Karim Ouellet, la créativité du trentenaire

Karim Ouellet: «J'ai essayé surtout de me plaire.... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Karim Ouellet: «J'ai essayé surtout de me plaire. Ç'a déjà été très difficile d'être content des chansons que je faisais, alors je ne m'en suis pas rajouté sur les épaules en pensant à ce que les autres allaient en penser.»

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) C'est un Karim Ouellet souriant que nous rencontrons dans les bureaux de Coyote Records, sa maison de disques. Pas de doute : après le long accouchement de Trente, son nouvel album qui paraît aujourd'hui, l'artiste de Québec se sent prêt à partager son matériel ainsi qu'à reprendre la route avec de nouvelles compositions - ce qui n'ira toutefois pas avant la saison des festivals.

Alors que Ouellet s'apprête à enfiler ses Adidas blanches, notre photographe l'interrompt : il souhaite voir ses chaussettes multicolores dans son objectif. Le musicien se prête au jeu avec bonne grâce, après quoi on discute autant de la genèse de Trente - ainsi intitulé pour ses 30 ans, vous l'aurez deviné - que de sa trajectoire d'étudiant croyant se diriger vers le journalisme ou du défi de vivre de son art. 

Q Trente est dédié à ta famille. Il y a une raison particulière?

R Parce que je me suis rendu compte que je ne mettais jamais de remerciements dans mes albums. Et là, tu remarqueras qu'il n'y en a toujours pas, parce que je veux dire merci aux gens face à face : «Merci pour l'aide, etc.» Mais je trouvais ça important [cette dédicace] : ce n'est pas un remerciement, c'est vraiment «Pour Papa, Maman et Sarahmée», ma soeur. Je trouvais ça cute et je savais que ça leur ferait plaisir.

Q Si on se reporte dans le temps, à quel moment êtes-vous arrivés à Québec?

R C'est un peu compliqué. La première fois que je suis arrivé, je devais avoir quatre ou cinq ans, ensuite on a déménagé dans des pays différents, mais toujours avec des retours au Québec, entre chaque contrat que mon père avait à l'étranger. Je suis revenu ensuite à 9 ou 10 ans, puis je suis revenu à l'âge de 13 ou 14 ans, autour de 2001, je crois. Mon père était dans la diplomatie et pour des organismes non gouvernementaux, aussi.

Q Est-ce qu'à un moment donné, tu as eu besoin de dire «ça suffit les déménagements, je m'ancre à Québec»?

R Non, ce n'est pas pour ça. On vivait au Sénégal quand j'ai décidé de revenir au Québec pour de bon. Je voulais faire mon secondaire V ici parce que je voulais faire mon cégep. En Afrique, j'étais dans le système scolaire français et pour avoir fait les deux systèmes scolaires sans arrêt, j'étais un peu tanné. Je me suis dit : «Je vais finir dans le système scolaire d'ici», parce que le cégep, c'était un concept qui me plaisait beaucoup.

Q Donc, quand tu es revenu à Québec, tu étais seul?

R Oui, j'étais au pensionnat en secondaire V, à Saint-Augustin, au Séminaire Saint-François. Après je suis allé au cégep l'année qui a suivi. C'est durant ma première année de cégep que ma mère est revenue du Sénégal. Mon père est revenu un an plus tard.

Q Durant toute cette période, ton intérêt pour la musique était présent?

R Oui, je jouais de la guitare. J'ai commencé à l'âge de 11 ans, je chantonnais un peu. Je ne pensais pas à ça en tant que métier. Je pensais en fait devenir journaliste. Ma première année a été en sciences humaines, profil journalisme, au Campus Notre-Dame-de-Foy, mais malheureusement, le programme avait été monté tout croche : il y avait des profs qui ne se pointaient pas, et tout le monde a lâché avant la fin de l'année... Alors, j'ai fini mes sciences humaines sans profil. Je ne savais plus quoi faire, j'ai fait un DEC en tourisme et je faisais de la musique en même temps. La musique a tellement pris de temps dans ma vie que je me suis dit : «Je vais essayer de ne faire que ça, pour voir.»

Q En 2016, vivre de la musique, ce n'est pas comme à l'époque où les albums se vendaient très facilement. Toi, tu ne vis que de ça, donc tu réussis à faire ta route dans ce milieu?

R Oui, je ne vis que de ça. C'est comme n'importe quel métier, c'est l'équivalent de bâtir ton entreprise. Je ne crois pas que faire de la musique, ce soit plus difficile que d'ouvrir un resto ou d'ouvrir ta compagnie de jeu vidéo de devenir auteur de bouquin. Évidemment, ce n'est pas un métier simple, il faut savoir dans quoi on s'embarque, mais je trouve que c'est difficile comme à peu près tout. Jusqu'à maintenant, je n'ai pas entendu parler d'un métier facile. Oui, c'est tough. Plus qu'autre chose? Je ne le sais pas...

Q Trente est ton troisième album et, après le succès de Fox (2012), le public attend tes nouvelles chansons. Est-ce que tu sentais cette attente d'une manière ou d'une autre?

