Dans la tête de Moby

Avec un titre comme These Systems Are Failing, on... (Courtoisie)

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Avec un titre comme These Systems Are Failing, on comprend que Moby veut aller plus loin dans sa musique et susciter une réflexion sur l'état du monde d'aujourd'hui.

Courtoisie

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<p>Ian Bussières</p>

(Québec) À l'occasion du lancement de son nouvel album These Systems Are Failing, disponible depuis vendredi, Moby s'est entretenu avec Le Soleil. Il a parlé de musique, de politique, de végétarisme et de la raison pour laquelle ce ne sont ni les ventes de disques ni les revenus de tournée qui lui permettent de gagner sa vie.

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Moby est végétalien depuis l'âge de 29 ans.

Le bonheur sans tournée

Que ceux qui ont apprécié le passage de Moby à la baie de Beauport en 2008 ou au Métropolis de Montréal en 2005, 2009 et 2011 gravent bien ces souvenirs dans leurs têtes. Le musicien américain ne risque pas de rejouer au Québec - ni à d'autres endroits sur la planète d'ailleurs - de sitôt!  

En effet, la tournée «mondiale» de Moby en 2013 et 2014 ne comptait que trois spectacles et celle qui suivra la sortie de l'album These Systems are Failing, paru vendredi, n'en comptera... qu'un seul.

«Je jouerai au Fonda Theater de Los Angeles le 23 octobre à l'occasion du Circle V Festival, un festival végétalien que j'ai lancé et oui, ce sera mon seul spectacle pour cet album», confie le musicien de 51 ans en entrevue téléphonique avec Le Soleil

«C'est un peu "plate" à dire et je sais que ça va en décevoir certains, mais un de mes buts dans la vie serait de ne plus jamais faire de tournée», poursuit celui qui avoue détester les tournées, qui sont pourtant le pain et le beurre des artistes dans une période où les ventes de disques sont au plus bas.

Investissement judicieux

«Je sais, je sais! D'ailleurs, mon nouvel album, je ne m'attends pas à ce que beaucoup de gens l'achètent. Et en plus, je ne fais pas de tournée. Mais je vis une vie relativement simple. J'habite dans une maison bien ordinaire à Los Angeles», explique-t-il en avouant toutefois qu'il peut jouir de bons revenus grâce à un investissement judicieux réalisé en début de carrière.

C'était en 1992, dans une tournée où il assurait la première partie du groupe écossais The Shamen. Végétalien, il était à la recherche de nourriture convenant à ses choix alimentaires en plein pays du boeuf à Houston, au Texas. 

«Je suis entré chez Whole Foods Market [une chaîne de supermarchés spécialisée dans les aliments biologiques] et j'ai vraiment adoré ça», se souvient-il. Un peu comme l'homme d'affaires Victor Kiam, qui avait tellement aimé son rasoir Remington qu'il avait acheté la compagnie, Moby a décidé d'investir de son argent dans cette entreprise qu'il venait de découvrir.

«J'ai téléphoné à mon agent, je lui ai dit que j'étais intéressé à Whole Foods et je lui ai demandé de vérifier s'il était possible d'acheter des actions. Il a vérifié et m'a justement dit que Whole Foods venait tout juste de devenir publique», explique Moby. 

Le musicien a donc acheté des actions de Whole Foods Market, qui génère aujourd'hui un chiffre d'affaires annuel de 13 milliards $. Ces actions lui permettent d'avoir un revenu régulier et de ne pas avoir à compter sur sa musique pour payer les factures. «J'étais entré là simplement parce que j'étais végétalien au départ, alors on peut dire que j'ai été chanceux d'être végétalien!»

Pour les animaux

Son choix de devenir végétalien, Moby l'a fait il y a 29 ans. «Pour une raison simple : j'aime les animaux et je ne pouvais appuyer une industrie qui les tue et les fait souffrir», explique-t-il. 

Une cause qui lui tient à coeur et qui lui fait même faire des choses qu'il s'était promis de ne plus faire. Comme ouvrir un restaurant à Los Angeles il y a un an alors qu'il s'était juré de ne plus s'y faire prendre après avoir fermé au milieu des années 2000 celui qu'il avait ouvert à New York.

