Le livre de la semaine: La bête et sa cage

DAVID GOUDREAULT, La bête et sa cage (Éditions Alain Stanké) (Infographie Le Soleil)

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DAVID GOUDREAULT, La bête et sa cage (Éditions Alain Stanké)

L'histoire: La bête et sa cage, c'est l'histoire simple et crue d'un gars qui aboutit en prison pour meurtre, dans l'aile psychiatrique. La «bête» raconte dans ses mots sa vie en dedans, les jeux de pouvoir, les rapports de force et les blessures qui ne guérissent pas. Il raconte aussi l'amour, avec son coeur cassé-collé.

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Archives La Presse

L'auteur: Trifluvien d'origine et Sherbrookois d'adoption, David Goudreault a promené ses mots au Québec et ailleurs comme slameur, poète, parolier et écrivain. Le travailleur social de formation a été le premier Québécois à remporter la Coupe du monde de slam de poésie en 2011. Il a récemment reçu le Grand Prix littéraire Archambault pour son premier roman, La bête à sa mère.

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Le monologue d'un enculé

CRITIQUE / La bête et sa cage est un monologue écrit au «je», avec toutes sortes de réflexions sur la vie en dedans et la vie tout court. 

C'est le monologue d'un enculé. L'enculeur, c'est Papillon, dans le clan de Bizoune.

Le ton est donné dès les premières lignes, la «bête» écrit comme elle parle, on aime ou on n'aime pas. J'ai aimé. Le récit de David Goudreault est rude, comme la vie en prison, le texte ne fait pas dans la dentelle. 

La «bête» est en taule pour un deuxième meurtre, il en a pris pour 16 ans. Il nous raconte son nouveau voisinage, les jeux de chats et de souris, les manigances pour faire passer de la drogue, de l'encre pour Philippe le Philippin, tatoueur. Il dira: «Au final, je me demande qui, du gardien ou du détenu, passe plus de temps à surveiller l'autre.» J'avais, en lisant, l'étrange sensation d'être en prison.

Même l'obsession, comme la «bête», de vouloir en sortir.

C'est là tout le talent de l'auteur, de nous rendre attachant ce meurtrier qui pue des pieds, d'embarquer dans ses histoires tordues. Lui dirait des plans de nègre. «Il y a trop de malaise à parler des races de nos jours. C'est ça, le véritable racisme, cette obstination à tout niveler sans reconnaître les différences.»

Entre les lignes, et à travers elles, on découvre surtout un homme seul, abandonné par sa mère, visité seulement par son avocat, «laid, il faut le dire». La «bête» est blessée, consumée par le besoin d'être aimé. 

«Si quelqu'un m'aimait, il serait fier de moi.»

Et c'est comme ça, sans trop comprendre pourquoi, que j'en suis venue à vouloir serrer cet enculé de première dans mes bras. Lui offrir une épaule ou un beau tatou, Philippe le Philippin a complètement bousillé son samouraï. Le livre amène une prise de conscience, essentielle: on ne naît pas bête, on le devient.

Et l'histoire de la «bête», c'est l'histoire de bien des gars en dedans. Mylène Moisan, Le Soleil ***1/2

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À l'heure des choix... criminels

CRITIQUE / Le moins que l'on puisse dire, c'est que la voix de David Goudreault, prêtée aux réflexions du jeune criminel de La bête et sa cage, est percutante.Cette «bête», dont on ignore toujours le nom, on l'a connue dans La bête à sa mère (2015). Le jeune homme n'est pas héros, ni même antihéros, plutôt un gars d'à côté qui a un vécu plus hard que le nôtre, qui a le don du mauvais choix... ou n'a tout simplement pas eu la chance d'être accompagné pour en faire de meilleurs.

Dans le deuxième tome de cette trilogie, le narrateur de 22 ans a trouvé chaussure à son pied: l'aile de «coucous» d'un pénitencier où faire grandir ses ambitions criminelles. Dans cette jungle de murs et de barreaux, pion d'une hiérarchie sans pitié, il parle encore de sexe, d'amour, de violence, de drogue et de fuite, le tout sous le couvert d'une philosophie à gros sabots qui fait souvent sourire.

