Blind Boys of Alabama: réinventer Noël

Eric «Ricky McKinnie», Paul Beasley, Jimmy Carter, Joey Williams, Ben Moore... (Photo Cameron Wittig)

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Eric «Ricky McKinnie», Paul Beasley, Jimmy Carter, Joey Williams, Ben Moore

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(Québec) Dix ans après avoir remporté un prix Grammy avec son premier album de Noël, Go Tell It on the Mountain, le populaire groupe gospel Blind Boys of Alabama a décidé d'en lancer un autre cette année. Le leader et fondateur Jimmy Carter dit vouloir réinventer Noël avec ce projet en collaboration avec le guitariste blues Taj Mahal.

«Notre premier album de Noël, c'était presque uniquement des chants traditionnels avec lesquels tout le monde était déjà familier. Cette fois, ce sont essentiellement de nouvelles pièces que nous avons écrites», indique le chanteur de 82 ans à propos des sept nouveaux titres parmi les douze pièces de l'album Talkin' Christmas.

«Tu sais, c'est un grand défi de composer de nouvelles chansons de Noël. Nous en avons discuté avec nos producteurs et les idées sont venues», poursuit Carter, qui dit vouloir redonner à la fête de la Nativité son véritable sens.

«C'est vraiment ce que nous essayons de faire. Noël est devenu une fête tellement commerciale, nous voulons retourner à ce qu'elle devrait être. Le Christ est né cette journée-là, c'est un moment pour la joie, pour l'amour, pour donner. Il faut remettre le mot Christ dans Christmas!» explique le volubile chanteur.

Taj Mahal

L'idée d'inclure Henry Saint Clair Fredericks, alias Taj Mahal, dans leur projet est venue tout naturellement, d'après Carter. «Nous avions déjà travaillé avec lui à l'occasion. Tu sais, il y a beaucoup d'artistes laïcs qui travaillent avec les Blind Boys. On en a parlé à notre producteur Chris Goldsmith et il était ouvert à ça. On s'est réunis avec Taj Mahal et ça n'a pas été bien long que le processus créatif s'est enclenché.»

Taj Mahal, qui avait déjà travaillé avec des artistes aussi variés que les Rolling Stones, Etta Baker, Eric Clapton, Johnny Hallyday et Sammy Hagar, s'est donc amené avec sa guitare, son banjo, son ukulele et son harmonica en plus de prêter sa voix aux pièces What Can I do? et There's a Reason We Call it Christmas.

«C'est fantastique ce qu'il a apporté à notre son, une petite ambiance jazzy et bluesy. On le sent dès la première chanson de l'album. Tout le monde connaît Do You Hear What I Hear?, mais Taj a décidé de la refaire au complet d'une façon plutôt jazzy», fait remarquer Carter à propos de ce classique des Fêtes presque méconnaissable dans son nouvel habillage sonore.

Outre les voix de Carter et de Taj Mahal, on entend également sur l'album celles des trois autres chanteurs des Blind Boys, le batteur Eric «Ricky» McKinnie, Clarence Fountain, l'autre membre fondateur du groupe toujours vivant aujourd'hui, et Paul Beasley, qui a remplacé Bishop Billy Bowers, décédé l'an dernier.

«Clarence est là sur l'album, sa santé ne lui permet plus de faire les tournées avec nous, mais il chante toujours sur disque et il a son mot à dire au sein du groupe», précise d'ailleurs Carter, qui n'a pas l'intention de cesser d'enregistrer ou de prendre la route au rythme des Blind Boys, qui présentent encore de 150 à 200 spectacles par an.

«Tu sais, je ne suis plus un jeune homme. Je ne suis pas vieux, mais je ne suis pas jeune non plus! J'espère pouvoir faire ça encore quelques années, car j'ai encore beaucoup de plaisir à chanter, à donner des spectacles. Si éventuellement je n'en suis plus capable, je passerai toutefois le flambeau», conclut celui qui ne croit pas que l'aventure des Blind Boys of Alabama se terminera quand il ne sera plus là.

