Le livre de la semaine: Le sans-papiers

LAWRENCE HILL, Le sans-papiers (Pleine lune) (Infographie Le Soleil)

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LAWRENCE HILL, Le sans-papiers (Pleine lune)

L'histoire: Keita a un réel talent pour la course. Au point de rêver de représenter son pays aux Olympiques. Le Zantoroland est toutefois déchiré entre Faloos et Kanos. Résultat? Keita est obligé de se réfugier sur l'île voisine de Libertude. Où le gouvernement vient d'être élu en promettant d'évincer les sans-papiers y survivant tant bien que mal. Son entraîneur lui ayant volé ses preuves d'identité, Keita doit donc continuer de courir. Pour sauver sa vie et sa famille.

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Le Droit

L'auteur: Titulaire d'un baccalauréat en sciences économiques de l'Université Laval, Lawrence Hill, 59 ans, né en Ontario, a d'abord tâté du journalisme au Globe and Mail de Toronto et, à titre de correspondant parlementaire à Ottawa, pour le Winnipeg Free Press. Son roman Aminata (The Book of Negroes, 2007) a remporté une pléiade de récompenses littéraires, dont le Commonwealth Writer's Prize et le prix Pierre-Berton, prix d'histoire du Gouverneur général du Canada. Le sans-papiers (The Illegal) a gagné le prix Canada Reads décerné par la CBC.

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Le marathon de la (sur)vie

CRITIQUE / Difficile de lire Le sans-papiers pendant les Jeux de Rio sans imaginer qu'une ou un athlète africain y ayant pris le départ d'une course n'ait vécu, du moins en partie, le sort du héros de Lawrence Hill. Car Keita, adolescent, court en caressant l'espoir de porter les couleurs de son pays aux Olympiques. Il a les jambes pour, d'ailleurs. Or, il voit plutôt sa mère mourir et son père torturé parce que sa famille n'abonde pas dans le sens du clan au pouvoir, dans son Zantoroland natal, déchiré par les tensions ethniques. Attiré en Libertude par un entraîneur sans scrupule, Keita fuit les autorités au lieu d'appeler à l'aide alors que sa soeur et lui sont en danger. Et court encore, toujours. Cette fois pour survivre.

Hymne aux coureurs de fond (Lawrence Hill est lui-même amateur de marathons), le roman jette un regard pertinent (bien que parfois trop romancé) sur la cruelle réalité des sans-papiers, leurs inhumaines conditions de vie. Et, surtout, sur ceux qui usent et abusent de leur situation pour se faire du capital politique ou asseoir leurs pouvoir et richesse. Parmi les personnages les plus crédibles et complexes que l'Ontarien met en scène, Lula se détache nettement du peloton. Cette femme, à la générosité calculée, règne par la peur sur «son» camp de réfugiés (la Petite Afrique, digne des favelas du Brésil) et incarne à elle seule toutes les ambivalences d'un mode de survie érigé en système : ce que Lula donne d'une main, elle magouille habilement pour le reprendre de l'autre...

Par ailleurs, par sa géographie en partie utopique, Lawrence Hill évite d'avoir à correspondre à la réalité d'un gouvernement ou d'un pays en particulier. Il laisse ainsi au lecteur la latitude de faire ses propres liens avec l'actualité et l'histoire. Impossible, toutefois, de ne pas voir un peu, beaucoup du Rwanda et de l'Afrique du Sud dans les Zantoroland et Libertude qu'il décrit. Tout comme on ne peut s'empêcher de voir dans Keita ces milliers de sans-papiers survivant dans les marges de l'Europe, entre autres...  Valérie Lessard, Le Droit  ***

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Cours, Keita, cours...

CRITIQUE / Cette fiction sur le sort des réfugiés illégaux relève d'une cruelle actualité. Les pays imaginaires que sont Zantoroland et Libertude renvoient le lecteur à toutes ces contrées ravagées par les guerres et les dictatures, que les habitants quittent comme ils peuvent, souvent au péril de leur vie. «Ils doivent être certains de mourir s'ils restent et de n'avoir rien à perdre en essayant de fuir», note l'auteur. 

En outre, dans ce pays prospère qu'est Libertude mais qui fait la chasse aux sans-papiers, comment ne pas voir un rapprochement entre cette zone délabrée, baptisée La petite Afrique, et ce bidonville qui a pris racine à Calais, dans le nord de la France, au grand dam de la population locale.

À travers les histoires entrecroisées de plusieurs personnages, dont le marathonien Keita, qui multiplie les compétitions afin d'amasser l'argent nécessaire pour sauver ce qui lui reste de famille, Lawrence Hill propose une incursion, souvent palpitante, dans un univers sans foi ni loi, où les politiciens n'hésitent pas à user de vils procédés pour faire de l'argent sur le dos de ces déshérités.

La plume de Hill est fluide et imagée, se collant au plus près au destin de ses acteurs qui, heureusement, pour la plupart, redonnent confiance en l'humanité. L'amateur de course à pied appréciera particulièrement les nombreuses descriptions de marathons, qui dépeignent avec justesse l'extrême souffrance des athlètes. On se croirait presque à battre la semelle sur le macadam avec lui...

Ici et là, malgré la dureté du récit, Hill se laisse aller à quelques clins d'oeil humoristiques. Comme celui-ci : «Si, à 28 ans, tu commences ta carrière comme conservateur, où cela peut-il mener? Il ne reste que le fascisme.»  Normand Provencher, Le Soleil  *** 1/2

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Extrait: la première page

PROLOGUE Libertude, 2018

«Retourne dans ton pays.»

Ces mots viennent du coureur à la gauche de Keita. Un Blanc, sûrement de Libertude. Cheveux bruns flasques, ballot- tant au rythme de ses foulées. Bras trop élevés. Allure désordonnée. La course est la danse la plus gracieuse au monde. Keita a été entraîné à voir ses jambes comme des roues. Il a appris à toucher le sol sans faire de bruit, à transférer son poids sur la plante des pieds, à rouler les orteils et à passer plus de temps en suspension qu'au contact du sol. N'importe qui peut courir, mais rares sont ceux qui le font avec élégance. Le rival de Keita court comme sur des pneus à plat. Keita ne souffle mot. Fait semblant de ne pas comprendre l'anglais ni de le parler. Se contente de courir.

Derrière son épaule, le coureur répète : «Retourne dans ton foutu pays.»

Il est grossier. Il mérite de souffrir. Keita allonge le pas. Tôt ou tard, le rustre commencera à avoir mal. Tout le jeu consiste à infliger à son adversaire plus de douleur qu'on en ressent. Keita, étranger sur un territoire étranger, dont la seule faute est d'exister là où sa présence est illégale, utilisera donc la vitesse pour briser cet homme.

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