«On ne se contera pas d'histoires : je ne suis pas un bon administrateur de restaurants! Si j'en ai ouvert un autre, c'est probablement par simple bêtise. Comme quand tu romps avec quelqu'un et que plus tard, tu reviens avec parce que tu as oublié un peu pourquoi tu l'avais laissée. Ou comme l'alcoolique qui finit par reboire après avoir dit qu'il ne boirait plus jamais. Mais en fait, la vraie raison, c'est parce qu'avoir un beau restaurant avec de la bonne bouffe, c'est probablement la meilleure façon de faire la promotion du végétalisme.»

Et Moby, qui affiche régulièrement des photos d'animaux sur les réseaux sociaux pour sensibiliser ses fans à leur cause, est prêt à faire plusieurs choses pour promouvoir le végétalisme et les droits des animaux. Même à repartir... en tournée! 

«C'est ça. La seule raison qui pourrait m'amener à repartir en tournée serait que l'argent soit versé à des organismes sans but lucratif qui s'occupent des droits des animaux.» Alors, qui sait? Peut-être qu'un jour, la cause ramènera l'ami des bêtes sur scène!

Musique et politique

Avec un titre comme These Systems Are Failing pour son nouvel album, on constate rapidement que Moby veut aller plus loin dans sa musique et susciter une réflexion sur l'état du monde d'aujourd'hui.

«Mon but n'est pas de faire simplement de l'autopromotion. Si possible, j'aime parler de politique, de culture, de philosophie. Ça me semble encore plus nécessaire aujourd'hui en raison du monde dans lequel nous vivons où, justement, plusieurs systèmes sont en train d'échouer. Mon but est de rediriger un peu la conversation», explique-t-il.

Côté politique, il avoue avoir regardé les récents débats entre les candidats à la présidentielle Donald Trump et Hillary Clinton. «Ces débats me donnent des crises de panique! Je ne peux pas croire que 45 % des gens aux États-Unis considèrent que Donald Trump, un raciste étroit d'esprit, ferait un bon président. De plus, il a créé de grandes divisions. J'en connais qui ne parlent plus à certains membres de leur famille, car ils appuient Trump!»

Ami d'Hillary

Moby a toutefois de bons mots pour Hillary Clinton, qu'il connaît depuis plusieurs années et considère comme une amie. Au moment de notre entrevue, il se préparait d'ailleurs à aller souper avec elle et une vingtaine d'autres personnes quelques jours plus tard.

«Je la connais depuis qu'elle est a été sénatrice de New York [de 2001 à 2009]. C'est une femme qui a des principes, qui est intelligente. Bien sûr, elle n'est pas parfaite, mais personne ne l'est», résume le musicien.

Si les sujets politiques sont présents dans les paroles du nouveau Moby, musicalement, celui-ci emprunte beaucoup à la musique électronique des années 80. 

«C'est la musique avec laquelle j'ai grandi. Tu peux blâmer [le service de diffusion en continu] Spotify pour cet album. Il y a deux ans, quand j'ai obtenu l'application, je me suis mis à réécouter beaucoup de trucs comme Nitzer Ebb ou Front 242, car j'apprécie ce type de musique très énergique et qu'on n'entend plus beaucoup de cette énergie et de cette passion en 2016.»

Sans chorale

These Systems Are Failing a beau être présenté comme un album de «Moby & The Void Pacific Choir», on n'y entend aucune chorale et aucune voix autre que celle du célèbre musicien né Richard Melville Hall. 

«Ah... ça, c'est parce qu'il y a deux ans, j'avais fait un album avec plein de voix de chorales que je voulais faire paraître sous cette appellation. Cependant, en fin de compte, je me suis rendu compte que l'album n'était pas très bon, alors je l'ai mis de côté. J'aimais beaucoup le nom cependant, alors je l'ai gardé même si cet album n'a rien à voir avec les chorales», indique-t-il.

Ce n'est pas la première fois que Moby émet des doutes au sujet d'un album. Il était d'ailleurs convaincu que l'album Play, lancé en 1999, mettrait fin à sa carrière...

«J'étais certain que ce serait mon dernier album. Ma compagnie de disques (Elektra Records) venait de me lâcher, et j'avais fait ce disque sombre et mal produit dans ma chambre à coucher. En plus, ce qui marchait à cette époque, c'était des trucs comme les Backstreet Boys et Limp Bizkit! Cet étrange petit album n'aurait normalement dû jamais connaître ce succès», raconte-t-il à propos du disque dont il a vendu plus de 12 millions d'exemplaires à travers le monde.  

