Le livre de la semaine: Écoutez nos défaites 

LAURENT GAUDÉ, Écoutez nos défaites (Actes Sud/Leméac) (Infographie Le Soleil)

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LAURENT GAUDÉ, Écoutez nos défaites (Actes Sud/Leméac)

L'histoire: Laurent Gaudé signe un roman qui parle des guerres d'Hannibal, du général Grant et de l'empereur éthiopien Hailé Sélassié. Il raconte aussi l'histoire fictive d'Assam et de Mariam, un Français et une Irakienne qui partagent une nuit d'amour et des mots réconfortants. Chacun va de son côté: Assam traque un ancien membre des commandos américains, Mariam tente de sauver les trésors de musées bombardés. La guerre est partout, il n'y a jamais de victoires, seuls l'espoir et la lucidité sont gages d'humanité.

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Jacques Gavard

L'auteur: Laurent Gaudé est né en 1972 à Paris. Il entreprend à 25 ans une carrière de dramaturge, puis quelques années plus tard, de romancier. Plusieurs de ses romans ont été primés, dont Le soleil des Scorta, pour lequel il a remporté le Prix Goncourt 2004. Son oeuvre est aujourd'hui traduite dans le monde entier.

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Densité extrême et cruelle lucidité

CRITIQUE / Écoutez nos défaites, le dernier roman de Laurent Gaudé, est une oeuvre d'une densité extrême. Il est question de guerres, de défaites et de victoires qui n'en sont pas, car jamais elles ne clôturent «vraiment un état de guerre», ni ne construisent la paix.

Voilà le postulat pessimiste de ce livre qui sollicite trois héros de l'histoire: Hannibal qui a traversé les Alpes avec des éléphants pour tenter de conquérir Rome; le général Ulysses S. Grant, commandant des armées nordistes durant la guerre de Sécession; et Hailé Sélassié, dernier empereur d'Éthiopie, amer devant l'occupation italienne.

Gaudé fait avancer son récit en intercalant les guerres des uns et des autres dans de courts passages syncopés qui suivent une trame chronologique facilitant la lecture. On pourrait y voir une oeuvre historique. Mais l'auteur, habile, sonde l'âme de ces hommes, leur prêtant des sentiments, révélant leur culpabilité et leur honte face à ces batailles qui ne font que des perdants, puisque les morts s'amoncellent même dans le camp des gagnants.

«La victoire est une épreuve», analyse Grant, qui se sent «humilié» face à l'ennemi en haillons. «... l'homme est allé si loin qu'il n'en était plus un», constate-t-il.

Le coeur du roman met en scène deux personnages fictifs de notre époque. Assem, un agent de renseignement français, doit retrouver un ancien membre des commandos d'élite américains. Ce dernier était de ceux qui ont tué Ben Laden à Abbottabad, ce qui donne lieu à des passages surprenants. 

Assem a croisé le chemin de Mariam, une archéologue irakienne. Leur nuit d'amour ainsi que le souvenir qu'elle leur a laissé et l'espoir qu'elle sème sont les rares moments lumineux de ce roman sombre.

De prime abord, la lecture est déroutante. Mais on se laisse avaler par la puissance de l'écriture, par l'érudition de l'auteur et par sa façon inédite de construire un récit en entremêlant l'histoire et la fiction avec une cruelle lucidité. Michèle LaFerrière, Le Soleil ****

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La laideur des victoires

CRITIQUE / La victoire existe-t-elle réellement? De quoi est-elle construite sinon de défaites, de laideur, de mort? Cette question, Laurent Gaudé l'explore sous tous ses angles dans son plus récent roman, Écoutez nos défaites.

Rapidement, Écoutez nos défaites donne l'impression que Gaudé a déguisé en roman un essai sur l'absurdité de la guerre. Par l'entremise de ses personnages, il accumule les questions et les réflexions sur les effets des conflits armés, comment ils transforment les hommes, les détruit.

L'exercice devient toutefois lassant, car Gaudé finit par répéter le même mantra, soit par la bouche d'Assem Graïeb, agent dans les services de renseignements français, de Mariam, archéologue irakienne avec qui il a vécu une nuit d'amour ou de Sullivan Sicoh, un militaire déserteur soupçonné de divers trafics qu'Assem doit neutraliser en guise de mission ultime.

La passion que l'auteur entretient pour l'histoire prend aussi une place considérable sous forme d'incursions intimes dans la tête de mythiques héros victorieux: Hannibal marchant vers Rome, le général Ulysses S. Grant durant la Guerre de sécession américaine et l'empereur éthiopien Hailé Sélassié résistant à l'envahisseur italien.

D'un paragraphe à l'autre, on voyage entre les personnages dans une mosaïque d'histoires qui se font écho à travers les époques. Même si cette structure hachurée est bien huilée, elle n'en demeure pas moins frustrante. Le lecteur n'a jamais le plaisir de s'immerger dans la vie d'un personnage sans s'en faire aussitôt extirper. Il en résulte une trame narrative qui fait pratiquement du surplace, créant par le fait même une désagréable impression de lourdeur.

Tout compte fait, c'est le style de Laurent Gaudé, empreint d'images fortes et d'un grand lyrisme, qui prend la vedette du roman.

Dans le contexte de lutte contre le terrorisme, Écoutez nos défaites propose une douloureuse mais nécessaire réflexion. À lire tranquillement, puis à méditer. Sarah Saïdi, La Tribune ***

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Extrait: la première page

«Tout ce qui se dépose en nous, année après année, sans que l'on s'en aperçoive: des visages qu'on pensait oubliés, des sensations, des idées que l'on était sûr d'avoir fixées durablement, puis qui disparaissent, reviennent, disparaissent à nouveau, signe qu'au-delà de la conscience quelque chose vit en nous qui nous échappe mais nous transforme, tout ce qui bouge là, avance obscurément, année après année, souterrainement, jusqu'à remonter un jour et nous saisir d'effroi presque, parce qu'il devient évident que le temps a passé et qu'on ne sait pas s'il sera possible de vivre avec tous ces mots, toutes ces scènes vécues, éprouvées, qui finissent par vous charger comme on le dirait d'un navire. Peut-être est-ce cela que l'on nomme sagesse: cet amas de tout, ciel d'Afrique, serments d'enfants, courses poursuites dans la médina de Tanger, visage de Shaveen, la combattante kurde aux lourdes tresses noires, tout, les noms utilisés, les rendez-vous pris, les hommes abattus et ceux protégés, je ne peux pas, moi, sagesse de quoi, cet amas vivant ne me sert pas à être plus clairvoyant, il ne me pèse pas non plus, non, c'est autre chose: il m'aspire. Je sens de plus en plus souvent mon esprit invité à explorer ce pays intérieur.»

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À venir

1er octobre: Sophie Bienvenu, Autour d'elle (Cheval d'août)

8 octobre: Yves Beauchemin, Les empocheurs (Québec Amérique)

15 octobre: Ying Chen, Blessures (Boréal)

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