Dylan, héritier inattendu de Sinatra

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Dans son nouvel album qui sort vendredi, Bob Dylan interprète des standards américains popularisés par Frank Sinatra, avec un dépouillement classiquement dylanien.

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Shaun Tandon
Agence France-Presse
New York

À première vue, peu de choses rapprochaient Frank Sinatra et sa voix de velours de Bob Dylan, son folk-rock lettré et sa voix rugueuse. Et pourtant, ce dernier se glisse à nouveau dans le costume du crooner, pour son nouvel album qui sort vendredi.

Comme dans son album Shadows in the Night, paru l'an dernier, Bob Dylan, qui aura 75 ans le 24 mai, interprète des standards américains popularisés par Sinatra, avec un dépouillement classiquement dylanien.

Fallen Angels, le 37e album studio de la légende du folk, débute avec Young At Heart, chanson-titre du film tourné par Sinatra en 1954 avec Doris Day, fréquemment reprise depuis.

Mais alors que la version originale était traversée d'orchestrations lumineuses, en écho à des paroles rêvant d'une vie qui durerait jusqu'à 105 ans, Dylan y met beaucoup plus de nuances : la chanson semble ici davantage celle d'un cow-boy solitaire plongé dans ses réflexions, sur un air de steel guitar, la guitare de la musique country.

L'ambiance sombre, voire vaporeuse, de Fallen Angels est plus perceptible encore sur Melancholy Mood, l'un des titres les plus tourmentés du vaste répertoire de Sinatra.

Sortir des sentiers battus

Enregistré entre les nombreux shows qu'il continue de donner à l'occasion de son Never Ending Tour, ce disque montre l'envie de Dylan de continuer à sortir des sentiers battus et se renouveler. 

À l'instar de ses concerts où il préfère largement présenter ses nouvelles chansons, reprenant très peu de ses anciens tubes, comme ceux du célèbre album Blonde on Blonde dont on fête ces jours-ci le 50e anniversaire. Ce nouvel album, où Dylan ne se contente pas des chansons les plus connues de Sinatra, tourne autour du désir, comme dans la chanson On a Little Street in Singapore.

Dylan, malgré le renfort de six musiciens, privilégie l'économie et le côté direct, la délicatesse de sa guitare prenant les intonations d'un Django Reinhardt sur Polka Dots and Moonbeams.

Et puis il y a évidemment la voix de Dylan, plus nasale que jamais sur le titre Skylark, un autre standard américain chanté notamment par Bing Crosby et Ella Fitzgerald, mais le seul des 12 titres de l'album jamais repris par Sinatra.

Voix d'une génération

S'il est devenu le porte-voix de sa génération avec des chansons comme The Times They Are A-Changin' ou Blowin' in the Wind, sa voix n'a pas toujours, elle, fait l'unanimité. Bowie n'avait-il pas évoqué, dans le titre Song For Bob Dylan écrit au début des années 70, la «voix de sable et de colle» de l'Américain?

Dans l'un de ses rares discours, prononcé lors d'un gala caritatif l'an dernier, Dylan avait d'ailleurs répondu à ceux qui considèrent qu'il ne chante pas mais «coasse» comme une grenouille. «Pourquoi ne disent-ils pas cela de Tom Waits? Pourquoi ne disent-ils pas ça de Leonard Cohen? Pourquoi ai-je droit à un traitement spécial?» s'était-il ému.

Dans une entrevue accordée l'an dernier au magazine de l'AARP, l'association américaine des retraités, Dylan expliquait avoir toujours voulu enregistrer ses propres versions des chansons de sa jeunesse. Exprimant au passage sa déception à propos de projets similaires, comme celui de Rod Stewart, qui s'était, selon lui, trop reposé sur la technique et les orchestrations.

Ce sont des chansons, rappelait-il, que le rock n'est pas arrivé à faire oublier. Le centenaire de la naissance de Frank Sinatra, largement célébré l'an dernier, a prouvé que personne n'a oublié le roi des crooners (mort en 1998), qui fut surnommé «The Voice».

«Je n'ai jamais acheté un disque de Frank Sinatra», racontait Dylan. «Mais vous l'entendiez de toute façon, dans la voiture, dans les jukebox... Vous connaissiez Frank Sinatra quel que soit votre âge. C'est certain, il était moins vénéré dans les années 60 que dans les années 40, mais il n'a jamais disparu.»

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