Radiohead en orbite****

CRITIQUE / Ce n'était pas un dimanche comme les autres pour les mordus de... (Photo XL Recordings)

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(Québec) CRITIQUE / Ce n'était pas un dimanche comme les autres pour les mordus de musique. Faisant fi des conventions, selon lesquelles les nouvelles parutions sortent le vendredi, Radiohead a lancé A Moon Shaped Pool, un neuvième album qui est un ajout de taille dans sa discographie.

Radiohead serait-il allé au bout de ce qu'il pouvait faire avec la musique électronique sur The King of Limbs (2011), son dernier album en date? Ou est-ce que les aventures orchestrales du guitariste et claviériste Jonny Greenwood seraient venues nourrir l'univers de la bande? Toujours est-il qu'avec A Moon Shaped Pool, le quintette revient à une instrumentation plus traditionnelle, proche de ses racines rock. Dans cet environnement, il met de l'avant 11 compositions aux mélodies soignées, propulsées en orbite avec de remarquables musiques planantes.

L'album s'ouvre sur les deux titres qu'on a découverts la semaine dernière : Burn the Witch, avec ses violons aussi dynamiques qu'inquiétants, ainsi que ses programmations de batterie, qui apparaissent comme une transition avec l'album précédent. L'hypnotique ballade Daydreaming suit, avec sa structure qui repose sur des lignes de piano, magnifiées par des cordes, des claviers et des effets.

Pour les amateurs, ce ne sont pas les seules pièces connues, puisque la très belle True Love Waits, qui clôt l'enregistrement, était déjà parue sur un live datant de 2001, tandis que quatre autres avaient été étrennées sur scène.

La superbe Decks Dark est l'une des compositions qui confère à A Moon Shaped Pool son aspect aérien. Ici, l'apport d'un choeur féminin a quelque chose de magique, tout autant que le travail des guitares, triturées de diverses manières par Greenwood et Ed O'Brien.

Radiohead a toujours su ficeler des titres acoustiques adroits. Les gars n'ont pas perdu la main, à témoin Desert Island Disk. Thom Yorke y va d'un chant plus grave et intimiste. La guitare acoustique revient plus loin, sur Present Tense, qui pourra étonner par sa rythmique, quasi sud-américaine. Ici, comme ailleurs sur l'album, Radiohead propose une création aux allures relativement classiques, qu'il se plaît à décaler à force d'effets ou de pistes périphériques.

Glass Eyes et Identikit sont deux titres minimalistes, sur deux modes différents. Le premier, délicat, repose sur le piano et les cordes, tandis que le second s'articule autour de la batterie et d'un jeu fort intéressant des guitares.

La section rythmique de Colin Greenwood (basse) et Philip Selway (batterie) est bien sûr mise à contribution. Les gars travaillent notamment à développer un enivrant crescendo sur Ful Stop, à mi-parcours, tandis que York semble en transe. Ils sont également la pierre d'assise du mid-tempo qu'est The Numbers, un autre point culminant de l'enregistrement.

Une journée d'écoute, aussi intensive soit-elle, apparaît bien peu pour décanter cet album riche et dense, mais on peut assurément dire que A Moon Shaped Pool fait excellente figure dans la discographie de Radiohead. Certains pourront reprocher au groupe d'être moins sur la ligne de front en ce qui a trait à l'expérimentation, or la qualité du matériel ne leur donne pas beaucoup d'arguments. On dénote, en effet, un bel équilibre entre le fond et la forme : la bande parvient à concilier structures atypiques, sonorités baroques et enrobages novateurs sans négliger les mélodies et l'émotion. Et puis cette oeuvre pertinente est façonnée avec énormément de minutie en compagnie du complice de longue date qu'est le réalisateur Nigel Godrich.

Pour l'instant, A Moon Shaped Pool n'est disponible qu'en téléchargement ou en ligne. Une version physique est prévue le 17 juin, chez XL recordings. Un coffret deluxe peut aussi être commandé au amoonshapedpool.com.

Moins indépendant?

Radiohead aurait-il capitulé avec le fonctionnement actuel de l'industrie? Certains éléments entourant la parution de A Moon Shaped Pool peuvent soulever la question. Radiohead était devenu champion en ce qui a trait à prendre la planète par surprise lorsqu'il lançait un enregistrement. Certes, fidèles à eux-mêmes, Thom Yorke et cie ont encore une fois su créer un buzz dans la Toile tout au long de la semaine dernière, en disparaissant, d'abord, puis en faisant apparaître deux vidéoclips, ainsi que des indices quant à la sortie de leur neuvième enregistrement. Or, on nous a annoncé la parution pour dimanche, à 14h, et c'est exactement ce à quoi on a eu droit, alors que pour The King of Limbs, Radiohead avait déstabilisé tout le monde en devançant la parution d'une journée sans crier gare. D'autre part, le fait que le groupe opte cette fois pour une collaboration avec des plateformes établies comme iTunes, Apple Music ou Google peut faire sourciller, Thom Yorke ayant déjà été critique envers celles-ci.  

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