Dans l'univers créatif des Seasons

Malgré tous les efforts qu'il met, le groupe... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Malgré tous les efforts qu'il met, le groupe (Rémy Bélanger, Samuel Renaud, Julien Chiasson, Hubert Chiasson) ne cache pas qu'une certaine angoisse accompagne la naissance de ce deuxième album. C'est que, pour la première fois, il y a vérita­blement un public qui est présent et qui attend le matériel.

Le Soleil, Pascal Ratthé

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(Montréal) Des claviers de toutes les époques tapissent les murs du Studio de l'Est, dans la métropole. À l'entrée, une série de guitare et de basses, dont une Hofner rappelant celle de Paul McCartney, accueillent les visiteurs. Un peu plus loin, on trouve une batterie, des percussions et, surtout, une console qui attend patiemment d'être nourrie avec les nouvelles compositions du groupe The Seasons.

Hubert et Julien Chiasson (voix, guitares), Samuel Renaud (basse), Rémy Bélanger (batterie) ainsi que le réalisateur François Lafontaine sont au beau milieu de leur troisième journée de travail lorsque nous faisons irruption dans leur antre de création.

«Il faut sélectionner quelles chansons on veut sur l'album, indique Hubert. Elles sont toutes écrites, il faut choisir ce qu'on veut que l'album représente, un peu comme si c'était un film, quelle histoire il va raconter. Et comme dans un film, tu coupes toujours des scènes au montage...»

Pour l'entrevue, les gars s'installent en demi-cercle, parfois un instrument en main. Ils prennent la parole posément. Si l'un complète la pensée de l'autre, pas question de s'interrompre. Cette marque de respect trahit l'harmonie qui perdure au sein du quatuor, qui a su passer le plus naturellement du monde de la scène amateur à la scène professionnelle, des réseaux underground aux salles d'envergure.

Il y a eu le EP Velvet (2013), puis l'album Pulp (2014). Au passage, le simple Apples a tourné à la radio et, surtout, le buzz s'est propagé jusqu'en Europe. Les deux dernières années ont ainsi été bien remplies et les gars avaient hâte de retourner en studio, question de prendre un nouveau portrait sonore.

«On a fait beaucoup de scène et il y a beaucoup de fougue, une espèce de chimie et d'électricité qui se sont développées dans le groupe. C'est le défi, que cette fougue-là se retrouve dans l'album, parce qu'elle fait partie de nous», explique Julien.

«Il y avait une espèce d'innocence sur le premier album et là, on n'a pas vécu d'enfer, mais ç'a été mouvementé et il y a quelque chose qui est venu chambouler notre écriture, poursuit Hubert. On a le goût de plus s'assumer et de prendre notre place. Il y a une urgence de vivre dans les textes.»

Les deux frères expliquent que leurs paroles se sont resserrées autour d'idées plus précises. Bien qu'il soit encore tôt pour dire quelles chansons seront retenues, il y a néanmoins des tendances qui se dégagent. Il est question de confiance en soi, de la place réservée aux individus, de même que de la marginalisation.

«Julien et moi, sans être des personnes complètement marginalisées par la société, on a un déficit d'attention, donc des fois on se sent un peu à part face à ce qui se passe et d'une certaine manière, ça nous donne le goût d'écrire là-dessus, sur d'autres personnes qui vivent la même chose ou juste d'inventer une histoire là-dessus», affirme Hubert.

Dans les coulisses de la Saint-Jean

Une des performances les plus remarquées des Seasons est certainement lorsque le groupe est monté sur les planches de la vaste scène des plaines d'Abraham, l'an dernier, à l'occasion de la Saint-Jean-Baptiste. L'expérience a été marquante à plus d'un chapitre. C'est en effet là que, pour la première fois, la troupe se permettait un titre en français: une adaptation de leur chanson The Fences. Si la réponse a été bonne, il n'est pas question que l'album qu'on prévoit faire paraître à l'automne compte la moindre pièce dans la langue de Molière. The Seasons est un projet anglophone et il le restera.

«La chanson en français, c'est la Saint-Jean qui nous avait approchés avec l'idée, rappelle Hubert. C'était sûr qu'on chanterait en français un jour, car on parle en français, mais si on le faisait, on voulait le faire pour la bonne raison. On s'était fait approcher par les radios commerciales en nous disant que si on faisait un couplet en français, la chanson allait jouer plus, mais on refusait toujours. Chanter en français pour une raison purement commerciale, on trouvait ça dégueulasse. Mais là, pour le contexte de la Saint-Jean, c'était comme la meilleure option.»

En plus d'offrir aux Seasons un grand rayonnement, cette expérience à la Fête nationale a joué un rôle clé dans leur nouveau projet discographique, d'une manière insoupçonnée. Au terme des festivités, les musiciens sont allés décompresser en prenant un ou deux cocktails. À leur table était assis un certain François Lafontaine, claviériste bien connu pour son travail au sein de Karkwa, notamment, etréalisateur doué.

«Je me suis lancé et je lui ai demandé s'il serait disponible pour réaliser un album dans la prochaine année etje crois qu'il a dit oui tout de suite», raconte Hubert.

Surprendre et se surprendre

Avec la complicité de Lafontaine, les Seasons ont commencé, le 15 février, la préproduction de leur album. C'est-à-dire qu'ils revoient les pièces une à une, s'efforcent de trouver un fil conducteur, d'observer les structures pour voir si quelque chose cloche, bref ils s'assurent de tirer le meilleur de chaque composition. L'enregistrement officiel doit débuter en juin.

