Le livre de la semaine: Autopsie d'une femme plate

Marie-Renée Lavoie, Autopsie d'une femme plate, XYZ (Infographie Le Soleil)

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Marie-Renée Lavoie, Autopsie d'une femme plate, XYZ

L'histoire: Autopsie d'une femme plate est l'histoire de Diane, engoncée dans sa routine comme dans un La-Z-Boy, qui se fait larguer par Jacques, son mari, le père de ses enfants. Après l'électrochoc, Diane tente de retomber sur ses pieds avec l'aide d'une massue, de sa collègue Claudine qui est passée par là et de ses deux grands enfants. Pas toujours facile, pour une femme qui se pensait forte, de plier l'échine...

Marie-Renée Lavoie... (Archives La Presse, Édouard Plante-Fréchette) - image 2.0

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Marie-Renée Lavoie

Archives La Presse, Édouard Plante-Fréchette

L'auteure: Enseignante de littérature au collégial, Marie-Renée Lavoie a remporté, en 2011, le Prix littéraire de la relève Archambault pour son tout premier roman, La Petite et le Vieux, qui lui a valu succès critique et populaire. Elle a écrit aussi parallèlement pour la jeunesse, signant notamment la série Zazie. Autopsie d'une femme plate est son troisième titre pour adultes.

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Autopsie d'une peine d'amour

CRITIQUE / Diane et moi aimons les chats, dansons comme des enclumes, avons en aversion les showers de bébé et les mariages.

Là s'arrête la comparaison.

Diane est le personnage principal d'Autopsie d'une femme plate de Marie-Renée Lavoie, elle se fait larguer par son mari dès les premières lignes du livre. C'est la prémisse de son histoire, le point de départ à partir duquel elle devra faire le point sur sa vie qui faisait du surplace depuis trop longtemps.

D'entrée de jeu, Diane expose tout le mal qu'elle pense du mariage. «La Terre compte plus d'enfants nés avec un sixième doigt de main ou de pied que de couples qui ont vécu véritablement heureux, ensemble, toute leur vie. Cette excroissance est présentée par la science comme une "anomalie exceptionnelle" alors que le mariage est encore une institution pilier de notre société.»

Elle pose cette question, cinglante. «À quand un Salon du sixième doigt?»

L'auteure, dont je n'ai pas lu les deux livres précédents, a une plume délicieuse, tout en humour, qui donne une touche unique à un sujet éculé. Si l'histoire n'a rien de bien abracadabrant, qu'elle s'articule autour d'un certain nombre de clichés, elle donne vie à des personnages attachants, humainement imparfaits.

Le plaisir de la lecture est là, dans ce talent qu'a Marie-Renée Lavoie de traduire en mots des émotions, des situations loufoques. Comme cette fois où Diane tente un rapprochement avec un collègue. «Je n'ai pas pu profiter de la bise qu'il m'a faite concentrée à retenir mon souffle chargé de molécules de cretons.»

Les dialogues sont nombreux, l'action rythmée, le tout ponctué de descriptions savoureuses, comme cette fois où elle essaye un soutien-gorge de sport pour se mettre à la course. «Mes seins [...] formaient une galette informe; j'aurais très bien pu avoir trois ou quatre seins, on ne l'aurait pas su.»

Bref, de la chick lit dans la plus pure tradition, qui rappelle tout de même l'importance de ne pas laisser sombrer son couple dans la routine.

Le réveil peut être brutal.  Mylène Moisan, Le Soleil ***1/2

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Une envie de danser en pantoufles

CRITIQUE / À quelques jours de son 25e anniversaire de mariage, Diane se fait plaquer par son mari... qui la laisse pour une femme plus jeune. Sous le choc, la femme de 48 ans ne fait ni une ni deux: elle crée un compte Facebook, se lie d'amitié avec famille et amis pour partager la nouvelle. Bienvenue dans l'univers décapant et, par moments, franchement désopilant dans lequel Marie-Renée Lavoie déploie les états d'âme de sa nouvelle héroïne.

Pas d'apitoiement, ici - même quand Diane se retrouve chez sa psy -, mais plutôt des sourires en coin, voire un éclat de rire libérateur au détour d'une page. Avec sa plume teintée d'humour tantôt grinçant, tantôt d'un comique flirtant délibérément avec la caricature, l'auteure désamorce les contrecoups d'une séparation dévastatrice en disséquant par petites tranches de vie les émotions (parfois ambivalentes) et les faits et gestes (pas toujours conséquents, mais ô combien défoulants... y compris par procuration!) de cette Diane qui ressemble à plusieurs d'entre nous.

Marie-Renée Lavoie pousse ici et là le bouchon (des «bouteilles de solution temporaire» partagées entre amies), mais elle évite joyeusement l'écueil du «rebond» fleur bleue. Et ce, bien que Diane se retrouve dans les bras d'un homme, à un moment donné. 

Autopsie d'une femme (tout sauf) plate se savoure ainsi pour ce que le roman est: un antidote à la déprime teintée d'amertume ou à l'autoflagellation pour les pensées pas toujours catholiques que toutes celles qui ont eu à composer après une rupture ont pu avoir en cours de deuil de leur relation. Marie-Renée Lavoie y explore un ton décomplexé faisant écho à celui de sa jeune Zazie (que Diane croisera, d'ailleurs).

Si on ne ressort pas de la lecture de ce roman transporté par les élans de tendresse ressentis pour La Petite et le Vieux, on le fait néanmoins avec l'envie folle de danser en pantoufles avec Diane, un verre de vin à la main. Au final, on ne s'en porte donc pas plus mal, comme lectrice!  Valérie Lessard, Le Droit ***

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Extrait: la première page

Où je donne mon opinion sur le mariage.

J'ai toujours trouvé terriblement prétentieux de rassembler tous ceux qu'on aime pour dire voilà, nous, ici et maintenant, malgré les statistiques accablantes, nous pouvons affirmer que nous, fusionnés temporairement dans l'illusion de l'éternité, c'est pour TOUJOURS. Et nous vous avons demandé de prendre votre temps et votre argent pour venir ici aujourd'hui parce que nous, Nous, nous échapperons à ce qui tue l'amour chez les autres. C'est une certitude que nous avons, à vingt-trois ans, et que nous tenons à partager. Que la majorité se soit cassé les dents sur l'invraisemblance d'un tel serment ne nous a pas convaincus ni effrayés. Notre amour survivra puisqu'il est spécial, le nôtre. Nous ne nous aimons pas comme les autres, nous. Notre mariage à nous will survive.

Mais dans les soirées d'à peu près toutes les noces bien arrosées, les gens envahissent la piste de danse pour crier, en essayant d'enterrer Gloria Gaynor, qu'ils ont survécu, eux, à la mort de leurs illusions. Je les ai vues, moi, les matantes, les mains fermées sur des micros imaginaires en train de se payer un moment de toute-puissance en chantant les seules paroles connues de la toune: «I will survive, hey, hey!» Elles ont «survivé», oui, malgré leur divorce. Hé, hé.

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À venir

  • 29 avril: Alexander MacLeod, Le poids de la lumière (Marchand de feuilles)
  • 6 mai: Marie-Ève Cotton, Pivot (VLB)
  • 13 mai: Thierry Frémaux, Sélection officielle (Grasset)

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