Le livre de la semaine: Le plongeur

Stéphane Larue, Le plongeur, Le Quartanier (Infographie Le Soleil)

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Stéphane Larue, Le plongeur, Le Quartanier

L'histoire: Roman autobiographique, Le plongeur raconte l'histoire de Stéphane, étudiant en graphisme, qui dilapide tout son argent dans les machines de loterie vidéo. À bout de ressources, il se trouve un emploi de plongeur dans un restaurant. Il y développera des amitiés marquantes et tentera de refouler sa dépendance en s'immergeant dans le rythme effréné du monde de la restauration.

Stéphane Larue, Le plongeur, Le... (Archives La Presse, Robert Skinner) - image 2.0

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Archives La Presse, Robert Skinner

L'auteur: Né à Longueuil en 1983, Stéphane Larue signe son premier roman avec Le plongeur, lauréat 2017 du Prix des libraires. Il possède une maîtrise en littérature comparée de l'Université de Montréal. Il travaille dans le milieu de la restauration depuis une quinzaine d'années.

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Une plongée mémorable

CRITIQUE / Plonger dans la lecture du Plongeur, c'est piquer une tête dans un univers en apparence sans histoire - les cuisines d'un restaurant - pour vivre une aventure survoltée, à travers le récit d'un étudiant en graphisme à l'orée de la vingtaine, amateur de metal et aspirant bédéiste en perte de repères.

Oiseau de nuit dans le Montréal underground de l'hiver 2002, le jeune homme doit composer avec le démon du jeu compulsif qui l'amène à s'endetter, à mentir, à mettre en péril ses relations avec ses proches. Et, surtout, à se retrouver de plus en plus seul. «Ce qui brûlait, c'est tout ce que je touchais. Argent, chums, amies, projets. Tout finirait par disparaître, je le savais. Mais je continuais à jouer quand même.»

Oubliez Les chefs! et autres téléréalités culinaires, le bouquin de ce jeune auteur prometteur qu'est Stéphane Larue donne à découvrir un monde où règne le chaos, la frénésie des services, l'odeur de la vaisselle sale et de la friture, les engueulades, mais où fleurissent aussi de belles amitiés, comme celle unissant le protagoniste avec le cuisinier Bébert, un sympathique délinquant à grande gueule, abonné aux magouilles, qui brûle la chandelle par les deux bouts, jusqu'au bout de la nuit.

Écriture fiévreuse, personnages et extérieurs montréalais magnifiquement décrits, description hallucinante des coulisses d'un restaurant - que vous ne pourrez plus voir de la même façon une fois le livre terminé -, récit qui donne à la fois dans le roman noir et le suspense existentiel, tout concourt à rendre le lecteur accro.

En une douzaine de participations à ce club de lecture, Le plongeur est de loin mon plus gros coup de coeur. Le livre a beau faire 568 pages, une fois commencé, on éprouve l'irrépressible envie de le dévorer d'une traite tellement le récit est poignant. Ce Stéphane Larue est dorénavant un nom à retenir dans le petit monde de la littérature québécoise.  Normand Provencher, Le Soleil ****1/2

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La plonge comme exutoire

CRITIQUE / Stéphane, le plongeur, pue. Il sent les poêles crasseuses et l'eau de vaisselle poisseuse. Il excelle aussi en dessin et adore la musique metal.

Stéphane, l'auteur, quant à lui, livre un premier roman brillant, humain et frappant de réalisme.

Accro à la loterie vidéo, le narrateur ne peut s'empêcher de dilapider son argent. Dans le processus, il perd son appartement, des amis, un contrat lucratif et abandonne ses études au cégep. Pour se sortir la tête hors de l'eau, il décroche un emploi de plongeur dans un resto huppé de Montréal. 

Travaillant lui-même dans le monde de la restauration, l'auteur dépeint alors une faune fascinante de cuisiniers, busboys, barmans, plongeurs, serveurs, qui gravitent dans le nouveau milieu de travail du narrateur. Stéphane Larue ne se contente pas de décrire. Il crée un monde aussi vrai que nature. La cuisine, on la voit, on la goûte, on l'entend, on la sent sous tous ses angles - du plus crasseux au plus exquis. 

Pour s'extirper de l'emprise du jeu, Stéphane saute à pieds joints dans le mode de vie extrême de ses collègues, alternant travail sous pression et nuits de débauche. Pour le lecteur, happé par la profondeur des personnages et les liens à la fois forts et toxiques qui les unissent, les pages du Plongeur filent au même rythme effréné. Les yeux du narrateur deviennent une caméra impudique qui laisse entrevoir les fragilités derrière les carapaces. Dans la peau de Stéphane, on ressent le magnétisme des loteries vidéo, le frisson du gain. On endosse presque ses (nombreux) mauvais choix. 

Le plongeur dépeint certes une saisissante descente aux enfers, mais le récit est tout autant porteur d'espoir, de leçons de vie et de résilience. Sarah Saïdi, La Tribune **** 

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Extrait: la première page

La gratte éclaire de son gyrophare la façade blanchie des immeubles. Elle avance lentement sur Hochelaga en tassant la neige devant elle. On arrive enfin à la dépasser et on tourne dans une petite rue mal éclairée. Le ciel est encore bas, sombre et cotonneux. La chaleur confortable de l'habitacle m'endort presque. On entend la voix du répartiteur au cb, mais à peine. Mohammed baisse le son dès qu'on monte dans sa Sonata noire. Il la garde dans un état impeccable. Pas de papier journal tout chiffonné en guise de sauve-pantalon. Pas de vieux gobelets de café ni de restes de repas dans les compartiments sous la radio. Seulement un petit coran à la cou-verture 

enluminée et un carnet de factures. Les banquettes de cuir comme neuves. Une odeur fraîche et mentholée flotte dans l'habitacle. On arrive sur Ontario. La rue est bordée de hauts bancs de neige. Mohammed ignore un appel sur son cellulaire. Il ne répond jamais quand il est avec un client. Dans ses rétroviseurs supplémentaires, qu'il a accrochés aux extrémités de son pare-brise, je vois son visage calme, ses yeux ridés et tombants sous ses sourcils broussailleux. On roule jusqu'à Sicard puis on tourne à droite. Je n'ai jamais à lui donner d'indications. Mohammed connaît le trajet par coeur, depuis le temps. Mohammed, c'est le 287, le doyen du stand situé au coin de Beaubien et des Érables.»

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À venir

  • 26 août: Carolina de Robertis, Les Dieux du tango (Le cherche midi)
  • 2 septembre: Arturo Pérez-Reverte, Deux hommes de bien (Seuil)
  • 9 septembre: Louise Penny, Un outrage mortel (Flammarion Québec)

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