Le livre de la semaine: Le grand marin

Catherine Poulain, Le grand marin, Points (Infographie Le Soleil)

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Catherine Poulain, Le grand marin, Points

L'histoire : Larguant les amarres vers l'Alaska, Lili laisse son ancienne vie à quai pour se faire embaucher sur un bateau de pêche. Seule femme à bord, elle doit faire ses preuves afin de convaincre ses collègues (et elle aussi) qu'elle y mérite sa place. Entre escales à terre et séjours sur les flots, Lili vogue par monts et par vaux. Ne voulant plus prendre l'eau, elle cherche surtout à reprendre pied dans son existence.

L'auteure : À l'image de son premier roman, le curriculum vitae de Catherine Poulain sort des sentiers battus. Au fil de son parcours, l'auteure qui a beaucoup bourlingué a entre autres été marin, bergère et ouvrière viticole. On peut maintenant lui coller aussi le titre d'auteure. Son premier roman a remporté plusieurs prix littéraires.

Catherine Poulain... (Archives La Presse, Hugo-Sébastien Aubert) - image 3.0

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Catherine Poulain

Archives La Presse, Hugo-Sébastien Aubert

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Mal de terre

C'est l'histoire de Lili, qui fuit par en-avant. Parce qu'elle a désespérément le mal de terre. Parce qu'elle aspire à prendre la mer pour ne pas s'enliser dans les sables mouvants de ses relations amoureuses et familiales; de cette existence à laquelle elle ne semble pas correspondre. «Je me disais que ce serait propre sur l'océan», écrit Catherine Poulain.

Son alter ego (on peut se poser la question, l'auteure ayant elle-même pêché pendant 10 ans en Alaska) quitte donc la France pour l'Alaska. Parvient à se faire embaucher sur un navire de pêche, où les hommes ne lui feront pas de quartiers. En fait, elle cherche à se décarcasser parmi eux, non seulement pour démontrer à tous qu'elle est à sa place sur un bateau, mais pour se prouver à elle, d'abord et avant tout, ce qu'elle vaut. Et peut-être pour trouver celui, Le grand marin du titre, qui pourrait la comprendre, voire l'aimer telle qu'elle est.

On ne part évidemment pas à la chasse à la baleine pour se venger comme dans Moby Dick, ici, mais on (res)sent pleinement le mythique appel du grand large. Les vents puissants et la mer démontée qui font tanguer les corps et les coeurs. Les muscles transis et les âmes paumées affleurant tels ces flétans hissés des profondeurs de l'océan. La camaraderie forgée dans l'effort partagé au plus noir de la nuit - et de la nature de chacun.

Les gestes presque sauvages des pêcheurs d'aujourd'hui, incluant une Lili en quête d'elle-même, font écho à la faim d'autres horizons tenaillant ceux qui ont sillonné ces eaux avant eux. Dans les coudes qui se lèvent à «peindre la ville en rouge», il reste cette soif insatiable d'engourdir ses désillusions. Celle d'aller voir ailleurs si on peut y vivre plus heureux... Car, au plus fort des tempêtes et des ressacs, y compris les plus intimes, demeurent ces éclats de lumière vibrant comme autant de trous dans les nuages sous les effets de la plume gorgée d'un réalisme tantôt cru, tantôt poétique, de Catherine Poulain.

Valérie Lessard, Le Droit ***

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Comme un appel au large

Quel parcours singu-lier et unique que celui de cette Lili, une Française débarquée en Alaska pour partir à la pêche en haute mer.

Le personnage créé par Catherine Poulain nous fait découvrir un univers que peu d'entre nous connaissent, celui de marin. On peut penser que l'histoire colle à la réalité, puisque l'auteure a elle-même pêché pendant 10 ans en Alaska... en plus d'avoir été bergère et ouvrière viticole. On aime cette histoire qui nous emmène ailleurs, au large, loin de la réalité et du tourbillon quotidiens.

Au fil des quelque 360 pages, l'auteure nous fait plonger dans le monde marin. Un univers masculin, difficile, décrit avec précision, où les heures de travail s'empilent sans fin les uns après les autres. C'est aussi ce qui rend l'histoire intéressante : cette incursion dans ce domaine où les femmes n'ont pas leur place... ou qu'elles doivent se tailler impérativement si elles veulent y demeurer.

La volonté de Lili de faire sa place sur le bateau force l'admiration. Forte et résistante devant les blessures, la fatigue et la peur, on la devine tout de même vulnérable à l'intérieur. D'ailleurs, sa carapace rétrécira au fil du récit pour ouvrir son coeur au grand marin. On s'attache au personnage féminin, qui a une soif sans fin de liberté et qui est incapable de vivre dans le modèle traditionnel souvent imposé par notre société, on a l'impression de vivre l'aventure en mer avec elle comme si nous y étions. 

Le grand marin nous donne envie de grands espaces et de liberté. Le premier roman de Catherine Poulain a gagné plusieurs prix littéraires. Je serai curieuse de voir la suite. 

Isabelle Pion, La Tribune ***

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Extrait : la première page

«Il faudrait toujours être en route pour l'Alaska. Mais y arriver à quoi bon. J'ai fait mon sac. C'est la nuit. Un jour je quitte Manosque-les-Plateaux, Manosque-les-Couteaux, c'est février, les bars ne désemplissent pas, la fumée et la bière, je pars, le bout du monde, sur la Grande Bleue, vers le cristal et le péril, je pars. Je ne veux plus mourir d'ennui, de bière, d'une balle perdue. De malheur. Je pars. Tu es folle. Ils se moquent. Ils se moquent toujours - toute seule sur des bateaux avec des hordes d'hommes, tu es folle... Ils rient.

Riez. Riez. Buvez. Défoncez-vous. Mourez si vous voulez. Pas moi. Je pars pêcher en Alaska. Salut.

Je suis partie.

Je vais traverser le grand pays.

À New York j'ai envie de pleurer. Je pleure dans mon café au lait, puis je sors. Il est très tôt encore. Je marche le long de grandes avenues, désertes. Le ciel est très haut, très clair entre les tours qui s'élèvent comme des folles, l'air est cru. Des petits stands-caravanes vendent du café et des gâteaux. Assise sur un banc, en face d'un building qui miroite enflammé par le soleil levant, je bois le grand café insipide avec un muffin énorme, petite éponge douceâtre. Et doucement la joie revient, une légèreté diffuse dans les jambes, le désir de se relever, la curiosité d'aller voir, au coin de la rue, et puis derrière jusqu'au suivant... Et je me lève et je marche, la ville s'éveille, les gens paraissent, le vertige commence. 

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À venir

5 août : Bernard Émond, Camarade, ferme ton poste, Lux éditeurs

12 août : Marina Lewyka, Rien n'est trop beau pour les gens ordinaires, Alto

19 août : Stéphane Larue, Le plongeur, Le Quartanier




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