Le livre de la semaine: L'oeil du diable - 1685

NICOLE CASTÉRAN, L'oeil du diable, tome 1: 1685... (Infographie Le Soleil)

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NICOLE CASTÉRAN, L'oeil du diable, tome 1: 1685 (Libre Expression)

L'histoire: En 1685, le séduisant Michel Figeac s'installe en Nouvelle-France pour devenir chirurgien du roi. Hébergé par le riche marchand Lamorille, il a laissé en France, pour des raisons obscures, la mystérieuse Sarah, dont il se languit. Il prend sous son aile Baptiste, dont le père n'a pas survécu à la traversée. À Québec, Michel rencontre Mathilde, une servante dont les yeux vairons lui valent une réputation de sorcière. Il s'éprend de la belle et généreuse Marianne, la fille du greffier. Il croise des autochtones et des personnages historiques.

L'auteure: Géographe et traductrice, Nicole Castéran a publié plusieurs articles dans divers livres et revues d'histoire et rédigé de nombreux rapports de recherche historique. Après la parution en 2010 du roman Les saisons du destin - Une année en Nouvelle-France, aux Éditions Libre Expression, elle signe avec L'oeil du diable - 1685 le premier tome d'une série.

Une histoire dépourvue d'émotion

CRITIQUE / Le premier tome d'une série se doit d'être captivant. Sinon, le lecteur décrochera... à moins d'être critique de livres et d'être tenu de se rendre jusqu'à la dernière page d'une brique qui en compte 340, glossaire non compris.

Le premier tome de L'oeil du diable, de Nicole Castéran, était pourtant plein de promesses: un médecin qui s'installe en Nouvelle-France au début de la colonie, des peuples autochtones à apprivoiser, des guerres, des secrets, un quotidien âpre, des destins imprévisibles. 

Et pourtant, on s'ennuie. Pourquoi? Parce qu'il n'y a pas de moment fort. En fait, il y en a un, la mort d'un nouveau-né et le rôle de la jeune sage-femme. Mais comme il n'y a pas de montée dramatique menant à ce moment pivot de l'histoire, on ne s'émeut pas. L'accouchement survient alors que le lecteur ignorait la grossesse de la maman, un personnage secondaire.

On s'étonne, cependant, d'apprendre qu'à l'époque, des procès pouvaient être faits aux cadavres accusés de s'être suicidés. On les jugeait comme des vrais meurtriers, raconte Nicole Castéran, en les assoyant «tant bien que mal dans un coin». Voilà un court segment du roman instructif et fort bien raconté.

Fictifs ou historiques, les personnages sont nombreux. Plusieurs sont mal définis. D'autres sont carrément stéréotypés et n'échappent pas à la conception manichéenne du bon et du mauvais : le médecin parfait, le fils malveillant du riche marchand, la servante injustement traitée, l'homme qui l'aime en secret.

Nicole Castéran écrit bien. Le vocabulaire, la syntaxe, la ponctuation : tout est impeccable, presque trop. L'auteure s'efface derrière un style aseptisé et des verbes conjugués au passé simple. Elle ne fait aucune dérogation à la chronologie.

En revanche, ses descriptions de Québec sont réussies. C'est le point fort de son roman. La rivière Saint-Charles, la côte de la Montagne, l'Hôtel-Dieu : le lecteur qui connaît la ville suivra les déambulations des personnages avec plaisir.

L'auteure restitue aussi avec réalisme les décors des masures et des maisons bourgeoises. De toute évidence, elle a fait ses recherches. Sa connaissance de l'histoire donne de la crédibilité à ce roman qui a mérité, en 2016, le prix littéraire LeDroit, dans la catégorie Fiction. Michèle LaFerrière, Le Soleil **

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Une mièvre épopée

CRITIQUE / On aurait eu envie que l'auteure nous fasse redécouvrir la Nouvelle-France à travers les péripéties de son protagoniste, un chirurgien élevé chez les Moines; qu'une perspective nouvelle soit jetée sur les classiques de notre histoire - attaques des Anglais, comptoir de traite, exils, grossesses non souhaitées - dans le récit «captivant» que promettait la quatrième de couverture. 

C'est plutôt au quotidien banal du Québec de 1685 qu'on nous convie dans la première moitié du livre, devenant les témoins de conversations à table à n'en plus finir et d'autant de malades soignés par les vertus d'onguents à base de plantes. 

Il est vrai que l'univers physique du récit est bien campé sous la plume d'une géographe. Les jardins, les châteaux, les baies : tout se construit en 3D dans notre imaginaire au fil des descriptions soignées. Mais c'est au prix du rythme, qui ne trouve sa cadence qu'à partir du chapitre 7.

«Enfin!» se dit-on, lorsque les filets d'une intrigue commencent à se tisser autour de Mathilde Sigouin, cette Iroquoise soupçonnée de sorcellerie, nous entraînant hors de la colonie le temps d'un périple à travers des territoires maritimes et terrestres que l'on reconnaît bien.

Un récit somme toute passif, chargé d'une généalogie qu'on met du temps à décortiquer et de missives manuscrites qui ponctuent le cours des événements.

Certains férus d'histoire y trouveront leur compte tandis que les amoureux de la langue française ne manqueront pas de remarquer la redondance des procédés stylistiques, donnant parfois dans la facilité - «la douleur de son absence» (quel ennui...)

Dans Google, tapez «loi du fusil de Tchekov» si vous n'y êtes pas déjà familiers : la fiction en fait une utilisation quelque peu maladroite. Marie-Élise Faucher, La Voix de l'Est  **

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Extrait: la première page

Le paquet de lin grège était là, sur le lit, avec les effets qu'il devait emporter. Cinq ans s'étaient écoulés, et il ne l'avait pas encore ouvert. Tout le reste était neuf. Michel commençait une nouvelle vie et rien de ce qu'il mettrait dans sa malle ne le replongerait dans son passé, enfin presque. Mme Mendès l'avait aidé à se procurer tout ce dont il avait besoin pour le grand départ. En réalité, il l'avait docilement suivie ces dernières semaines chez une multitude de marchands bordelais et avait acquiescé avec empressement à toutes ses judicieuses recommandations. Il avait admiré son infaillible aptitude à reconnaître, d'un simple effleurement, le tissu le plus convenable et immanquablement le plus cher. Il s'était étonné de son habileté à négocier les meilleurs prix. Elle ne se montrait jamais opiniâtre ou âpre au gain, mais les marchands finissaient tous par succomber à son humour, à son apparente insouciance, à son irrésistible charme. Elle avait été une véritable mère pour lui, le conseillant sur toutes les subtilités de la vie en société, qu'il n'avait guère eu le loisir d'acquérir pendant ses longues années au monastère. «N'oubliez pas que, en tant que chirurgien du roi et des troupes, vous mangerez à la table de notables, où vous ne pourrez pas vous présenter en habit de bouracan!» Elle l'avait ainsi persuadé de se faire tailler un justaucorps et une culotte dans un drap fin d'Angleterre doublé de moire.

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Échos des lecteurs

À propos du livre Le langage de la meute d'André Alexis

Le langage de la meute est une fascinante fable à propos de l'humanité et est un apologue une fable où les dieux sont plus humains que les humains, où les chiens pensent et parlent. Tout le monde y est malheureux ou presque. Les premières phrases relèvent d'ailleurs du sourire en coin. Les dieux Apollon et Hermès, attablés à une taverne, débattent de la question de l'intelligence et du bonheur. Pour résoudre cette énigme, ils décident de doter de conscience 15 chiens dans la ville de Toronto.

Murielle Charles, Montréal

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