Le club de lecture: Quand j'étais Théodore Seaborn

MARTIN MICHAUD, Quand j'étais Théodore Seaborn (Goélette) (Infographie Le Soleil)

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MARTIN MICHAUD, Quand j'étais Théodore Seaborn (Goélette)

L'histoire: En dépression profonde après avoir perdu son emploi dans le monde de la publicité, Théodore Seaborn végète. Sa vie se résume à manger des Coffee Crisp en regardant la commission Charbonneau jusqu'à ce qu'il croise un jour un homme qui lui ressemble en tout point. Obsédé par ce sosie, il se lance dans une traque qui le mènera jusqu'à Racca, fief du Groupe armé État islamique en Syrie. 

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L'auteur: Avant de se lancer à fond dans l'écriture, Martin Michaud a longuement pratiqué le métier d'avocat d'affaires. Depuis son premier roman sorti en 2010, Il ne faut pas parler dans l'ascenseur, il est devenu l'un des fers de lance du polar québécois. Quand j'étais Théodore Seaborn est son septième roman.

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Je est un autre

CRITIQUE / Comment peut-on passer d'un café Second Cup de Montréal au quartier général du groupe armé État islamique en Syrie? Dans Quand j'étais Théodore Seaborn, l'habile et un brin tordu Martin Michaud nous tricote l'histoire captivante d'un homme dont la curiosité le mènera dans un sacré bordel.

Dès les premières pages de cet imposant roman de 400 pages, l'auteur nous transporte dans l'esprit embrumé par la dépression de Théodore, un publicitaire de 33 ans qui devient littéralement obsédé par un homme qui lui ressemble à s'y méprendre. Il veut tout savoir sur ce sosie et se lance dans une irrationnelle filature, au grand désarroi de ses proches. Et au péril de sa vie. Car tout indique que cet homme qui lui ressemble complote avec des terroristes de l'islam radical.

Un malheureux incident déclenchera une réaction en chaîne qui mènera notre homme au coeur du groupe djihadiste le plus horrifiant de la planète.

Peut-on jouer le jeu d'être un autre pour survivre? Qui est-on réellement? Sauver des vies peut-il racheter celle qui aurait été perdue par sa faute? Ces questions existentielles traversent ce thriller plein de rebondissements. Peut-être trop, pense-t-on par moments devant des scènes un peu invraisemblables, même si Martin Michaud a visiblement fait un travail de recherche rigoureux pour ce roman qui se déroule dans un pays qu'il n'a jamais visité.

Sans prétendre expliquer les motivations des fous de Dieu qui rêvent d'instaurer un califat, Martin Michaud apporte toutefois certaines zones grises dans ce conflit qui déchire la population syrienne depuis des années. Mais au-delà des considérations religieuses ou géopolitiques, on retient surtout de Quand j'étais Théodore Seaborn le récit collé sur l'actualité, un roman à l'écriture juste et vive de la transformation d'un homme qui, paradoxalement, se sent revivre en fréquentant la mort. Faut-il aller au bout de l'enfer pour prendre conscience que la vie est précieuse? Peut-être. Quitte à devenir un autre le temps de le réaliser.  Valérie Gaudreau, Le Soleil ***1/2

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Rédemption chez les djihadistes

CRITIQUE / D'accord, le début du roman est arrangé avec le gars des vues.

Un publicitaire sur la déprime décide de filer son sosie dans les rues de Notre-Dame-de-Grâce. Quelques jours après, le voilà devenu un espion infiltré en plein coeur du fief de l'État islamique, en Syrie... C'est, disons, tiré par les cheveux.

Mais voilà, ce n'est pas la vraie vie. C'est un roman noir, un sapré bon roman noir. Bien écrit, bien documenté. Martin Michaud a du R.J. Ellory dans le nez. La même urgence d'écrire. La même façon d'emballer ses chapitres à la fin. En plus d'une touche d'humour bien personnelle : un dépressif accro aux Coffee Crisp et à la commission Charbonneau, il fallait y penser.

Le héros de Michaud, Théodore Seaborn, incarne des contradictions très contemporaines. Il est québécois d'origine libanaise. Musulman non pratiquant. Torturé par les réminiscences d'une enfance traumatisante. Brillant publicitaire, avant que sa vie perde tout son sens depuis son congédiement. Un être brisé, inutile dans une société de consommation où la performance est loi.