«Je crois que Play est paru exactement à la bonne période. Je m'explique : les gens commençaient à télécharger de la musique sur Internet, mais les connexions étaient tellement lentes que ça prenait beaucoup de temps pour télécharger une seule chanson. Imaginez un album entier! Alors, voici ce que les gens faisaient : ils téléchargeaient une pièce et, quand ils l'aimaient, ils allaient s'acheter l'album.»  

Ne pas oublier les vieux copains

Même s'il a obtenu la reconnaissance internationale, vendu des millions d'albums et qu'il côtoie Hillary Clinton, ne pensez pas que Moby a pris la grosse tête. Il est loin d'avoir oublié ses copains de la première heure avec lesquels il a joué dans le groupe punk hardcore Vatican Commandos alors qu'il était adolescent.

«Nous sommes tous encore amis et on se voit régulièrement», indique Moby à propos de ses amis James Spadaccini (voix et basse) et Charles «Chip» Moody (batterie) aux côtés desquels il grattait sa six cordes sur le 45 tours Hit Squad for God des Vatican Commandos. 

«Nous sommes tous rendus au début de la cinquantaine et c'est vraiment charmant quand on se rencontre. On reste des gars dans la cinquantaine qui jouent de la musique comme quand on avait 18 ans», raconte-t-il en ajoutant que de nouveaux enregistrements du groupe avec lui à la guitare ont vu le jour il y a trois mois.

«Si tu aimes le punk, tu peux aller voir ça, on l'a mis sur YouTube. Il y a trois vidéos Black & White, Country Junkie et Supersized Resistance. À peu près personne n'est au courant que ça existe», rigole Moby à propos des extraits qui n'ont été vus respectivement que 204, 170 et 1 528 fois en deux mois.

Rareté

Cependant, le rare 45 tours des Vatican Commandos sur lequel Moby joue se vend régulièrement près de 200 $ américains sur les sites eBay et Discogs, tout comme le mini-album de son second groupe, la formation new wave AWOL.

«Ça, c'est plutôt particulier. C'est probablement parce qu'on n'en a pas fait beaucoup à l'époque. J'ai encore une vingtaine de 45 tours des Vatican Commandos chez moi. Peut-être que je devrais me mettre à les vendre!», s'amuse-t-il. 

«Dans le cas de AWOL, je crois qu'on en a fait seulement 150 ou 200. Il y a aussi le fait que la plupart des contenus aujourd'hui n'existent pas sur support physique, alors il y a un regain d'intérêt pour cela», conclut Moby.  

Trois incontournables de Moby

Animal Rights (1996)

Cet album a été une véritable catastrophe à sa sortie et pour une bonne raison : son punk hardcore furieux faisait grandement contraste avec l'électronica des albums précédents de Moby et des suivants. Il n'en demeure pas moins un album réussi où Moby gratte la guitare, la basse, chante et manie les baguettes. La reprise de That's when I reach for my revolver du groupe alternatif Mission of Burma est fort efficace. D'ailleurs, parmi ses albums studio, c'est celui-ci que Moby dit préférer.

Play (1999)

Une réussite à tous points de vue pour un album que Moby prévoyait être son dernier et qui aura finalement été celui de sa consécration. Vous avez entendu Porcelain dans une tonne de films et de séries télé. Tout comme plusieurs autres des 18 titres, car ils ont tous servi au moins une fois dans un film ou une série télé, ce qui a contribué à sa popularité. Why does my heart feel so bad? a été un succès mondial et l'album a été en nomination aux Grammy et aux Brit Awards en plus d'avoir obtenu la 341e place sur la liste des 500 meilleurs albums de tous les temps du magazine Rolling Stone.

18 (2002)

L'album de Moby ayant terminé le plus haut au palmarès Billboard 200 (quatrième place) n'a tout de même pas fait l'unanimité chez les critiques qui trouvaient que Moby répétait un peu la même recette que sur Play. Ce n'est pas complètement faux, mais quand la recette est bonne... Cet album a été écoulé à 5 millions d'exemplaires et la pièce Extreme Ways est devenue le thème du générique de fin de tous les films de la série Jason Bourne. 

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