notre époque à la recherche de sens. C'est une quête perpétuelle qui habite beaucoup de monde.»

Il faut forcément demander à Mani Soleymanlou où il loge maintenant, lui qui réfléchit intensément à la chose depuis trois ans. Il y a eu un moment «où j'étais tanné, que j'avais envie de clore ce chapitre-là de ma vie et de passer à autre chose. Ultimement, je me sens plus Québécois qu'autre chose parce que c'est ici que je mûris et que je me définis comme artiste et comme homme. Je viens d'avoir un fils, ça m'ancre ici de plus en plus. J'en suis très heureux.»

Mais, encore une fois, l'actualité le replonge dans le sujet, notamment le repli identitaire, la montée de l'extrême droite en Europe et les naufrages de bateaux d'immigrants. «Il y a ce questionnement qui remonte en moi et j'ai envie de m'y replonger. Il y a quelque chose de profondément québécois dans ma pensée présentement et dans mon désir de réfléchir et de créer ici. Et je suis très heureux que ce soit ça. Ce qui ne m'empêche pas de continuer à me demander ce que ça signifie être Québécois.»

À l'affiche

Titre : Trois

Texte : Mani Soleymanlou

Mise en scène : Mani Soleymanlou

Interprètes : Mani Soleymanlou, Emmanuel Schwartz et une quarantaine d'interprètes

Salle : Théâtre de la Bordée

Dates : 5 au 7 juin

Synopsis : En 2012, Mani Soleymanlou crée Un, monologue autobiographique, où il explore ce qu'il appelle son vide identitaire. En 2013, dans Deux, dialogue avec Emmanuel Schwartz, Montréalais d'origine juive anglophone par son père et canadienne-française catholique par sa mère, il reprend, analyse et déconstruit Un. En 2014, il orchestre Trois avec une quarantaine d'artistes aux ascendances diverses. Les trois spectacles forment une trilogie, aussi intitulée Trois.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer