Le livre de la semaine: Nirliit

JULIANA LÉVEILLÉ-TRUDEL, Nirliit (La Peuplade) (Infographie Le Soleil)

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JULIANA LÉVEILLÉ-TRUDEL, Nirliit (La Peuplade)

L'histoire: Une jeune femme blanche se rend dans le Nord, à Salluit. Lors de ses pèlerinages où elle s'occupe des enfants du village, elle est témoin des tribulations des jeunes Inuits qui y vivent et des problèmes auxquels ils font face. Elle n'oublie pas Eva, son amie disparue, et le fils de celle-ci, Elijah, qui tente de trouver le bonheur.

JULIANA LÉVEILLÉ-TRUDEL, Nirliit... (Gopesa Paquette) - image 2.0

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Gopesa Paquette

L'auteure: Née à Montréal, Juliana Léveillé-Trudel a grandi dans le canton de Melbourne, en Estrie, où elle a passé une partie de sa vie. Elle a étudié au Cégep de Sherbrooke avant de poursuivre ses études à l'UQAM. L'auteure travaille dans un organisme de lutte contre le décrochage scolaire à Montréal, mais elle voyage régulièrement au Nord. Nirliit est son premier roman.

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La toundra des coeurs brisés

CRITIQUE / Rares sont les auteurs qui réussissent à nous faire voyager au point qu'on oublie qu'on se trouve chez soi, emmitouflé dans une couverture chaude, ou bien assis à l'ombre d'un arbre par une journée ensoleillée de mai. Juliana Léveillé-Trudel réussit ce tour de force en immergeant le lecteur dans le Grand Nord : on le voit, on le sent, on le goûte et on le vit pleinement, le temps de 173 pages.

Le Nord, c'est dur. Roman coup de poing, Nirliit l'est aussi, mais tout autant qu'il est un hommage à la résilience d'un peuple millénaire, qui vit et qui survit dans la toundra. Une toundra des coeurs brisés...

Le récit, truffé d'expressions aussi bien tournées que douloureuses, raconte la collision qui existe toujours entre les Blancs, qui passent et qui repartent dans une indifférence presque assumée, et les Inuits, dont la culture est présentée avec respect et sensibilité.

Mais Nirliit dépeint aussi, et de façon extrêmement percutante, le sombre quotidien auquel ce peuple est confronté : violence physique et sexuelle, décrochage, suicide, alcoolisme et toxicomanie, grossesses à l'adolescence...

On sent la révolte de l'auteure, témoin impuissante qui cherche à protéger ces enfants qui grandissent trop vite. On vient à ressentir nous-mêmes cette impuissance et la frustration de la protagoniste, puisqu'on s'attache de page en page à des personnages écorchés vifs, mais humains, chaleureux et vrais.

Des visages qui ne demeurent pas anonymes, et qu'on abandonne derrière à contrecoeur une fois notre voyage à Salluit terminé. Espèrent-ils notre retour, à nous aussi?

Il s'agit d'un premier roman pour Juliana Léveillé-Trudel. Vivement la venue du second en librairie. Marie-Ève Martel, La Voix de l'Est  ****

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Incursion au 62e parallèle

CRITIQUE / Que connaît-on de la vie des Inuits, de leur quotidien, du décor qui les entoure, à l'exception des drames qui transpirent dans les médias? Bien peu, pourrait-on dire, sinon les histoires qui nous sont déclinées dans les faits divers. On en sait trop peu sur ces gens qui sont peut-être loin, mais qui habitent la même contrée que nous.

Certes, il y a beaucoup de cela, dans Nirliit, de Juliana Léveillé-Trudel : l'alcoolisme, la violence, le sort des femmes, parce que la vie là-bas en est imprégnée. Le roman de 184 pages nous décrit le quotidien des gens là-bas, le coût de la vie, les gens venus du Sud qui viennent y travailler, les drames qui s'y vivent...

Mais il n'y a pas que ça.

Il y a aussi les liens qui se tissent entre les habitants du Nord et du Sud, la beauté d'un paysage que peu d'entre nous se donneront la peine de découvrir. Cette parenthèse dans la vie de la narratrice, si bien décrite, nous donne envie d'en savoir plus sur ce monde méconnu, aussi imparfait soit-il.

Juliana Léveillé-Trudel nous le fait découvrir par l'entremise de ce que raconte une jeune femme venue du Sud qui s'adresse à son amie Eva, disparue.

Nirliit a le mérite de s'attarder sur un sujet peu abordé, magnifiquement raconté. L'auteure n'hésite pas à décrire les choses comme elles sont, quitte à utiliser un vocabulaire parfois un peu cru, dur comme l'est la réalité là-bas.

Nirliit a aussi le mérite de nous montrer que rien n'est jamais tout noir ou tout blanc; il met en relief de nécessaires zones grises.

Juliana Léveillé-Trudel en est à son premier roman et on espère qu'elle ne s'arrêtera pas là.  Isabelle Pion, La Tribune  *** 1/2

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Extrait: la première page

LA ROUTE EST LONGUE jusqu'à chez toi, Eva. Salluit, 62e parallèle, bien au-delà de la limite des arbres, Salluit roulé en boule au pied des montagnes, Salluit le fjord au creux des reins et, 16 kilomètres plus loin seulement, le grand détroit de Hudson qui te conduira peut-être jusqu'à l'océan Arctique, qui sait.

Il faut venir par les airs, comme les oies, nirliit, je refais inlassablement le chemin du sud au nord puis du nord au sud, chaque fois que l'été revient, chaque fois que l'été se termine. L'avion s'arrête d'abord à La Grande Rivière, trois heures de vol au nord-ouest de Dorval, beauté rugueuse et saisissante lorsque le Dash-8 redescend sous les nuages pour survoler le gigantesque réservoir Robert-Bourassa, des eaux sombres à l'infini, encadrées par des rangées serrées d'épinettes. Le minuscule aéroport de La Grande accueille la faune habituelle du Nord. Des géologues en mission pour le ministère des Ressources naturelles. Des infirmières. Des travailleurs sociaux. Moi. Je ne sais trop dans quelle catégorie me classer. Des inconnus qui ne se parleraient jamais en ville entament des conversations animées, rient aux éclats. Des Blancs. Qallunaat. Les Inuits ne parlent pas. Pas à nous. Nous non plus. Les Blancs dans un coin, les Inuits dans l'autre. Les Blancs, c'est aussi les Noirs. Tous ceux qui ne sont pas Inuits deviennent Blancs à cette hauteur. Ça ferait sûrement rire Martin Luther King.

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