Le style y est authentique, sans faux-fuyants. Le deuxième tome ne surprend plus par ses figures de style, nombreuses. Toutefois, le verbe et le rythme de David Goudreault se révèlent mieux servis par la trame narrative bien construite de ce huis clos. Chaque mot nous mène vers le point final (annoncé dès l'ouverture du récit): le meurtre. Le décor est riche en images, aussi dures que la réalité qu'elles desservent. Mais c'est véritablement la recherche identitaire du meurtrier qui occupe le devant de cette scène de mots, lui qui navigue continuellement entre un ego démesuré et la recherche de l'amour... partagé ou non.

On aimera, ou pas. Derrière les certitudes du narrateur et ses références tantôt maladroites, tantôt aberrantes se cache une critique sociale parfois juste qui peut déranger. La ligne est mince entre l'absurdité et l'humour noir, entre la naïveté et le cynisme. Goudreault est assez habile pour nous y mener sans trop nous faire dévier de la route. Au lecteur de voir jusqu'où il est prêt à suivre la «bête» et le malaise qu'il provoque. Cindy Lévesque, Le Nouvelliste ****

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Extrait: la première page

Prologue

J'ai encore tué quelqu'un. Je suis un tueur en série. D'accord, deux cadavres, c'est une petite série, mais c'est une série quand même. Et je suis jeune. Qui sait jusqu'où les opportunités me mèneront? L'occasion fait le larron, le meurtrier ou la pâtissière. C'est documenté.

Depuis quatre jours déjà, mon univers est réduit à une cellule d'isolement. Mon avocat vient tout juste de m'apporter papier et crayons. Il prétend que ça m'aidera à tuer le temps et que ça pourrait nous être utile au procès. Mes écrits intéressent les légistes et les spécialistes de tout acabit. J'ignore ce qu'ils en tireront, mais mon juriste endimanché me garantit que ce sera du vrai bonbon pour les psychiatres.

La dernière fois que j'ai commis un meurtre, j'avais tout noté. Les experts s'en sont inspirés pour la rédaction de leurs rapports psychologiques. Rapports ayant contribué à déterminer ma peine. La peine, ça ne se calcule pas.

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Échos des lecteurs

À propos de Nirliit, de Juliana Léveillé-Trudel

Oeuvre coup de coeur, juste, honnête, description d'un milieu difficile où la nature hostile n'est pas la plus cruelle. Y est révélée par petits traits d'anecdotes, de rappels, de confidences rapportés par la narratrice, l'existence d'Eva et d'Elijah. La découverte des autres personnages, amenés un à un amoureusement, explique les circonstances du destin tragique des premiers. Amoureusement, car la narratrice aime profondément ces Inuits de Salluit, petit village où, du Sud, elle remonte chaque été. Sans complaisance, elle décrit la vie des adultes, des enfants du village, l'hiver lorsque le soleil ne paraît presque pas, l'été lorsque les nuits sont si courtes que personne ne dort plus. D'un côté, les Blancs, ce qui inclut les Noirs - «Ça ferait sûrement rire Martin Luther King» -; de l'autre, les autochtones qui voudraient bien ne plus avoir affaire aux premiers, seulement à leur argent. Le désespoir de certains et l'espoir qu'inspirent d'autres. La beauté de la plume s'allie à celle de la nature: «Le fjord entier s'est mis en marche, révolté contre l'hiver et sa prison de glace, le fjord a ramassé tout son courage et a fendu la banquise d'un seul coup, l'eau a surgi rageusement, de partout, et le courant vengeur a emporté les glaces au large, loin, pendant que les vagues fêtaient leur liberté, pour Félix et Maata.» Une oeuvre qui nous emmène en un lieu où bien peu d'entre nous n'iront jamais, lieu qui fait pourtant partie de notre géographie physique et humaine.  Louise Dumoulin, Gatineau  

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