Le livre de la semaine: Faims

PATRICK SENÉCAL, Faims (Alire) (Infographie Le Soleil)

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PATRICK SENÉCAL, Faims (Alire)

L'histoire: Un cirque ambulant hors du commun arrive dans la petite ville de Kadpidi et vient ébranler la tranquillité de ses citoyens. À travers leur façon d'agir, leur fête foraine et leurs performances, les membres du Humanus Circus font ressortir les envies de justice et les faims refoulées par les valeurs imposées par la société et ses lois.

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Patrick Senécal

Photo André Pichette, archives La Presse

L'auteur: Originaire de Drummondville, Patrick Senécal a d'abord été enseignant au cégep avant d'écrire son premier roman noir en 1994. Le «Stephen King québécois» a maintenant couché sur papier une vingtaine de nouvelles et de romans pour adultes et jeunesse, dont quatre ont été transposés à l'écran comme films ou comme websérie. Faims est son 12e roman.

Satiétés

CRITIQUE / S'il fallait résumer Faims en une seule phrase, le synopsis irait comme suit : une bande d'artistes de cirque, des weirdos à temps plein, débarquent dans une petite ville tranquille et foutent tout en l'air.

Mais ils foutent tout en ladite air avec un savoir-faire spectaculaire. Le Humanus Circus, l'attraction de l'été à Kadpidi, joue sur les cordes sensibles des spectateurs en faisant ressurgir leurs pulsions les plus primaires. Ils aiment, ils n'aiment pas, mais chose certaine, l'indifférence n'est pas une option devant ce freak show. Idem pour le lecteur; on aurait pris plus de scènes de cirque, narrées par une plume délicieusement graphique. Le tout tissé sur une fresque sociale riche qui plaira sans doute aux fans de Patrick Senécal.

Bref, les marginaux poussent les tranquilles Kadpidiens à s'abandonner à leur tigre intérieur. Évidemment, le résultat est désastreux.

Et on est presque contents pour eux.

Pour un roman qui porte sur les impulsions, on se serait attendu à un récit plus... impulsif. Le sang, les meurtres au râteau et les drames familiaux mis de côté, les artistes auront eu le mérite d'avoir pimenté le quotidien terriblement aseptisé des «normaux», des moldus. Le personnage principal, Joël Leblanc, moisit dans sa vie prévisible avec ses deux ados et sa femme de 20 ans avec qui toute passion a disparu depuis longtemps. Et l'auteur aime nous le rappeler. Souvent. Probablement était-ce son intention, que de faire ressentir au lecteur la lassitude des personnages par rapport à leur propre existence. Peut-être n'ai-je pas le vécu pour m'identifier à eux. Mais l'histoire devient parfois redondante, et l'intrigue prend tant de pages à décoller que j'ai commis un crime contre la littérature...

J'ai sauté des pages.

Ce sera notre secret. Vous, moi, et tous les autres lecteurs des journaux du Groupe Capitales Médias.

Mais sachez, lecteurs, que Faims finit par rassasier. Car la fin, elle, n'a absolument rien d'ennuyeux. Promis, juré.  Catherine Morasse, Le Droit ***1/2

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De travers en travers

CRITIQUE / Que faites-vous de ces envies refoulées, de ces besoins cachés au plus profond de vous? Chaque être humain a ses coins sombres et c'est ce qu'exploite avec un effet coup de poing le roman Faims, signé Patrick Senécal.

Les mots sont simples mais percutants. Senécal a su, par la candeur de son écriture, amener un sujet complexe. Porté par l'histoire, le lecteur se laisse prendre au jeu et va même jusqu'à appuyer les impulsions du personnage principal.

Par le dernier polar de l'auteur, l'histoire se transporte dans une ville de 20 000 habitants où un cirque ambulant vient s'établir pour un mois. Et on ne parle pas de n'importe quel cirque. Composé de seulement quelques membres, le Humanus Circus vient perturber son public avec des performances discordantes aux sous-entendus parfois grossiers.

Évidemment, quand on lit Patrick Senécal, on est en droit de s'attendre à des scènes crues, tordues et déroutantes. Mission accomplie. Il fait par ailleurs une critique de la société avec des chapitres où plane l'ironie des situations stéréotypées.

Faims vient prouver également qu'on peut sortir du trop souvent exploité plan de travail «crime, enquête, dénouement» dans un roman policier. Au contraire, les travers et les questionnements de l'enquêteur Joël Leblanc sont scrutés. Et contrairement à une majorité de romans policiers, les pages ne se terminent pas avec l'arrestation du criminel, le mobile n'est pas évident et il faudra attendre plusieurs chapitres avant d'en connaître la nature.

Plusieurs personnages occupent les pages, ce qui peut parfois confondre. Les lecteurs assidus de Patrick Senécal seront ravis d'apprendre le retour de la Reine rouge. Sous un nom d'emprunt, elle n'a pas fini d'étonner. On remercie Senécal d'ailleurs de nous rappeler où on l'a rencontrée par le passé. Cynthia Laflamme, La Voix de l'Est  ****

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Extrait: la première page

Septembre 1980

La détonation, assourdissante, balaya brutalement la quiétude et l'ordre qui régnaient jusqu'à maintenant.

Une légion de petits animaux invisibles fuirent la clairière vers les profondeurs de la forêt, quelques oiseaux s'envolèrent dans le ciel troué d'une pleine lune laiteuse; dans l'agonie de l'écho de la déflagration s'éleva un hurlement.

L'enfant de huit ans, qui venait tout juste de remonter son pantalon de pyjama après avoir uriné contre un arbre, sursauta et se retourna vers la tente-roulotte, à une vingtaine de mètres de lui. Dans les cris qui éclatèrent, il reconnut la voix de sa mère, même s'il ne l'avait jamais entendue émettre des sons aussi affreux. Il distingua des mots, comme «pourquoi», «non», et surtout «Normand», le nom de son père, répété plusieurs fois. Puis, une autre explosion, un nouveau frémissement, et les cris cessèrent.

L'enfant n'avait pas bronché. Il regardait toujours le véhicule, modestement éclairé par les deux lanternes plantées tout près. Il réalisa qu'il n'avait pas expiré d'air depuis la première détonation et il prit une grande inspiration.

La portière s'ouvrit enfin en produisant son grincement habituel, poussée par un homme maigre et de haute taille.

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Échos des lecteurs

À propos du livre Les maisons de Fanny Britt

Le métier d'agent immobilier fait rêver, comme une porte ouverte sur la vie des autres. C'est un métier un peu voyeur. Comme celui de lecteur, non? Dans Les maisons, Fanny Britt nous projette dans le monde de Tessa comme elle se projette dans celui de ses clients. Sa valse-hésitation semble lente, peu palpitante, mais les détails ne mentent pas : le bricolage scolaire transporté dans le coffre de l'auto, la petite robe choisie pour le rendez-vous avec Francis malgré la température trop fraîche... Les maisons est une porte ouverte sur la vie d'une femme ordinaire. Annie Pronovost, Québec

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  • 30 juillet: Jean-Christophe Grangé, Lontano (Albin Michel)
  • 6 août: spécial Anne Hébert

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