Le livre de la semaine: Sexe, pot et politique

LUCIE PAGÉ, Sexe, pot et politique (Libre Expression) (Infographie Le Soleil)

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LUCIE PAGÉ, Sexe, pot et politique (Libre Expression)

L'histoire : Joséphine, une reine du foyer passionnée de cuisine, voit sa vie chamboulée par la nomination de son mari banquier comme ministre des Finances. Offusquée de voir le comportement de son homme changer au contact de ses fréquentations douteuses, et aussi pour redevenir «maître de sa vie», elle décide d'organiser un souper où quelques personnalités politiques et diplomatiques dégusteront à leur insu des plats apprêtés à la marijuana...

LUCIE PAGÉ, Sexe, pot et politique (Libre... (Julien Faugère) - image 2.0

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Julien Faugère

L'auteure : Journaliste et écrivaine, Lucie Pagé s'est d'abord fait connaître par ses écrits sur l'Afrique du Sud, pays qu'elle a découvert et adopté à partir de 1990 et d'où elle a été correspondante pour Radio-Canada jusqu'en 1999. Elle partage aujourd'hui sa vie entre le Québec et son pays d'adoption. Elle y a d'ailleurs épousé Jay Naidoo, qui fut un des ministres du cabinet de Nelson Mandela.

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Voyage au pays de l'absurde

CRITIQUE / La proposition de départ était ambitieuse, marier les tractations du monde politique et les vertus de la marijuana, en saupoudrant du sexe sur tout ça. 

Le tout à travers des personnages caricaturés, aux traits grossis.

L'histoire a le mérite d'être claire dès le début, et on comprend vite que le «je» est Joséphine, la femme de Robert, qui nous racontera sa vie de femme de banquier, qui sera promu ministre. Le roman se déroule essentiellement dans un seul lieu, la demeure familiale, donnant une impression de huis clos.

Et dans la cuisine, «Jo» est une excellente cuisinière.

L'auteure a voulu plonger le lecteur dans un cirque où s'enchevêtrent les bonzes de la finance et de la politique. Elle a aussi voulu mettre en exergue un monde où les convenances et les apparences se substituent aux aspirations profondes des individus, qui se retrouvent dilués dans le magma des faux-fuyants.

Pour y arriver, elle a joué la carte de l'absurde et de la caricature. Un peu plus de subtilité n'aurait pas nui à l'ensemble, je me suis vite lassée de cette enfilade sans fin de clichés entourant le discours néolibéral, les commentaires mille fois entendus sur les jeunes qui ne connaissent rien, sur l'argent qui doit mener le monde.

Sur les cheveux longs, sur les inégalités sociales, sur les femmes.

Et sur le pot. Le titre de l'ouvrage ne fait pas de cachette, la marijuana est un élément central de l'histoire, avec le sexe et la politique. Mais l'idée se heurte à un festival de préjugés et, par l'entremise de Freddy, le fils pouilleux de Joséphine et de Robert, à une dissertation sur les vertus du pot.

Comme si le livre devenait un prétexte pour exposer la thèse de la marijuana thérapeutique, de ses déclinaisons en huiles et en produits dérivés, de l'histoire de sa prohibition, une revue en règle de la littérature et des recherches prônant un usage plus large de cette herbe millénaire.

On mange et on cuisine beaucoup dans Sexe, pot et politique, on ne semble faire que ça, en fait. Mais, malheureusement, je suis restée sur ma faim.

À moins que ce soit «les munchies». Mylène Moisan, Le Soleil * 1/2

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En fumer du bon

CRITIQUE / Affligée de «la forme la plus sévère de ménopause», Lucie Pagé a repris une vie à peu près normale grâce à la marijuana. D'où l'idée de ce roman où elle utilise la fiction pour faire passer un message sur cette drogue aux vertus thérapeutiques insoupçonnées. Un essai aurait mieux fait l'affaire pour étayer sa thèse, plutôt que cette histoire 100 % chick-lit, tarabiscotée et simpliste, qui m'a fait soupirer d'une page à l'autre. 

Bien peu de choses auxquelles s'accrocher, surtout pas la prose de l'auteure, abonnée aux phrases creuses, du genre «Il me félicite d'être une si bonne épouse pour mon mari», «Les criquets chantent leur mélodie, insensibles à ma douleur» ou encore «Je ne reconnais plus mon Robert. Où est mon beau Bobby d'amour? Tout va trop vite, surtout la décadence.» S'il y a une lecture au second degré, désolé, on cherche encore...

C'est par le fils musicien du couple, qui aime bien fumer son joint de temps à autre, que l'héroïne en profite en outre pour glisser, ici et là, des explications didactiques sur les bienfaits du cannabis et les complots étatiques visant à l'éradiquer. Des ruptures de ton assommantes.

Le coup de grâce est asséné en épilogue, à l'occasion de ce fameux souper où quelques notables de la ville et politiciens africains, tous gelés ben dur bien malgré eux, perdent la tête - certains avec les culottes aux genoux... - dans un joyeux bordel digne d'un téléroman de Marcel Gamache.

L'héroïne et ses fidèles serviteurs en profitent pour prendre la poudre d'escampette et aller refaire leur vie incognito, ni vu ni connu, en Afrique s'il vous plaît, après avoir quasiment provoqué un krach mondial avec leur fameux repas, excusez du peu.

Vraiment, il faut en avoir fumé du bon... Normand Provencher, Le Soleil *

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Extrait: la première page

LA BONNE NOUVELLE

- Mon téléphone vibre, Lilly. J'ai les mains dans la farine.

Elle pige dans le creux de mes seins et en sort mon petit cellulaire.

- C'est Robert, dit-elle. 

- Réponds, le temps que je me lave les mains. Elle déplie mon cellulaire. 

- Bonjour, Robert, c'est Lilliane. Joséphine a les deux mains dans la pâte et... Elle pose l'appareil sur sa poitrine. 

- Vite! Il dit que c'est urgent! Mon coeur fait un bond. J'agrippe le téléphone, les mains enduites de pâte mouillée. Et si c'étaient les enfants? Ou Robert? Dernièrement, je trouve mon mari très préoccupé, nerveux même. Pourtant, il dit que ça va bien à son travail malgré la crise financière qui balaie les continents. Sauf qu'il occupe la place la moins enviable qui soit : directeur de la plus grosse banque du pays. Mais Robert maintient le cap. Pas de souci, ma chérie. Il me le répète chaque fois que je fais une remarque au sujet de l'actualité.

Il est parti en bas de l'échelle. En vingt-cinq ans seulement, le simple comptable qu'il était s'est taillé un succès notable dans le monde financier. Dévoué, persévérant, honnête; c'est mon mari, ça, mon beau Bobby.

Ah! Il n'y a que moi par contre qui puisse l'appeler Bobby.

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