Louis-Jean Cormier: les pantoufles de la création

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De la musique, Louis-Jean Cormier en mange: il en écoute, il en joue et il en compose. Les notes le nourrissent et l'animent. «La création de mon nouvel album a eu quelque chose de thérapeutique pour moi, elle m'a permis de refaire ce que j'aime le plus dans ce métier.»

La Presse, Martin Chamberland

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(Laval) Quand Louis-Jean Cormier a décidé l'été dernier de ne pas revenir pour une seconde saison comme coach à l'émission La voix, il l'a fait non pas parce qu'il n'a pas apprécié l'expérience, mais parce qu'il avait le goût de «retrouver ses pantoufles» et de créer.

«Après l'année passée à La voix et la tournée des festivals, j'étais un peu épuisé. Pour éviter le surmenage, il fallait que je revienne sur terre, que je prépare ce nouveau disque...» raconte-t-il au Soleil, dans sa résidence de Laval, à propos de son deuxième effort solo, Les grandes artères, qui sera lancé lundi.

Louis-Jean a effectivement l'air plutôt détendu. Sa conjointe et agente tout près, il fouille dans sa collection de vinyles et place sur sa platine le tout dernier album du groupe américain Of Montreal, paru il y a deux semaines seulement. 

Car de la musique, Louis-Jean en mange : il en écoute, il en joue et il en compose. Les notes le nourrissent et l'animent. «La création de mon nouvel album a eu quelque chose de thérapeutique pour moi, elle m'a permis de refaire ce que j'aime le plus dans ce métier.»

«Et c'est la première fois de toute ma vie que je m'allouais une semaine seul dans un chalet pour finir d'écrire un album», ajoute l'auteur-compositeur-interprète de 34 ans, qui avoue que les mots lui viennent souvent après la musique lorsqu'il crée de nouvelles chansons.

«La composition musicale, c'est un cycle qui est toujours en activité : je vais enregistrer des trucs sur mon iPhone, sur un dictaphone. Par contre, les mots, ça me vient par blocs et il faut que je me force un peu à le faire. Je dois prévoir des périodes de temps durant lesquelles j'écris. L'été passé, il m'est arrivé d'être prêt à partir sur un terrain de golf pour me rendre compte que j'étais dans une période où je devais écrire! Alors, j'ai pris ma guitare et j'ai écrit! C'est un peu comme un psychologue : je lui parle, à ma guitare», explique-t-il.

Un thème, un titre

Il confiera également que Les grandes artères est le premier album, en incluant ceux de Karkwa, dont le thème et le titre lui sont apparus au fur et à mesure qu'il avançait dans son processus créatif.

«Les autres, je leur collais un titre à la toute fin et, je l'avoue, les albums de Karkwa n'ont pas toujours eu des titres très heureux! Pour celui-là, j'en avais environ le tiers de fait et j'écoutais la pièce La fanfare avec Daniel Beaumont [qui cosigne les textes] et je me suis arrêté sur les mots Les grandes artères et j'ai su que c'était ça.»

Artères qui entourent le coeur, mais aussi les artères qui forment un carrefour, illustrant les choix que chacun a à faire dans sa vie. «Je suis dans la mi-trentaine et autant moi que mes amies Ariane [Moffatt] et Marie-Pierre [Arthur], nous avons fait récemment un album sur le couple. Il y a une raison à ça : l'automne dernier a été passablement chargé en termes de ruptures dans notre cercle d'amis.»

«Il y a deux ans, tout le monde faisait des disques avec des prises de position, une certaine mobilisation. Cette fois, j'ai fait un album sur le coeur qui ne donne pas nécessairement de réponse. Parce que les relations qui se défont, ça amène toujours un questionnement sur sa propre vie. Ce n'est pas autobiographique, mais ça reflète plusieurs aspects qui m'ont touché dans la vie des autres», poursuit Louis-Jean Cormier.

À titre d'exemple, une pièce (Traverser les travaux) parle d'une personne de sa famille qui a vécu une grande fatigue et un burn-out alors qu'une autre s'inspire d'un couple d'amis qui a décidé de partir sur un coup de tête pour aller vivre en Nouvelle-Zélande.

Louis-Jean a aussi choisi de ramener le batteur Marc-André Larocque, la chanteuse et percussionniste Adèle Trottier-Rivard (fille de Michel) et le bassiste Guillaume Chartrain, vétérans de l'album Le treizième étage. Ce sont eux, et Simon Pedneault, qui fait aussi quelques apparitions et l'accompagne en spectacle, qui forment son groupe maintenant.

«Je suis un gars de long terme et j'aime beaucoup développer des amitiés autour de la profession. Une chimie prend plus qu'un an ou deux à se créer, il faut passer l'étape de la gêne et être capable de se dire les choses. Pour moi, ces artistes sont des collaborateurs. J'ai besoin de discuter avec eux. J'ai le goût qu'ils me disent ce qu'ils pensent.»

Louis-Jean s'estime chanceux, car, jusqu'à maintenant, il a pu garder intacte l'équipe qui l'entoure, tant sur disque que sur scène. «La gang me suit et je suis capable de leur donner assez d'ouvrage pour qu'ils continuent.»

Une pause estivale

Présentement en pleine campagne de promotion pour Les grandes artères, le chanteur lancera au début d'avril une tournée de spectacles avant de prendre une pause durant l'été pour poursuivre cet automne. «Pas de festivals pour moi cet été : je vais faire un peu de réalisation, me baigner et jouer au golf», lance-t-il.

Louis-Jean ne peut toutefois pas s'empêcher de penser aussi à un second lancement de son album, en France celui-là, qui devrait arriver à l'automne. «Percer le marché français, c'est un coup de dés et le scénario est différent pour chacun. Je ne me crée pas d'attentes, mais j'ai le sentiment que cet album a plus de potentiel pour ça.»

