Retour aux sources pour Diana Krall

«Je suis à mon meilleur quand je peux m'exprimer... (Mary McCartney)

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«Je suis à mon meilleur quand je peux m'exprimer autant comme musicienne de jazz, qui fait de l'improvisation, que comme chanteuse, dit Diana Krall. Alors je fais les deux.»

Mary McCartney

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(Québec) Diana Krall est fière de tout ce qu'elle a pu faire au fil des ans, qu'il s'agisse de ses interprétations de la pop des années 70, de son hommage à Nat King Cole ou encore de ses propres compositions. Or quand est venu le temps de donner forme à Turn Up The Quiet, son 13e album studio, elle a senti qu'elle devait effectuer un retour au jazz décontracté de ses débuts.

Une artiste en paix avec elle-même

«Pourquoi vous ne touchez pas au piano? Pourquoi faites-vous de la bossa-nova? Pourquoi vous ne chantez plus de jazz?» Autant de questions auxquelles Diana Krall n'a pas à répondre ces jours-ci. C'est qu'avec son nouvel album, Turn Up The Quiet, la chanteuse et pianiste canadienne effectue le retour aux sources que plusieurs attendaient, proposant des reprises jazz sans artifices ni fioritures, où son chant autant que son doigté ne sont jamais forcés.

S'inspirant des enseignements que lui a prodigués Ray Brown, Diana Krall a voulu donner forme à des chansons avec lesquelles elle serait parfaitement à l'aise. Un enregistrement avec différentes factures aussi, où elle évolue avec trois ensembles qui sont autant de formules, permettant d'offrir des titres épurés et d'autres davantage étoffés. On passe ainsi d'une configuration voix-piano-guitare-contrebasse sur Like Someone In Love, avec laquelle elle ouvre l'album, d'abord accompagnée uniquement de la contrebasse, à des orchestrations plus riches, comme sur la feutrée Night and Day de Cole Porter. La pianiste en elle s'exprime aussi, avec des envolées très bien senties, notamment dans la dynamique Blue Skies

Cette expérience a été si fructueuse que l'artiste de 52 ans nous a confié, sans cacher son enthousiasme, avoir encore l'équivalent d'un album de matériel qui pourrait voir le jour...

Turn Up The Quiet est clairement un retour aux sources : vous êtes de nouveau derrière le piano et vous avez renoué avec des complices de longue date comme Christian McBride (contrebasse), Russell Malone (guitare), feu le réalisateur Tommy LiPuma ou, encore, l'ingénieur de son Al Schmitt. Qu'aviez-vous en tête quand vous avez lancé ce projet?

Je voulais vraiment jouer du jazz décontracté, qui soit influencé par les grands albums qu'Oscar Peterson a faits avec des gens comme Ella Fitzgerald, Louis Armstrong, Ben Webster, Teddy Wilson, Fred Astaire - sur cet album, l'ensemble est tellement relax, c'est formidable! Alors je me suis dit «tu n'as pas à forcer quoi que ce soit, sois juste toi-même, joue ce que tu joues. J'ai retrouvé des bandes que j'avais faites avec Ray Brown et Jimmy Rowles quand j'étais étudiante. J'ai médité là-dessus et j'ai fait ce duo avec John Clayton, qui avait aussi été mon prof.

Comment êtes-vous tombée sur ces vieilles bandes?

J'avais enregistré ça sur mon walkman quand j'avais entre 19 ans et 22 ans et que j'étudiais avec Ray Brown, Jimmy Rowles, John Clayton et Jeff Hamilton. J'ai gardé ça pendant 28 ans dans un étui. Je les ai fait transférer et l'an dernier, je suis tombée sur un enregistrement que j'avais fait avec Ray Brown et ça m'a complètement fait changer d'avis sur ce que je voulais faire. Je pensais aller vers quelque chose de très orchestré. Sur l'enregistrement, Ray me disait «joue quelque chose avec lequel tu es à l'aise» - je crois que je vais publier ces bandes un jour ou l'autre dans une prochaine édition - et il s'est mis à jouer avec moi. C'était comme si John McEnroe venait de t'envoyer la balle de tennis et tu dis «OK, voilà comment on se sent!» C'était hallucinant et je me suis dit «Diana, fais juste jouer - je ne chantais pas à cette époque -, alors j'ai pris la liberté de faire avec Tommy LiPuma un album comme ça. Il y a du piano et il y a aussi de l'humour - je pense que c'est important. 

