Retour citoyen de Tryo

Avec Vent debout, Tryo dit réaliser son album le... (©Yann Orhan)

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Avec Vent debout, Tryo dit réaliser son album le plus «citoyen».

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(Québec) Des chansons dites «antirejet», «antidiscrimination», qui prônent «l'ouverture et l'humanisme». Une vingtaine d'années après ses premières prises de position, la formation française Tryo est loin de se dénaturer avec son nouvel album, Vent debout.

Affectés personnellement par les attentats qui ont secoué leur pays, préoccupés par le contexte politique et social à quelques mois d'une élection présidentielle, les musiciens en avaient long à dire... Mais n'avaient pas perdu pour autant leur envie de faire la fête avec leurs airs reggae acoustiques.

Alors que ces visiteurs assidus s'apprêtent à revenir à la rencontre de leur public québécois (ils sont attendus au Grand Théâtre le 24 février), discussion avec le guitariste Manu Eveno autour de ce qu'il décrit comme l'album le plus «citoyen» du groupe.

Q Les événements qui ont ébranlé la France dans les dernières années ont visiblement teinté vos nouvelles chansons. Vouliez-vous dès le départ y manifester un engagement renouvelé?

R Non. Je trouve même parfois un peu difficile d'utiliser le terme engagé. On devrait peut-être plus dire «citoyen». On est des citoyens comme n'importe qui. La différence, c'est qu'on écrit des chansons, alors ça se retrouve dans nos chansons. Ç'a toujours été le cas. Mais là, il y avait beaucoup de choses vitales à évacuer. Et on ne voulait pas le faire de façon frontale en parlant des attentats ou de la perte de nos amis : Tignous qui travaillait à Charlie Hebdo ou une amie à nous qui travaillait au Bataclan. On voulait l'aborder dans un contexte qui serait aussi humaniste et politique, mais dans le côté citoyen. Dans la chanson On vous rassure, on parle de la peur, qui est bien là. Mais si on l'écoute trop, elle est mauvaise conseillère. Et c'est terrible! Quand on se met à écouter le discours de certains politiciens sur la sécurité, on se déshumanise, on se replie sur soi-même, on a peur de l'autre, on ferme ses frontières. Et on sait que la France a une histoire de terre d'accueil qui est très forte. Ça trouve écho dans d'autres chansons aussi. 

Q Avez-vous l'impression de prendre la parole à un moment crucial, quelques mois avant la présidentielle?

R C'est hasardeux de commenter la politique politicienne parce que ce n'est pas notre métier. Ce qui nous semble plus à notre portée, c'est la politique citoyenne, c'est ce que peut faire n'importe quel citoyen au quotidien. Bon, je ne veux pas trop paraître utopiste, même si malgré tout, l'utopie, on la revendique avec Tryo. On cite Théodore Monod qui disait que l'utopie n'est pas le domaine de l'irréalisable, mais de l'irréalisé. Ça ne veut pas dire que c'est impossible, mais que ce n'est pas encore fait. C'est possible, c'est demain...

Q Donc il faut y croire...

R Ben oui! Je pense qu'il y a plein de choses possibles. Avec Tryo et avec des amis à nous qui travaillent dans différentes organisations comme Greenpeace ou Sea Shepherd, on considère qu'il y a plein de choses à faire et que le défi majeur de l'humanité, c'est l'écologie. Et pas seulement l'écologie avec la nature, mais aussi l'écologie humaine. Comment mieux produire, mieux consommer, mieux vivre ensemble...

Q Vous portez ce message écologiste depuis 20 ans. Vous ne vous découragez pas?

R Déjà, dans notre histoire, on est des gars différents. Ç'a pris du temps avant que nous, on puisse se comprendre. La communication, on voit comment ça marche. Même entre gens qui s'aiment, ça prend du temps pour trouver sa place dans un petit groupe social. Encore une fois, il s'agit d'écologie humaine. Comment on se positionne pour mieux obtenir, pour mieux partager sans laisser quelqu'un de côté. L'histoire du groupe est aussi à cette image-là. Ça avance, on continue. On n'est pas toujours d'accord, mais on trouve toujours des terrains d'entente. C'est l'histoire de la vie, de toute société ou microsociété. Faut pas baisser les bras. Parce que ceux qui n'ont pas envie de partager ou les climatosceptiques, eux, ils ont un but bien précis et ils n'abandonneront pas. Si nous, on baisse les bras, ils vont déjà gagner. Alors faut pas lâcher. 

Q Dans Américain, vous abordez à la blague un sujet qui en inquiète plus d'un au Québec : la prolifération des anglicismes. Ça vous préoccupe aussi?

R Pour nous, ce n'est pas né d'une préoccupation. Mais évidemment, on se rend compte que de plus en plus, on utilise des termes américains ou anglais. C'est la chanson la plus légère et pourtant, inconsciemment, elle parle de comment on est influencés, de comment une langue évolue. C'est plus une mise en lumière de ce phénomène. Ce n'est pas un pamphlet ou une dénonciation. C'est plus un name-dropping et une façon de s'amuser. Parce qu'il n'y a pas beaucoup de chansons légères sur cet album. 

Q Avec la pièce Chanter, vous semblez réitérer la mission du groupe et renouveler la pièce d'identité de Tryo. C'est le cas?

R Je vais répondre en québécois : c't'en plein ça! C'était une manière de dire qu'on est toujours là. Et avec notre identité telle qu'elle était dès le départ. Sans fard, sans honte, sans chercher non plus à se caricaturer. Qu'est-ce qu'on fait, après tout? On fait de la chanson. Et on en est fier! Fier d'être toujours là et d'avoir des gens qui nous écoutent, qui viennent nous voir en concert... Et qui croit en nous!

Le Québec, Tryo connaît

Revenir dans la Belle Province en plein mois de février, ça n'effraie pas Tryo. En une quinzaine de visites au Québec, les Français en ont vu d'autres. «L'hiver, on l'a déjà traversé plusieurs fois par chez vous», confirme le guitariste Manu Eveno. «Au début des années 2000, on a déjà vu des températures de - 20 °C plus le facteur vent! J'ai même une guitare dont le vernis a explosé. Mais c'est pas grave : elle a gardé ses blessures de guerre, mais elle est toujours là.»

Le premier passage du quatuor remonte à 1999. Le groupe avait eu son baptême des planches québécoises au Festival d'été de Québec et aux FrancoFolies de Montréal. Et il y a vite pris goût. «Quand on est venu la première fois, j'ai cru que j'allais rester. Je suis tombé amoureux, ajoute-t-il. On a eu des histoires magnifiques avec des groupes comme Polémil Bazar ou Les Cowboys Fringants, avec qui on partage plusieurs points communs au niveau de la poésie et de l'engagement. Chaque fois qu'ils viennent en France, je m'arrange pour aller les voir. On a eu une belle histoire... Et on sait qu'il y a une fidélité avec le public du Québec.»

Vous voulez y aller?

  • Qui: Tryo
  • Quand: 24 février à 20h
  • Où: Grand Théâtre
  • Billets: 45,50 $
  • Info.: www.grandtheatre.qc.ca ou 418 643-8131

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