Il confie qu'il apprécierait beaucoup que les planètes s'alignent et qu'il réussisse à développer quelque chose dans l'Hexagone. «Mais pas à n'importe quel prix! Je ne veux pas me ramasser les batteries à terre et ne plus voir ma famille», termine le père de deux enfants.

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«À chaque fois que nous nous rencontrons, les gars de Karkwa, on est toujours contents de se voir et on prend des verres», raconte Louis-Jean Cormier, appuyant sur la camaraderie qui règne toujours entre les cinq.

La Presse, Martin Chamberland

Si Karkwa revient, ce sera en entier

Louis-Jean Cormier doit répondre à la question régulièrement depuis que Karkwa a pris une pause en 2012 : oui, le groupe décoré de trophées pourrait revenir un jour. Mais s'il revient, ce sera dans son intégralité : pas question de remplacer aucun des cinq musiciens qui le formaient sur ses quatre albums.

«Bien sûr que j'ai gardé contact avec eux! De 15 à 18 ans d'amitié, ça ne se perd pas comme ça. La pause que nous avons prise, c'était davantage pour des raisons de fatigue ou de surmenage et non pas parce qu'on n'était plus capables de s'endurer», confie Louis-Jean.

Il ajoute qu'actuellement, le batteur Stéphane Bergeron joue avec Antoine Corriveau, le claviériste et guitariste François Lafontaine réalise des albums pour les Hay Babies, Galaxie et sa copine Marie-Pierre Arthur, en plus de faire de la musique de film alors que Julien Sagot (percussions et voix) a déjà lancé deux albums en solo.

Quant au bassiste Martin Lamontagne, après avoir joué avec Hôtel Morphée, il a lancé son entreprise de travaux extrêmes. «Des travaux particuliers ou dangereux que les autres entreprises ne sont pas habituées de réaliser», indique Louis-Jean.

Tout ou rien

«À chaque fois que nous nous rencontrons, les gars de Karkwa, on est toujours contents de se voir et on prend des verres», ajoute-t-il, appuyant sur la camaraderie qui règne toujours entre les cinq.

De là à dire que les fans pourront réentendre Karkwa à court terme, il y a cependant un pas que Louis-Jean Cormier ne franchira pas. «On souhaite tous refaire quelque chose un jour, mais, s'il y a un membre du groupe qui irait à reculons, on ne fera pas de retour. Et présentement, je suis obligé de te dire qu'il y en a quelques-uns qui le feraient à reculons», poursuit-il.

«Le sort du band repose entre les mains de tous et chacun», résume Louis-Jean-Cormier, ajoutant que Karkwa serait toujours Bergeron, Cormier, Lafontaine, Lamontagne et Sagot. «On ne le fera pas avec un gars en moins. Ce sera tout ou rien.»

Que Karkwa revienne ou non, Louis-Jean Cormier gardera toujours cette fierté d'avoir fait partie, avec des groupes comme Malajube et Galaxie, d'une génération d'artistes qui a développé un rock en français différent du courant majoritaire. 

«Quand je vois des gens écrire que Karkwa est l'un des groupes les plus influents de sa génération, je trouve ça exagéré. Bien sûr que c'est flatteur, mais nous ne nous sommes jamais vus comme ça», précise celui qui a également profité de la frénésie entourant les groupes de Montréal durant les années 2000.

«Nous avons joué avec Patrick Watson, avec Plants and Animals et durant notre tournée des Chemins de verre, nous faisions la première partie d'Arcade Fire en Europe pour leur tournée The Suburbs. C'était quelque chose d'ouvrir pour eux au Zénith de Paris. C'était un peu comme une petite invasion de groupes francos à travers ce buzz autour des groupes anglophones montréalais!» 

Coach un jour, coach toujours

Même s'il n'est plus coach à La voix cette saison, Louis-Jean Cormier avoue toujours adorer cet aspect de la musique qu'il met aussi de l'avant lorsqu'il conseille d'autres artistes ou effectue un travail de réalisation.

«Je ne regrette pas d'avoir fait La voix, je ne regrette pas non plus de ne pas avoir fait une deuxième saison, mais, je l'avoue, j'ai toujours une certaine nostalgie quand je regarde l'émission», indique celui qui a gardé contact avec quelques-uns de ses anciens poulains.

«J'échange des messages avec plusieurs : Éléonore Lagacé, Valérie Daure, Thomas Hodgson. J'ai dîné avec Rémi Chassé la semaine passée. Et il y a aussi la petite Shiraz [Adham]. J'ai eu un choix déchirant à faire à un certain moment et je ne l'avais pas gardée dans mon équipe. Elle est jeune, mais présentement elle écrit et elle écrit bien.»

Louis-Jean aime aussi beaucoup travailler avec des artistes accomplis comme Lisa LeBlanc ou Steve Marin. «Avec eux, c'est différent, mais je me mêle beaucoup de composition musicale, de coaching de voix, des arrangements et de la direction musicale et artistique.»

À ce sujet, il raconte une anecdote survenue durant l'enregistrement de l'album Douze hommes rapaillés, inspiré de la poésie de Gaston Miron et dans lequel il a été impliqué dès le départ comme réalisateur par Gilles Bélanger.

«Quand tu coaches un gars comme Richard Séguin, ça impressionne. À un moment donné, je trouvais qu'il chantait trop en français international, je lui ai lancé : "On va la refaire... Fais-moi-la plus en québécois...", et tout le monde dans la régie m'a regardé. Sur le coup, je me sentais un peu mal. Mais après, Richard est venu me voir et m'a dit : "Eh, tu m'as ouvert les yeux." Ça fait du bien quand un gars qui a 40 ans d'expérience te dit ça!»   

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