Anthony Moore, le Pink Floyd  de l'ombre

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Le collaborateur de Pink Floyd Anthony Moore se souvient de la genèse de The Endless River sur le bateau-studio Astoria : «C'est l'image plutôt formidable de Nick derrière sa batterie, David à la guitare, Rick [Wright, notre photo] aux claviers et moi qui me promène dans la salle de contrôle avec le réalisateur Andy Jackson, tandis que les cygnes jettent un oeil par la fenêtre en se demandant ce qui se passe.»

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(Québec) Quand David Gilmour a voulu donner un nouveau souffle à Pink Floyd, au milieu des années 80, il s'est tourné entre autres vers le parolier et multi-instrumentiste Anthony Moore. Ensemble, ils ont cosigné de grands succès comme Learning to FlyDogs of War ou encore On the Turning Away. Moore a participé à la genèse des trois derniers albums du groupe, y compris celle de The Endless River, paru lundi. Nous l'avons joint à son domicile de Marseille, en France.

La pochette du disque The Endless River... - image 1.0

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La pochette du disque The Endless River

L'image a quelque chose de bucolique. Tandis que les membres des Floyd improvisent sur l'Astoria, le bateau-studio de David Gilmour, à Londres, Anthony Moore pond des textes en prêtant l'oreille à ce qu'il entend. 

«On travaillait dans un superbe environnement. [...] Les gars jammaient et j'étais assis là, dans mon petit gazebo près de la rivière Tamise, à écouter la musique qui évoluait et j'essayais d'arriver avec des idées et des titres pour les chansons.»

Anthony Moore avait déjà une feuille de route bien remplie lorsqu'on l'a recruté. Actif dans les milieux anglais et allemands à partir de la fin des années 60, il a fondé le groupe d'indie pop Slapp Happy, en compagnie de Dagmar Krause (chant) et du chanteur, auteur, guitariste et dessinateur Peter Blegvad. Le trio a éventuellement balancé du côté de l'avant-garde et de l'expérimentation en joignant les rangs de la troupe Henry Cow, aux côtés de Chris Cutler et de Fred Frith. Par la suite, Moore s'est consacré à une carrière solo, jusqu'à ce qu'il croise le guitariste et chanteur David Gilmour.

«J'ai rencontré David et il m'a invité pour que je m'implique dans les premières étapes du développement [de l'album A Momentary Lapse of Reason], pour essayer des idées et discuter avec Bob Ezrin, le réalisateur. On se rencontrait plus ou moins sur une base quotidienne. Des idées, des concepts étaient lancés avec Nick [Mason, batterie], Rick [Wright, claviers] et David, pour installer un cadre dans lequel ils pourraient improviser. J'ai été un peu impliqué là-dedans aussi au plan sonore, et je me suis retrouvé à écrire des textes.»

The Big Spliff

Moore a bossé pas moins de 18mois sur A Momentary Lapse of Reason, avec toute la confiance du groupe, ainsi qu'une grande liberté. La collaboration ayant été fructueuse, il était de retour pour l'élaboration de The Divison Bell (1994), où il a signé Wearing the Inside Out, rare pièce chantée par Rick Wright.

C'est à cette période que Pink Floyd travaillait sur le projet The Big Spliff : une longue aventure instrumentale en plusieurs segments, demeurée inachevée. David Gilmour et Nick Mason ont commencé à ressortir ces vieilles bandes en 2012, puis de les agrémenter de nouveau matériel et même d'une portion avec des paroles. Ce mélange de vieux matériel et de pistes contemporaines, rebaptisé The Endless River, est réussi aux oreilles d'Anthony Moore. On peut d'ailleurs l'entendre aux claviers sur la pièce Calling.

«Je n'entends pas de mariage bizarre entre le récent et le vieux, rien qui me dérange les oreilles. Pour moi, c'est hors du temps, ce n'est pas post-moderne, ce n'est pas contemporain et ce n'est pas nostalgique non plus. J'écoute le matériel et rien ne me semble daté.»

Moore trouve par ailleurs intéressant que The Endless River ramène à l'avant-plan les titres à long développement de Pink Floyd, ainsi que la dimension instrumentale que le groupe exploitait dans ses jeunes années.

«Dans ce qui semble être un monde accéléré, où ce qu'on nous présente est clinquant et vite consommé, c'est bien d'avoir des pièces substantielles, dans lesquelles on peut se plonger. Ça me ramène à des albums comme Soft Machine 3 ou encore à Set the Controls..., donc ça résonne avec de vieilles idées floydiennes

À la mémoire de Wright

Appelé par plusieurs autres projets, dont l'opéra Camera, Moore s'éloigne un peu de Pink Floyd dans les années 90. Il demeure néanmoins un proche de Rick Wright, auquel The Endless River est dédicacé. C'était donc dans l'ordre des choses qu'il cosigne le très bel album solo de Wright, Broken China, en 1996. À l'heure où un nouvel enregistrement ramène sous les feux de la rampe le jeu unique du discret claviériste décédé en 2008, Anthony Moore salue son ami.

«Ce qui était génial avec lui, c'est comment il fusionnait des notes ensemble de manière riche, avec des accords harmoniques. Il avait cette manière d'inverser des accords à des moments inattendus. [...] Quant à son chant, il avait à mes oreilles une des plus authentiques voix britanniques, non affectée. Il ne songeait pas à essayer d'être quelqu'un d'autre que lui quand il chantait, il ne faisait aucun emprunt.»

Slapp Happy: un retour possible

En 1997, Anthony Moore reformait Slapp Happy avec Peter Blegvad et Dagmar Krause après une longue absence. Les trois artistes étaient restés proches, Krause et Moore ayant un enfant ensemble et Blegvad étant un ami de toujours. Bien que l'album ait été une grande réussite, saluée par la critique, la machine promotionnelle n'était pas au rendez-vous et la parution a malheureusement été confidentielle. Hautement déçus, les compères ont préféré retourner à leur carrière solo respective. Pourraient-ils néanmoins pondre une nouvelle perle pop un de ces jours? «On est encore en contact, alors se retrouver maintenant, même si ça fait un certain temps, ça pourrait arriver demain. On rit des mêmes choses, alors on pourrait très bien se retrouver à rire ensemble en studio de nouveau!»

Professeur Moore

Depuis 1996, Anthony Moore est professeur à l'Académie des Arts et Médias de Cologne. S'il a pu être vu comme trop sérieux ou trop intellectuel pour le milieu pop, à l'époque de Slapp Happy, le milieu universitaire, lui, ne l'a pas snobé et il a ainsi pu aisément s'y faire une place. Entre deux charges de cours, Moore continue d'être actif sur le plan créatif. Avec Peter Blegvad, il a donné quelques concerts sous le nom Two Half Cat; il a collaboré avec ARP, dans une veine minimaliste, en plus de répondre à diverses commandes de la radio allemande WDR.

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