Suivant cette idée que le salut s'obtient par la souffrance, Seaborn guérira son mal de vivre dans la cruelle réalité d'un pays en guerre. C'est du fond d'une geôle, où il est torturé par les djihadistes, qu'il reprendra goût à la vie. Dans un pays lointain où des gens rejettent en bloc le mode de vie des pays riches.

Alors, j'ai aimé. À cause de la brillante façon dont Michaud donne vie à l'occupation djihadiste à Racca. À cause de la finesse des personnages. Même les radicaux islamistes ne sont pas unidimensionnels. Eux aussi sont en proie au doute, déchirés entre leur guerre sainte et un pouvoir de compassion pas totalement éteint.  Patrick Duquette, Le Droit ***1/2

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Extrait: la première page

RÉSURRECTION

Racca, Syrie

Jour n° 10

Tout le monde me croit mort à présent, et j'y ai cru moi aussi. J'y ai cru parce que je pensais être en vie quand j'étais Théodore Seaborn, mais je sais maintenant que je me trompais, que cet homme avait déjà rendu l'âme et qu'un autre a jailli de ses cendres, s'est levé sous la brûlure âpre du soleil et s'est mis à avancer dans la suie et la poussière.

Ce qu'il a enduré, Théodore Seaborn n'aurait jamais pu le supporter. Les périls qu'il a affrontés, Théodore Seaborn n'aurait jamais pu s'y mesurer.

Pourtant, le voyage le plus risqué et le plus insensé qu'il ait entrepris est celui qui l'a mené au bout de lui-même. On ne revient jamais indemne d'un tel voyage.

Je sais ce qui précède, car c'est de l'homme que je suis devenu qu'il s'agit. Et si aujourd'hui les ténèbres murmurent à mon oreille et que l'ombre du soir tombant lèche mes paupières aux cris du muezzin, j'ai la certitude que ce que j'ai subi au cours des derniers jours ne sera pas vain.

Enfermé et seul, j'ai ressassé les questions qui me hantent jusqu'à en mordre le ventre de la terre pour qu'elle me libère de son emprise et que je puisse enfin me regarder en face, sous mon vrai jour.

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Échos des lecteurs

À propos de Vi de Kim Thúy

Vi est un court roman plein de saveurs. On goûte la plume raffinée de Kim Thúy autant que la gamme d'émotions vécue par la petite Vi aux prises avec les traditions ancestrales, les guerres et son émancipation. On se délecte des plats vietnamiens, ouvrages méticuleux, passés des tables asiatiques aux tables québécoises. Roman d'apprentissage, Vi nous offre quelques heures délicieuses. Claire Desjardins, Gatineau

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Voici l'histoire de la vie d'une jeune vietnamienne du nom Boa Vi, ce qui veut dire en français, «Précieuse minuscule microscopique». Vi a vécu un destin bien différent des autres Vietnamiennes de son âge. Elle a découvert le monde grâce à son travail comme avocate et de son amoureux Vincent. Il y a eu des gens qu'ils l'ont aidée au cours de sa vie à devenir une femme autonome, forte et résiliente comme l'amie de sa mère Hà, ainsi que Louis, le mari de celle-ci, son ancien petit ami Tàn, sa colocataire Jacinthe et son amoureux Vincent qu'elle l'a perdu de façon mystérieuse. Ce qui est intéressant dans l'histoire de Vi, elle raconte les moeurs et coutumes de son peuple ainsi que la vie de toute sa famille, y compris ses grands-parents paternels. L'auteure a voulu faire ressortir toute la beauté du Viêtnam et nous faire connaître quelques mots en vietnamien, par exemple: Cuu Long - neuf Dragons, Cai Be - faisceau, bouquet de tiges, Hoxuan Huong - lac au parfum printanier. Je recommande ce livre à tous ceux et celles qui ont le goût d'aller visiter le Viêtnam avec ses goûts, ses saveurs, la beauté des lieux, les moeurs et coutumes du peuple vietnamien ainsi que leur histoire. Monique Bérubé, Lévis

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À venir

14 mai: Marie Laberge, Ceux qui restent (Québec Amérique)

21 mai: Dany Laferrière, Tout ce qu'on ne te dira pas, Mongo (Mémoire d'encrier)

28 mai: Juliana Léveillé-Trudel, Nirliit (La Peuplade)

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