Le livre de la semaine: Dans l'oeil du soleil 

DENI ELLIS BÉCHARD, Dans l'oeil du soleil (Alto) (Infographie Le Soleil)

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DENI ELLIS BÉCHARD, Dans l'oeil du soleil (Alto)

L'histoire: En enquêtant sur la mort d'Alexandra, de Justin et de Clay dans un attentat à Kaboul, une journaliste lève le voile sur la vie de ces Occidentaux expatriés en Afghanistan et sur les liens qui les unissaient. Leur passé cache de nombreux drames et sème le doute sur leurs motivations. Souhaitaient-ils venir en aide aux Afghans ou plutôt se sauver eux-mêmes?

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Le Droit, Simon Séguin-Bertrand

L'auteur: Deni Ellis Béchard est romancier, journaliste indépendant, essayiste et photographe. Globe-trotter, il a grandi entre le Canada et les États-Unis avant de voyager dans une soixantaine de pays. Il a entre autres signé Remèdes pour la faim et Vandal Love ou Perdus en Amérique, qui lui a valu le prix du Commonwealth du premier roman. 

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La part d'ombre des expatriés

CRITIQUE / Dans l'oeil du soleil démarre avec un attentat à la voiture piégée qui tue trois étrangers à Kaboul en 2012. Mais les racines du drame s'étirent bien plus loin que l'Afghanistan : elles remontent à des vies entières.

Alexandra, avocate québécoise, Justin, enseignant dans une école locale, et Clay, contractuel en sécurité, trouvent la mort. Pour le lecteur, leur vie commence à émerger quand une amie d'Alexandra se met en tête de percer le mystère autour de l'attentat. 

Avec la narration qui passe du «je» de l'amie au «il» omniscient, selon les parties, l'enquêteuse en herbe - dont on ne connaîtra le nom et le sexe qu'assez tard - finit presque par s'effacer complètement. Elle donne surtout l'impression de n'avoir été qu'un prétexte intermittent (et l'alter ego de l'auteur?) pour s'immiscer dans la vie des personnages décédés.

Deni Ellis Béchard raconte la vie des personnages à différentes époques sur un ton parfois cru, sans jamais tomber dans l'explicite. Un geste, un mot ou une émotion lui suffisent pour donner une profondeur captivante à la succession de drames, qui relèguent rapidement l'attentat à l'arrière-plan. Ils soulignent avec force, voire une certaine cruauté, qu'au-delà de l'idéalisme affiché par les Occidentaux en Afghanistan, chacun d'entre eux cache des motivations bien plus personnelles qu'altruistes de s'expatrier dans un pays en guerre. 

Le personnage le plus intrigant reste le jeune Afghan Idris, protégé de Justin et employé par Clay. L'auteur réussit l'exploit de le transformer à lui seul en symbole de l'Afghanistan, avec ses injustices et sa misère, avec l'abus et les manipulations des Occidentaux. À l'inverse, Idris représente avec autant d'aplomb l'espoir de s'en sortir et le courage de tout faire pour y arriver... Sarah Saïdi, La Tribune ***1/2

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Soleil de plomb et de lumière

CRITIQUE / Ceux qui ont déjà lu Deni Ellis Béchard (qui signait auparavant Deni Yvan Béchard) le savent : l'auteur a ce talent rare de savoir raconter la nature humaine en explorant ses travers, en exposant ses grandeurs, en creusant ses misères. Sans complaisance, avec toujours beaucoup de nuances. 

Ici encore, c'est la force de ce roman puissant qui nous promène dans différents territoires autant qu'il nous plonge dans l'intériorité des personnages.

L'histoire prend racine dans le Kaboul de l'après-11 Septembre, avec ce que ça veut dire de violences et de déchirures. Les expats sont là-bas nombreux. Trois d'entre eux perdent la vie dans un attentat à la voiture piégée. Une journaliste, amie des disparus, fait enquête. À partir de là, le récit se morcelle. Raconté selon différentes perspectives et plusieurs narrateurs, il gagne en profondeur et en complexité. D'un chapitre à un autre, on visite divers lieux (Louisiane, Québec, Maine), on traverse les mois qui ont précédé le drame, on retourne marcher dans l'enfance des uns et des autres. Ce faisant, on dépoussière leurs failles. On comprend un peu mieux leurs motifs, on approche leur vérité, on voit quelles blessures ils sont venus panser sur cette terre défigurée par la guerre. Surtout, on touche à leur humanité. 

Le procédé est ambitieux, mais habile. Le casse-tête, peu à peu, se met en place.

Le titre n'est pas accessoire, le soleil est partout présent dans les pages du roman. Sans être trop appuyée, l'image revient souvent : l'astre brille pour certains, se voile pour d'autres. Dans son oeil aveuglant, on ne voit pas toujours clair. Mais tous, on tend quand même vers sa lumière. Et l'on se brûle parfois les ailes. Ici, comme ailleurs. Karine Tremblay, La Tribune ***

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Extrait: la première page

L'hiver était présage. Nous savions que quelque chose se préparait. On le devinait à la désolation et à la misère, aux vagues débris soufflés par le vent, aux hommes poussant des chariots d'ordures, la tête enveloppée de keffiehs en lambeaux, et dont les silhouettes rappelaient les gravures du temps de la peste; on le sentait au smog produit par les véhicules, les feux de bois, les génératrices au diesel - effluves de quatre millions d'âmes peinant à chauffer des maisons de ciment et de terre - qui se mêlait à la poussière dans l'air rare des montagnes glacées et restait suspendu au-dessus de la ville en lourdes métaphores journalistiques : suaires, linceuls et, bien sûr, voiles. La neige tombait, se transformait en une boue qui formait des ornières et gelait. Les tuyaux éclataient. Les ouvriers revenaient cogner à notre porte, sinistres et exorbitants, tels des médecins. En dépit de nos prédictions, le pays est devenu si impraticable que même la guerre a fini par se trouver paralysée; les passes dans les montagnes fermées, les talibans attendaient. À l'approche du printemps, des orages miroitaient à l'horizon et fondaient sur nos toits sans précipitations, les bourrasques raclaient la poussière qu'elles soulevaient en longs rideaux ondoyants, de la couleur de la pluie qu'on apercevait au loin. 

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À venir

  • 10 décembre: Leïla Slimani, Chanson douce (Gallimard)
  • 17 décembre: Michel Tremblay, Conversations avec un enfant curieux (Leméac)
  • 24 décembre: Hélène Vachon, Santa (Alto)

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