Le livre de la semaine: Les filles de l'Allemand

ANNIE-CLAUDE THÉRIAULT, Les filles de l'Allemand (Marchand de... (Infographie Le Soleil)

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ANNIE-CLAUDE THÉRIAULT, Les filles de l'Allemand (Marchand de feuilles)

L'histoire : Des soeurs jumelles sont séparées durant leur tendre enfance. Par leur père, un Allemand froid, au regard fuyant. Meurtries, Rose et Marguerite auront droit à un destin rocambolesque mais tragique. Le poids qu'elles portent semble déferler sur leurs descendants. Un récit qui s'étale sur quatre générations, des années 1910 à aujourd'hui, du Nouveau-Brunswick, au Maine, en passant par Paris.

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Le Droit

L'auteure : Née à Ottawa en 1978 de parents acadiens, Annie-Claude Thériault enseigne la philosophie à Montréal. Elle a remporté le Prix de la nouvelle Radio-Canada en 2015 avec L'abattoir, et le Prix des lecteurs Radio--Canada avec son premier roman, Quelque chose comme une odeur de printemps, en 2012.

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Enfances gâchées

CRITIQUE / Qu'arrive-t-il lorsqu'on sépare des jumelles qui ne se lâchent jamais la main en plein coeur de l'enfance, qu'on les livre à elles-mêmes ou aux autres? Ce qui doit arriver. Des blessures au coeur, au corps, qui durent toute une vie. 

On n'arrive pas à décrocher de ce roman. Parfois, certains passages macabres nous laissent un goût amer dans la bouche. On ferme alors le bouquin pour quelques minutes, le temps de se changer les idées un peu, de décrocher de cet univers tendu, un peu glauque. 

Mais on y revient, inlassablement. Parce que l'intrigue est bien ficelée et le rythme, soutenu. Parce qu'on veut percer le mystère de Janowski, qui semble aimer plus les animaux que les humains. Parce qu'on s'inquiète des jumelles Rose et Marguerite. Parce qu'on s'attache à Louis et à Mai, avant de soupirer devant les frasques de Léon. Enfin, on s'identifie à Émy et Lily, qui cherchent à comprendre leur passé, dans cette maison de campagne de Lavillette où le temps semble suspendu. 

Les aventures qui attendent les héros changeants de ce récit sont hautes en couleur, mais en y pensant bien, elles sont pour la plupart réalistes. Parce que ce monde, le Canada, les États-Unis et l'Europe au temps de la Seconde Guerre mondiale, est un monde dur où espionnage, trahison, pauvreté et voyages pénibles sont monnaie courante. 

Le livre est une réflexion sur la force de l'hérédité, sur les destins qui se croisent et sur les hasards qui parfois n'en sont pas. 

La fin du bouquin laisse quelques ficelles en suspens. On en ressort toutefois avec le sentiment que les traumatismes de l'enfance laissent des marques, des marques qui prennent parfois plusieurs générations avant de s'effacer ou qui ne s'effacent jamais complètement. Patricia Cloutier, Le Soleil *** 1/2

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L'arrachement en héritage

CRITIQUE / L'Allemand, aussi surnommé «le Rachitique» ou «le manchot», c'est cet homme aux traits émaciés dont la cruauté n'a d'égal que la perversion. Un infâme personnage reconnu pour sa douance avec les animaux, mais qui vend l'une de ses deux jumelles avec plus d'aisance qu'il n'achève une bête souffrante. 

Dans ce deuxième roman, Annie-Claude Thériault nous immerge donc au coeur du destin tortueux de ces deux soeurs, Rose et Marguerite, qui porteront en elles cette dislocation forcée jusqu'à en transmettre la douleur aux générations qui les suivront. 

Mais à travers un voyage de Berlin au New Hampshire à La Villette en France, en passant par le Nouveau-Brunswick, où un sous-marin émergera de la baie des Chaleurs, on découvrira que du chaos peut parfois naître la lumière. Car malgré la puissance de l'hérédité et les vices qu'elle transmet, les longues mains effilées de leur père n'auront pas tout pris à Rose et à Marguerite. 

Empreint d'une sublime poésie, Les filles de l'Allemand est un roman humain et touchant, où l'action se succède à un rythme qui fait défiler ses 352 pages en moins de temps qu'il ne le faut pour apprécier la plume agile et limpide de son auteure. 

Dans la première moitié, Thériault sautille si rapidement d'un personnage à l'autre qu'on en ressort un peu étourdi, mais la deuxième partie nous laisse heureusement davantage le temps de profiter de la profondeur des descendants de l'Allemand. 

Et si, à un certain point, on se demande comment l'auteure parviendra à tisser des liens pertinents entre les multiples personnages qu'elle introduit et à faire sens de ce périple où se côtoient cirque, espionnage et secrets de famille, l'épilogue nous confirme qu'aucun détail n'a inutilement noirci les pages de ce remarquable bouquin. Catherine Montambeault, La Tribune *** 1/2

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Extrait: la première page

«Mai nous a laissées vider la chambre de grand-maman. Ni elle ni Léon ne semblaient avoir envie de se plonger dans toute cette intimité. Rose si discrète. Rose si pudique. Secrète. C'est vrai que c'est un peu un affront de fouiller ainsi dans sa garde-robe. De replier ses chemises de nuit. De chercher à retenir un tout petit peu de son odeur pour une dernière fois. Grand-maman ne nous aurait jamais permis cela. Elle nous aurait dit de tout jeter. De ne surtout pas regarder le désordre. Elle nous aurait dit de ne pas nous occuper de ses choses à elle.

Lily et moi avons doucement mis tout son linge dans des boîtes. Mai nous avait dit qu'elle ne voulait rien garder. Qu'elle avait déjà ce à quoi elle tenait le plus : le tablier de grand-maman et le petit foulard rouge qu'elle portait toujours sur ses cheveux dès qu'elle travaillait.

Léon, lui, n'avait pas dit grand-chose. Il était resté dans sa petite maison, en haut. La mort de sa mère l'avait secoué beaucoup plus qu'il ne le croyait. Comme si le fait qu'elle ne soit soudainement plus là fixait à jamais leur histoire à tous les deux. Une histoire qui ne pourrait donc plus être faite.»

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À venir

24 septembre: Laurent Gaudé, Écoutez nos défaites (Actes Sud/Leméac)

1er octobre: Sophie Bienvenu, Autour d'elle (Cheval d'août)

8 octobre: Yves Beauchemin, Les empocheurs (Québec Amérique)

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