Le livre de la semaine: Des chants pour Angel

Marie-Claire Blais, Des chants pour Angel, Boréal (Infographie Le Soleil)

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Marie-Claire Blais, Des chants pour Angel, Boréal

L'histoire: Autour de la cérémonie d'adieu que ses proches organisent après la mort d'Angel, l'écrivaine déploie les voix divergentes ou convergentes de sa foisonnante galerie de personnages. Chacun à sa façon constate le monde et y réclame sa place. Des chants pour Angel est le neuvième des 10 titres prévus au cycle romanesque Soifs, entamé en 1992.

Marie-Claire Blais, Des... (Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 2.0

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Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

L'auteure: Marie-Claire Blais est une auteure québécoise. Au fil de sa carrière, elle a reçu de nombreux prix, en plus de devenir membre de la Société royale du Canada, de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, de l'Ordre du Canada et de l'Ordre national du Québec, entre autres. Elle parraine également un prix littéraire à son nom. Son oeuvre compte plus d'une vingtaine de romans, cinq pièces de théâtre et quelques recueils de poésies, traduits en plusieurs langues.

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Écrivaine de l'abstrait

CRITIQUE / Il y a des événements tragiques qui deviennent le point de départ de toute autre chose. La tuerie de neuf paroissiens noirs dans une église de Charleston en Caroline du Sud, en 2015, a inspiré Marie-Claire Blais pour Des chants pour Angel, neuvième titre de la série Soifs, qui en comptera 10 au total.

Vingt-cinq ans après la parution du premier tome de la collection, Des chants pour Angel constitue ma première incursion dans l'univers littéraire de Marie-Claire Blais, dont on m'avait dit beaucoup de bien.Une mise en garde s'impose cependant. Il faut plusieurs pages pour s'acclimater au rythme particulier du récit, raconté telle une seule phrase, sans point ni paragraphe. C'est au lecteur de donner la cadence au récit; une fois qu'on l'a compris, la lecture devient plus fluide et surtout, plus appréciable. Car si Des chants pour Angel ne fut point ma tasse de thé, je ne peux que m'incliner devant l'exercice de style de l'auteure. 

Un lecteur distrait pourrait facilement croire à une longue tentative d'écriture automatique et aléatoire, mais il n'en est rien. Ces bouts de phrase balancés forment bel et bien un tout, un tout loin d'être dénué de sens... quand on finit par le comprendre.

D'un seul trait, l'auteure arrive à poser une atmosphère et à en envelopper le lecteur. À coups de mots, Blais y va d'images coup de poing, de réflexions et parvient à communiquer la rage et le mal de vivre qui nourrissent les auteurs de crimes haineux, tout comme le désarroi et la détresse de ceux qui en sont témoins.

Ainsi, on peut dire de Marie-Claire Blais qu'à l'image d'un peintre, elle est écrivaine de l'abstrait.

Pour lecteurs (plus qu') aguerris seulement.  Marie-Ève Martel, La Voix de l'Est  ** 1/2

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Un souffle ancré dans la réalité

CRITIQUE / Une mise en garde, d'abord, si vous n'êtes pas familier avec l'oeuvre de Marie-Claire Blais : pour pleinement en apprécier la lecture, il faut bien remplir ses poumons et y plonger en apnée. Pas de chapitres, ici, pour marquer une pause ou reprendre son souffle. Il faut donc y entrer en toute connaissance de cause, en se donnant le temps de trouver sa propre respiration. Ce n'est qu'ainsi qu'il devient possible de se mouvoir au rythme de ses phrases sans point, ni alinéa, pouvant être déconcertantes de prime abord. 

Qu'il devient possible de se laisser toucher par les mouvances de sa plume passant d'un personnage à l'autre sans crier gare, et par le regard lucide, aussi, qu'elle braque sur ce qui l'entoure par le biais de Mabel, Petites Cendres, Mai, Daniel (qui fait figure de l'écrivain, absorbant et transformant la matière pour témoigner du monde), etc.

Car, au détour d'une virgule, bien ancrée dans la réalité, Marie-Claire Blais traite d'enjeux résolument contemporains : violence perpétrée au nom des religions, homophobie, racisme, transsexualité, mémoire en cette ère de l'éphémère sur les réseaux sociaux où «rien ne se propage plus vite que la haine ou le mépris», sort réservé aux femmes en zones de conflits... Les thèmes abordés sont aussi variés que ses personnages. Ici, le parcours de Jeune Homme renvoie sans l'ombre d'un doute à Dylann Roof, qui a ouvert le feu sur des fidèles noirs dans une église de Charleston, en juin 2015. Là, Mabel «voit» des réfugiés, ces «damnés de la terre dans un canot pneumatique sur le point de crever». Là encore, la Québécoise fait écho au débat sur les toilettes pour les transgenres aux États-Unis; évoque ces fillettes transformées en bombes humaines par les intégristes; rend compte des contrecoups de l'humiliation publique sur Internet «où toute agression peut être diffusée».

Pour peu qu'on accepte de perdre pied, on est transporté dans un univers littéraire à nul autre pareil. Valérie Lessard, Le Droit ****

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Extrait: la première page

Viens, Mabel, marche entre nous deux, Robbie et moi, et dis à ton perroquet de se taire, il répète tout ce que je dis, quel écho rauque quand déjà il y a la mer qui gronde, que portes-tu de si lourd, demanda Petites Cendres, ce sac, tu le sais bien, dit Mabel, jamais je n'aurais cru que ce fût si lourd, les autres viendront nous rejoindre à la plage des Pélicans, à midi, dit Robbie, ils dorment encore après leur nuit sur la scène, ils ne se lèveront qu'à onze heures, dit Robbie, il y a aussi tes boissons au gingembre qui sont pesantes, je peux porter le sac si tu veux, dit Petites Cendres, non, dit Mabel, c'est aussi mon âge que je porte, et mes jambes n'ont pas votre jeunesse, non, dit Mabel, et Lena a dit que cela devait être pour moi, tant Angel aimait mes oiseaux, ce sera une grande procession, une procession immense, dit Robbie, à midi, sous le plein soleil, j'ai dit à toute la ville de venir, le révérend Stone, le docteur Dieudonné, la docteure Lorraine, c'est aussi mon peuple, le pauvre peuple noir dévasté que je porte, l'ancien, et toutes ses blessures quand il devait marcher à genoux, voici pourquoi mes genoux sont si usés, quant à toi, Petites Cendres, on dirait que tu as perdu la mémoire, c'est ainsi avec vous, les générations des plus jeunes, qui veulent oublier. 

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À venir

  • 18 mars: Peter Wohlleben, La vie secrète des arbres (Multimondes)
  • 25 mars: India Desjardins, La mort d'une princesse (Éditions de l'Homme)
  • 1er avril: Blaise Ndala, Sans capote ni kalachnikov (Mémoire d'encrier)

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