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Henry Saint Clair Fredericks, alias Taj Mahal, s'est amené avec sa guitare, son banjo, son ukulele et son harmonica, en plus de prêter sa voix sur le dernier album des Blind Boys of Alabama.

PhotoJay Blakesberg, Retna LTD.

Une tradition depuis 70 ans

C'est presque incroyable, mais les Blind Boys of Alabama figurent dans le paysage musical nord-américain depuis déjà sept décennies. C'est en effet en 1944 que Jimmy Carter, Clarence Fountain et les regrettés Johnny Fields, George Scott, Olice Thomas, Vel Bozman Traylor et J.T. Hutton ont décidé d'unir leurs voix à l'Institut pour les aveugles et les sourds de la ville de Talladega, en Alabama.

Les garçons avaient alors entre 10 et 15 ans et souffraient tous de cécité, exception faite de Hutton, un pasteur de Birmingham qui était l'ami de Fountain et Traylor et qui agissait aussi comme chauffeur pour les spectacles du groupe en plus de les accompagner sur scène. 

«Aujourd'hui, c'est certain que je repense souvent à Johnny, George, Olice, Vel, Billy et T.J. qui sont décédés au fil des années, surtout à l'approche des Fêtes», avoue le leader du groupe, Jimmy Carter, en entrevue téléphonique avec Le Soleil.

«Je ne peux pas faire autrement, car ils étaient tous de très bons gars. Nous étions tellement proches, moi, George et Johnny», poursuit-il en parlant de ceux qui ont été emportés par la maladie respectivement en 2005 et 2009.

La relève

Carter et Clarence Fountain se sont toutefois toujours fait un devoir de s'assurer que le groupe poursuivait sa mission malgré le décès de certains membres fondateurs. «Nous nous sommes toujours chargés de recruter, et pas seulement quand il y avait des décès. Au départ, il n'y avait qu'un guitariste avec nous alors que maintenant, nous avons un groupe complet avec guitare, basse, batterie et orgue.»

L'une des plus récentes additions aux Blind Boys of Alabama est le chanteur Paul Beasley, dont la superbe voix de falsetto résonne partout sur le nouvel album du groupe. Il agissait comme remplaçant pour Bishop Billy Bowers quand ce dernier ne pouvait pas chanter avec le groupe en raison de ses problèmes de santé, puis a pris sa place derrière le micro après son décès. Jimmy Carter a une bonne anecdote sur la façon dont Beasley a été recruté.

«Paul était déjà chanteur dans un groupe texan, The Gospel Keynotes. Je discutais avec lui à un moment donné et il m'a expliqué qu'il commençait à perdre la vue. Je lui ai dit que s'il était en train de devenir aveugle, il devrait vraiment venir chanter avec nous!» raconte-t-il en riant.

Carter assure toutefois qu'il ne faut pas absolument être aveugle ni être né en Alabama pour devenir un Blind Boys of Alabama. «Non, ce n'est pas nécessaire, mais une chose qui est nécessaire, c'est de savoir chanter. Ça, ce n'est pas négociable. Nous sommes seulement quatre aveugles dans le groupe, mais nous savons tous chanter ou jouer de la musique, mon gars!»

Regain de succès

À 82 ans, Jimmy Carter avoue qu'il apprécie beaucoup le regain de succès de son ensemble et de la musique gospel en général depuis quelques années. Les Blind Boys ont en effet remporté six prix Grammy depuis 2002 en plus d'avoir été admis au Temple de la renommée de la musique gospel et à celui de la musique de l'Alabama.

«Nous avons décidé de collaborer de plus en plus avec des musiciens laïcs dans le but d'initier un maximum de gens à notre musique», explique le chanteur. Leur dernier album avec Taj Mahal en est un bon exemple, tout comme de précédentes collaborations avec Peter Gabriel, Ben Harper, Tom Waits, Chrissie Hynde, George Clinton et Justin Vernon du groupe Bon Iver, pour ne nommer que celles-là.

«L'un des résultats de ces collaborations, c'est qu'il y a de plus en plus de jeunes à nos spectacles, des jeunes qui nous ont découverts à cause de ces collaborations, alors c'était une très bonne idée», conclut-il.

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