R Oui et non. J'y pense par la force des choses. À savoir si ça vient teinter la façon dont j'ai composé les chansons? Pas vraiment. J'ai essayé surtout de me plaire. Ç'a déjà été très difficile d'être content des chansons que je faisais, alors je ne m'en suis pas rajouté sur les épaules en pensant à ce que les autres allaient en penser. Ç'a pris quand même presque deux ans composer cet album-là. Je ne comprendrai jamais de toute façon ce qui fait que quelque chose pogne ou ne pogne pas du tout, alors j'y pense le moins possible!

Q Claude Bégin est de nouveau à tes côtés pour cosigner musique et réalisation. Comment fonctionnez-vous? 

R En premier, je compose seul chez moi. Des fois, j'arrive avec une version juste guitare-voix, tout écrite, toute composée et, dans ma tête, je sais où je veux m'en aller et je dis à Claude : «Celle-là, ça va être plus reggae, celle-là, ça va être plus folk.» Donc, je sais où ce que je m'en vais, je n'arrive pas avec une toune en lui disant : «Qu'est-ce qu'on fait avec ça?» J'ai toujours une idée de base. J'enregistre aussi parfois à son studio, et ça lui arrive de travailler de son côté, puis de me demander ce que j'en pense. [...] Avoir une oreille extérieure, à la base, c'est important. Le fait qu'il me questionne parfois permet d'amener les chansons un peu plus loin.

Q Tu as séjourné à Los Angeles durant trois jours pour la préparation de l'album. L'idée était de se dépayser?

R J'étais complètement bloqué dans l'écriture. Je me suis dit : «Il y en a beaucoup qui font ça, aller s'isoler plus loin pour composer, alors pourquoi ne pas y aller?» Ça m'a permis d'avoir la base de quelques morceaux. Ça m'a fait du bien de sortir de chez nous un peu.

Q Tu as fait des tournées avec -M- et avec Stromae. Qu'est-ce qui est sorti de ça? Tu es resté en contact?

R Oui, Matthieu Chedid est devenu un bon ami à travers tout ça. On s'aime beaucoup, alors on se donne des nouvelles. Stromae, on a jamais été ultra-proche, mais quand on se voit, on est bien content!

Q Est-ce qu'il pourrait y avoir des collaborations avec eux?

R Mon album va sortir en France d'ici la fin de 2016. Peut-être qu'il y aura des collaborations ou des artistes invités qu'il n'y a pas eu pour la version québécoise, je ne le sais pas encore, mais je ne suis pas un très bon collaborateur. Inviter quelqu'un de bien occupé et avoir une journée ou deux pour faire une toune et faire de la musique, c'est quelque chose qui ne me plaît pas tellement. Je préfère faire ça dans mon coin. S'ils m'invitent à faire des tournées et des premières parties, j'adorerais ça, mais pour les collaborations studio, je préfère travailler tout seul ou avec Claude.

Q La première chanson que tu as composée pour l'album, Dans la nuit qui tombe, pose des questions : «On s'en va quelque part/Qui veut nous dire où ça? Où s'en va l'espoir/Seigneur dis-nous pourquoi». Tu te demandais un peu toi-même où tu t'en allais quand tu t'es mis à écrire Trente?

R Absolument, je n'en avais aucune idée. Mais je n'ai jamais eu aucune idée d'où je m'en allais avant d'avoir terminé l'album, donc je ne savais pas trop dans quoi je me plongeais ni comment j'allais faire. Mon but n'était pas tellement de faire un ensemble cohérent, j'y allais chanson par chanson, je créais des tounes où mon but était «est-ce que moi j'écouterais cette toune-là?» J'en ai composé quand même beaucoup que je rejouais et que j'écoutais et je me disais que je n'écouterais pas ça! Alors, j'en ai jeté beaucoup à la poubelle! C'était ça, la grande mission : faire de la musique pour laquelle je paierais.

Q Donc, du Karim Ouellet, ça joue pas mal chez vous?

R En fait, non, parce que je suis un peu tanné de ces tounes-là, ça fait que je ne les écoute pas en ce moment, mais si je ne me connaissais pas, je l'achèterais, moi, cet album-là!

Fidélité visuelle

En trois albums, Karim Ouellet a toujours opté pour la même signature visuelle: celle de l'artiste Patrick Beaulieu. Certes, ceci installe une continuité, mais c'est d'abord et avant tout parce que Ouellet est fan de Beaulieu qu'il fait appel à ses talents. Sur la pochette de Trente, on retrouve le chanteur dans une forêt, arborant un costume de loup qui ne laisse voir que son visage. C'est à Ouellet que revient cette idée, qui illustre la chanson Karim et le loup, faisant elle-même référence au conte musical de Prokofiev, Pierre et le loup. «Chaque fois, je lui dis ce que j'ai le goût de voir, explique Ouellet. Je lui fais un petit croquis, et il met tout ça au propre.»

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