Le livre de la semaine: Le poids de la neige 

CHRISTIAN GUAY-PÉLOQUIN, Le poids de la neige (La Peuplade) (Infographie Le Soleil)

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(Québec) CHRISTIAN GUAY-PÉLOQUIN, Le poids de la neige (La Peuplade)

L'histoire : C'est l'histoire d'un homme blessé, dépendant de celui qui doit le soigner sans l'avoir souhaité. C'est une histoire d'hiver et d'isolement, où les doutes s'accumulent au même rythme que la neige qui tombe. Le dégel fera-t-il fondre les derniers instincts de survie ou réveillera-t-il plutôt la bête endormie qui sommeille en chacun des survivants de ce trop long hiver? Tout en l'espérant, personne ne sait ce que réserve le printemps.

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L'auteur : Le poids de la neige est le deuxième roman de Christian Guay-Poliquin, 34 ans, originaire de Saint-Armand, en Montérégie. Paru en 2013, Le fil des kilo-mètres a été très bien reçu et a été traduit en anglais. L'auteur dit croire «que les arts du récit sont intimement liés à la vie pratique et à une attention aux détails».

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Intime traversée de l'hiver

CRITIQUE / Il y a d'abord eu Le fil des kilomètres, dans lequel un fils décidait de rentrer au bercail, 10 ans après avoir quitté son village natal, pour y retrouver son père. Le mécanicien anonyme - vraisemblablement jeune trentenaire - venait d'être plaqué par une femme; le pays, d'être subitement plongé dans le noir. Il fuyait donc par en avant, dans un contexte un brin apocalyptique.

Christian Guay-Poliquin inscrivait son premier roman dans le mouvement et l'urgence. Cette fois, il contraint ses personnages à l'immobilité et à l'attente, ensevelis qu'ils sont «vingt mille lieues sous l'hiver» et «le poids de la neige» qui ne cesse de tomber. On retrouve donc ledit mécanicien à la suite de l'accident qui l'a précédemment laissé sérieusement blessé au bout de sa route. L'électricité manque toujours, et l'hiver cristallise l'isolement et les doutes dans lesquels le village est confiné. Le trentenaire est pris en charge par le vieux Matthias. Qui, lui, rêve de retourner en ville pour s'occuper de sa femme malade. Or, s'ils veulent survivre au froid et à la famine, les deux hommes vont devoir apprendre à cohabiter, à partager le peu qu'ils ont et, surtout, à se faire confiance.

Après avoir fait défiler les réflexions de son «héros» (sur son lien avec son père, le couple, la part de fiction et de vérité dans les histoires qu'on se raconte...) au gré des kilomètres, l'auteur exacerbe ici les petites et grandes passions, peurs et trahisons de l'humain qui, lorsque confronté à la mort, au silence, à l'ennui et à l'incertitude, demeure capable du meilleur comme du pire.

À mesurer ainsi le désarroi de ses protagonistes au fur et à mesure que s'accumule la neige (jusqu'à atteindre 253 centimètres!), Christian Guay-Poliquin aurait pu s'enliser dans une contemplation engourdissante. Il offre plutôt, avec ce quasi-huis clos, un hymne à la fois sombre, envoûtant et poétique à la résilience nécessaire pour traverser l'hiver, et ce, à quelques semaines de voir les premiers flocons couvrir le sol.  Valérie Lessard, Le Droit ***1/2

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En attendant le printemps

CRITIQUE / «Je ne suis pas ton médecin, je ne suis pas ton ami, je ne suis pas ton père, tu m'entends? On passe l'hiver ensemble, on le traverse, puis c'est fini.» Cette phrase, elle vient de Matthias et s'adresse au narrateur du percutant Le poids de la neige. Pas médecin ni ami, mais sorte de protecteur obligé par le triste sort qui a touché un petit village coupé du monde, coincé sans électricité sous des tonnes de neige. 

C'est sauve-qui-peut dans ce village, et Matthias s'est vu confier la garde du «fils du mécanicien», un jeune homme sorti lourdement amoché d'un accident de la route. L'entente : Matthias prend soin du blessé cloîtré sous promesse d'obtenir une place dans un convoi pour quitter le printemps venu et, espère-t-il, retrouver sa femme. Mais d'ici là, il y a l'hiver et cette relation obligée que les deux hommes devront subir ou construire. 

Les journées sont longues, notre blessé souffre, et la plume de Christian Guy-Poliquin décrit formidablement l'inconfort quotidien de ce huis clos hivernal où tout est rationné. Ses mots résonnent fort pour montrer à quel point la nature peut dicter sa loi.

Les lecteurs du premier roman de l'auteur, Le fil des kilomètres, retrouveront le personnage qui avait roulé des milliers de kilomètres avant le terrible accident. Mais ceux qui, comme moi, n'ont pas lu ce roman de route ne seront pas déstabilisés tant Le poids de la neige porte son propre univers de glace.

Malgré ce «décor sans issue» où «la neige crève les yeux», on ne s'ennuie pas une seconde au fil des pages où, comme la neige qui finira bien par fondre, nos deux personnages nourrissent le rêve de l'après. Après la souffrance et la solitude. Après l'hiver.  Valérie Gaudreau, Le Soleil ***1/2

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Extrait: la première page

«La neige règne sans partage. Elle domine le paysage, elle écrase les montagnes. Les arbres s'inclinent, ploient vers le sol, courbent l'échine. Il n'y a que les grandes épinettes qui refusent de plier. Elles encaissent, droites et noires. Elles marquent la fin du village, le début de la forêt.

Près de ma fenêtre, des oiseaux vont et viennent, se querellent et picorent. De temps à autre, l'un d'eux observe la tranquillité de la maison d'un oeil inquiet.

Sur le cadre extérieur, une fine branche écorcée a été fixée à l'horizontale, en guise de baromètre. Si elle pointe vers le haut, le temps sera clair et sec; si elle pointe vers le bas, il va neiger. Pour l'instant le temps est incertain, la branche est en plein milieu de sa trajectoire.

Il doit être tard. Le ciel gris est opaque et sans aucune nuance. Le soleil pourrait être n'importe où. Quelques flocons virevoltent dans l'air en s'accrochant à chaque seconde. À une centaine de pas de la maison, dans l'éclaircie, Matthias enfonce une longue perche dans la neige. On dirait le mât d'un bateau. Mais sans voile ni drapeau.»

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À venir

  • 29 octobre: Lucie Pagé, Sexe, pot et politique (Libre Expression)
  • 5 novembre: Jack Thorne, Harry Potter et l'enfant maudit (Gallimard)
  • 12 novembre: Imbolo Mbue, Voici venir les rêveurs (Belfond)

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