Preuve qu'ils prennent le travail au sérieux, bien avant leur arrivée en studio, à Montréal, les musiciens avaient loué le Pantoum, à Québec, pendant des semaines pour écrire et peaufiner une quinzaine de titres. Malgré tous les efforts qu'ils mettent, ils ne cachent pas qu'une certaine angoisse accompagne la naissance de ce deuxième album. C'est que, pour la première fois, il y a véritablement un public qui est présent et qui attend le matériel. Une copie carbone du premier enregistrement est évidemment exclue, bien que des éléments clé des Seasons demeurent, comme le partage des lignes vocales entre Hubert et Julien, les harmonies et les unissons. La même philosophie prévaut, aussi: le quatuor veut se surprendre lui-même et sortir de sa zone de confort.

«Les gens sont prêts à être surpris, tranche Rémy, car d'une certaine manière, on a ouvert des portes sur le premier album, avec des chansons qui étaient plus sombres, des chansons qui étaient très acoustiques ou d'autres électros. Avec le deuxième, ça va être la même chose et on va aller plus loin. On ne renie rien du premier album, mais c'est une évolution, c'est sûr qu'on va aller ailleurs.»

François Lafontaine... (Photothèque Le Soleil) - image 3.0

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François Lafontaine

Photothèque Le Soleil

Le point de vue du réalisateur

François Lafontaine connaît bien la dynamique d'un groupe pour avoir oeuvré au sein de Karkwa pendant une quinzaine d'années. Ce n'est pas un hasard s'il a accepté d'être réalisateur pour The Seasons, même s'il est très sollicité pour différents projets.

Il aime la dynamique propre à une formation, découvrir les forces et la personnalité de chacun. Qu'est-ce qu'il y a de particulier chez The Seasons? «Les gars, ce sont des tripeux de mélodies et c'est là qu'on se rejoint beaucoup. [...] Ils ont aussi une super énergie et ne sont pas fermés à ce que les choses changent. En plus, ils sont vraiment motivés et ça, c'est tout à leur honneur.»

Il était une fois, à Beauport...

La petite histoire des Seasons remonte à 2011, à Beauport. «On était les quatre dans le sous-sol, un soir, ça fait environ quatre ans, se remémore le bassiste Samuel Renaud. On travaillait sur The Way It Goes, qui s'est retrouvée sur le premier album - cette chanson-là a su vraiment traverser le temps. C'est pas mal là que le band a vu le jour.»

Pour les quatre complices, c'était leur premier groupe véritablement sérieux. Ils ont mis les bouchées doubles pour élaborer un répertoire, puis pour l'apporter sur la route. Ça n'a pas toujours été simple, comme se souvient le batteur, Rémy Bélanger: «C'est Hubert qui faisait les appels. Il avait 15 ou 16 ans et les producteurs de spectacle, les représentants de salle ne voulaient même pas qu'on y aille parce qu'ils entendaient sa petite voix et ils ne le prenaient pas au sérieux!»

C'est lors d'une tournée en Gaspésie que les jeunes musiciens ont réalisé que quelque chose se passait avec leur musique, qu'ils suscitaient l'engouement. Ils ont donc continué d'avancer en demeurant entièrement indépendants jusqu'au moment où ils ne pouvaient plus être à la fois dans la logistique et dans la création. Ils ont signé avec Vega Musique au Québec, puis avec BMG en France, mais ils continuent de parfaire leur art en toute liberté en restant ancrés dans leur Québec natal, même si cela peut leur occasionner des déplacements additionnels.

«Maître de notre travail»

«Dans notre carrière, les labels qui sont venus travailler avec nous sont arrivés dans un projet qui était déjà commencé», remarque le chanteur et guitariste Julien Chiasson. «Donc, on a une certaine expertise par rapport à ce que l'on doit faire. Les gens des maisons de disques veulent que ça marche autant que nous. Ils mettent beaucoup d'énergie aussi. Ils donnent leurs conseils, ensuite on les écoute ou pas, peu importe, ce sont des conseils et c'est nous qui demeurons les maîtres de notre travail.»

En studio avec The Seasons

Aux côtés de Louise Attaque

Parmi toutes les belles choses qui arrivent aux Seasons, impossible de passer sous silence la présente tournée avec Louise Attaque. Le retour sur la route de la formation pilotée par Gaëtan Roussel était fort attendu outre-mer, aussi ce sont des salles d'envergure, toutes complètes, qui attendent The Seasons dans les vieux pays. 

«On n'a jamais eu la chance d'être la première partie officielle d'un artiste d'importance pour toute une tournée, observe Julien. C'est quelque chose qui ne nous est jamais arrivé. Souvent, la réalité de l'industrie fait que c'est plus des histoires de politique entre les compagnies de disques qui vont faire qu'on va brancher un artiste en première partie. Mais nous, on a rencontré Gaëtan Roussel et c'est lui qui a demandé à ce qu'on le fasse. On se sent vraiment bienvenu dans cette tournée-là.» 

Pour The Seasons, ce séjour de près d'un mois en Europe - les gars ont pris l'avion le 24 février - n'est rien de moins que leur plus grand événement en carrière. À cela, il faut ajouter qu'ils feront des passages dans les médias, notamment à la populaire émission Taratata. Une belle occasion pour renouer avec leurs fans Français, qui ont manifesté leur impatience dans les médias sociaux, et pour en conquérir d'autres.

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