Sillons le disquaire fermera ses portes à l'automne

Dans la mouvance de l'industrie du disque, Denis... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Dans la mouvance de l'industrie du disque, Denis Jodoin (à gauche) et Guy Piché ont décidé de fermer boutique, après 31 ans, avant qu'elle ne soit plus rentable.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Sillons le disquaire, une institution à Québec, fermera ses portes à l'automne. Après 31 ans au service des mélomanes, Guy Piché et Denis Jodoin quittent le monde du disque avec un pincement au coeur, mais avec la satisfaction du devoir accompli.

«On peut quand même se péter les bretelles d'avoir vécu dans cette jungle-là pendant 31 ans. On a vécu le passage du vinyle à la cassette, de la cassette au CD, le retour du vinyle et le passage au numérique», constate Guy Piché.

Sillons a reçu sept fois le Prix du meilleur disquaire indépendant au Québec, décerné par l'ADISQ depuis 14 ans.

Les deux amis ont ouvert le commerce en juillet 1984. «Guy m'a contacté pour me demander si ça me tentait d'embarquer dans une aventure comme ça. Je travaillais dans un resto où je mettais beaucoup de musique, de plusieurs styles. Ensemble, on avait les connaissances suffisantes pour être de vrais disquaires», raconte Denis Jodoin. «Même si en partant on ne connaissait pas du tout le marché de la musique», complète son associé.

À l'époque, les deux mélomanes trouvaient que beaucoup de disques étaient introuvables ou inabordables. «On a été assez longtemps catalogués comme magasin de jazz, parce qu'on avait une sélection très pointue là-dedans», note M. Jodoin.

Les étalages de Sillons comptent aussi une section de musique de film, de la musique du monde et du francophone. «On avait les disques de Renaud avant qu'ils sortent ailleurs au Québec», note Jodoin. «Et pendant un bout, on était le plus gros vendeur de Paolo Conte au Québec», ajoute Piché. Leur section de musique classique et ancienne a également de quoi faire rougir plusieurs grandes chaînes.

La boutique, qu'il appelle leur «bébé», s'est développée en synergie avec l'évolution du paysage musical de Québec. «Il y a beaucoup de coups de coeur du Festival qui ont été des moteurs ici [chez Sillons]», notent ceux qui tentent de garder un équilibre entre les disques de répertoire et les nouveautés.

Sillons a été au fil des ans le théâtre de quelques prestations musicales, dont celles de Madeleine Peyroux et de Linda Lemay, qui y sont passées alors que leur carrière était en plein essor. L'accordéoniste Marcel Azzola, celui à qui Jacques Brel envoie «chauffe, Marcel!» sur la pièce Vesoul, est venu en visite, alors que Guy Bélanger, Michel Rivard, Vincent Vallières, la gang de Galaxie et Patrick Michaud y passent régulièrement.

Sillons a aussi collaboré avec le cinéma le Clap dans les années 90, pour offrir une sélection de musiques de film aux cinéphiles dans la Pyramide, dans Sainte-Foy, et conserve toujours une section du magasin aux trames sonores, même si ce marché s'épuise.

Dans le tissu social

Les deux associés ont déménagé trois fois en 20 ans, toujours pour aller dans un local plus grand. Ils ont ouvert sur l'avenue Cartier, ont migré sur le boulevard René-Lévesque, pour finalement revenir sur Cartier. Montcalm, où ils habitent en plus d'y travailler, fait partie de leur ADN.

Clients et disquaires se sont contaminés mutuellement, s'annonçant en primeur les prochaines sorties et se faisant découvrir de nouveaux musiciens. «C'est toujours une relation d'échange, bien des clients en connaissent plus que nous autres», assurent-ils. Et bien des clients passent régulièrement simplement pour discuter. «On a côtoyé des gens de tous les métiers, très riches culturellement, et des clients particuliers, des gens âgés, des aveugles, des gens avec des problèmes mentaux. On fait partie du tissu social», constate M. Jodoin.

Les disquaires ont le coeur gros «d'abandonner» leurs fidèles et leur employé, Paul Marois, «un pivot qui fait partie de notre révolution et de la solidité de notre entreprise», soulignent-ils. Mais ils ont décidé d'arrêter avant que la boutique ne soit plus rentable. La baisse des prix des disques et le volume de vente qui diminue alors que les coûts d'exploitation et les taxes foncières grimpent ne leur auraient plus permis de se verser des salaires décents.

L'inventaire sera donc graduellement liquidé cet été, bien que les disquaires tiennent à souligner qu'ils auront toujours les nouveautés et qu'ils continueront de faire de la commande spéciale, un créneau où ils sont passés maîtres.

À bientôt 65 et 60 ans, Guy Piché et Denis Jodoin prévoient passer les mois qui suivront à profiter de la vie. Même si le cadet ne ferme pas la porte à de nouveaux défis par la suite.

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