Plusieurs critiques ont été très durs envers votre album précédent, Wallflower (2015), qui réunissait des classiques de la pop et qui avait été réalisé par David Foster. Est-ce que vous vous êtes dit «avec celui-là, on va les faire taire!»

C'est une façon très directe de dire ça! Ha! Ha! C'est très amusant! Vous pouvez dire ça - moi je ne peux pas! Mais jusqu'à maintenant, avec l'expérience que j'ai eue avec les médias, je dirais que c'est le premier album que je n'ai pas à défendre. C'est le premier album depuis longtemps dont je peux parler de la musique dans un véritable échange et non pas en répondant à «Pourquoi faites-vous ceci? Pourquoi vous ne touchez pas au piano? Pourquoi vous faites de la bossa-nova? Pourquoi vous ne chantez plus de jazz?» [...] C'est assez clair qu'on a réussi à faire ce que je souhaitais : un album avec lequel j'étais pleinement à l'aise. Je crois que je joue mieux, que je me sens mieux, que je suis davantage en paix avec moi-même et je pense que ça vient avec l'expérience et la maturité. 

On vous sent vous amuser, comme si rien n'était forcé. Était-ce aussi facile que ça le semble?

Bien sûr que non! En fait, oui, mais il faut avoir le bon état d'esprit. Peut-être que je suis au bon endroit dans ma vie, avec le plaisir d'avoir mes enfants et de pouvoir travailler avec Tommy [LiPuma, le réalisateur] comme on l'a fait. J'ai laissé mon esprit au repos et j'ai laissé la musique venir à moi. Je ne suis pas arrivée avec des orchestrations planifiées. On a laissé les arrangements arriver, avec des musiciens de ce calibre, ce n'est pas difficile. Mais je voulais être certaine de ne pas jouer de façon exagérée ou forcée. De rester très détendue et de ne pas essayer d'insérer chacune des choses que je connais partout. 

Vous avez développé un lien fort avec Montréal au fil des ans, où vous avez même enregistré un album live, mais ça fait un bail qu'on vous a vue à Québec. Vous corrigerez ça bientôt?

Oh je sais, ça fait vraiment trop longtemps! On est en train de faire l'itinéraire et avec un peu de chance, on pourra trouver du temps pour revenir en novembre ou en décembre. Ce serait bien!

Entre la route et la famille

Pas évident de développer à la fois votre vie de famille et votre carrière quand vous êtes Diana Krall et Elvis Costello. Parlez-en à la première, qui n'a cependant jamais dérogé de son rythme de parution et de tournées, publiant des albums à tous les deux ou trois ans. Elle échappe d'ailleurs un soupir quand elle évoque le casse-tête du quotidien... «Vous avez deux artistes qui tournent beaucoup, parce que c'est leur métier... On a deux beaux garçons de 10 ans, avec lesquels je voudrais passer plus de temps que j'en passe, alors il faut essayer de trouver l'équilibre dans tout ça... C'est un défi, mais les choses finissent toujours par se placer. Je crois qu'il faut en premier lieu s'assurer de notre bien-être mental et physique, c'est l'élément le plus difficile des tournées. Il faut prendre soin de soi.»

Le dernier album avec Tommy LiPuma

Le réalisateur Tommy LiPuma a joué un rôle-clé dans la carrière de Diana Krall. Ce récipiendaire de cinq Grammy, qui a aussi collaboré avec les Miles Davis, Paul McCartney et autres Barbra Streisand, a commencé à travailler avec la chanteuse dès son deuxième album, Only Trust Your Heart (1995). Turn Up The Quiet marque la fin de cette complicité, puisqu'il s'est éteint le 13 mars, à l'âge de 80 ans. «On a terminé l'album seulement deux semaines avant qu'il ne meure, confie Diana Krall. On savait qu'il était malade, mais on ignorait que c'était un cas de vie ou de mort. On travaillait encore sur l'album, on s'en parlait régulièrement et j'ai été d'abord sous le choc en apprenant ça et je suis maintenant fâchée. [...] On se disait à quel point on avait réussi à faire un bel album et je suis fâchée qu'il ne soit pas là pour célébrer et apprécier la réponse positive, que je sais qu'il attendait et espérait.»  

***

Turn Up The Quiet paraîtra le 5 mai.




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