Le livre de la semaine: Le livre de la jungle

RUDYARD KIPLING, Le livre de la jungle (Archipoche) (Infographie Le Soleil)

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RUDYARD KIPLING, Le livre de la jungle (Archipoche)

L'histoire: Les péripéties de Mowgli, petit d'homme enlevé par le tigre Shere Kahn qui trouve refuge auprès d'une meute de loups, sous la protection de la panthère Bagheera et l'ours Baloo. L'enfant-loup y apprendra les lois de la jungle qui régissent tous les animaux. Le recueil contient aussi quatre nouvelles qui mettent en vedette un phoque, une mangouste, un cornac et les animaux au service de l'armée britannique.

RUDYARD KIPLING, Le livre de la jungle (Archipoche) (Archives AP) - image 2.0

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Archives AP

L'auteur: Écrivain et journaliste britannique né à Bombay en pleine époque coloniale, Rudyard Kipling (1865-1936) connaît un succès immédiat en publiant des récits pour la jeunesse. En 1907, il reçoit à 42 ans le prix Nobel de littérature... et demeure à ce jour le plus jeune auteur distingué. Poète accompli (Tu seras un homme, mon fils), il a aussi touché au roman (Kim), mais c'est l'auteur jeunesse qui laissera une empreinte indélébile. Chronique et reflet de la vie quotidienne sous l'Empire britannique, son oeuvre a été la cible de critiques pour les préjugés coloniaux qu'elle véhicule.

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Le paradis perdu

CRITIQUE / J'ai été un scout indolent. Et pas longtemps. Je connaissais donc les grandes lignes de l'histoire de Mowgli, recueilli par une meute de loups, protégé par la panthère Bagheera et éduqué aux lois de la jungle par l'ours Baloo. Mais je n'avais jamais lu le mythique recueil de nouvelles de Rudyard Kipling, qui a bien vieilli malgré son style empesé.

Eh oui! contrairement à ce qu'on pourrait penser, il ne s'agit pas d'un roman. Et Mowgli n'en est pas que le seul héros. Les trois premiers récits lui sont consacrés. Les quatre autres, qui mettent en vedette des animaux, sont toutefois dans le même esprit.

Kipling se sert de ces animaux qui parlent comme autant de métaphores sur la société humaine, ses forces et ses faiblesses, mais aussi ses classes sociales. Bien qu'il s'adresse a priori à de jeunes lecteurs, le Britannique ne sous-estime pas leur intelligence - la langue est loin d'être enfantine.

En fait, ce livre démontre son grand talent de narrateur et les récits qu'il propose sont assez lointains de l'univers édulcoré de Disney dans ses dessins animés et sa version récente. La réalité y est plus brute et moins politiquement correcte, mais les personnages y sont tout aussi attachants. On peut voir Mowgli comme l'incarnation parfaite du mythe de l'enfant sauvage.

Bien sûr, Le livre de la jungle (1894) reflète la vision du monde du Nobel de littérature, fortement teintée d'un impérialisme britannique désuet. Nous ne sommes plus au temps des colonies et l'Inde a bien changé. Le livre est néanmoins riche sur le plan historique, même si la description des moeurs y sert surtout de toile de fond.

Sa lecture révèle aussi une triste réalité : le monde sauvage qu'a connu Kipling, avec sa riche biodiversité, a presque disparu. Son allégorie biblique du microcosme de la jungle comme mythe de la création du monde se lit maintenant comme prophétique : celle du paradis perdu fortement en péril, détruit par la pollution et la surpopulation.

Le livre de la jungle était un récit écologique avant son temps. Juste pour ça, il vaut la peine d'être (re)découvert. Éric Moreault, Le Soleil *** 1/2

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Les mots des prédateurs

CRITIQUE / Rares sont les oeuvres aussi dépaysantes que Le livre de la jungle. Ce recueil de nouvelles et de contes intemporels fascinera plus sûrement le grand liseur que le jeune lecteur. L'enfant se heurtera à la férocité de la Loi de la jungle et l'approche non manichéenne, mais surtout aux qualités littéraires et aux subtilités de la narration. Et ne pourra pas toujours se raccrocher à Mowgli, souvent absent.

Au déracinement du décor - l'Inde de la fin du XIXe siècle - répond l'exotisme des animaux qui le peuplent, doués d'une raison que la raison des hommes ignore. L'anthropomorphisme comportemental des habitants de la jungle est particulièrement inventif. Il est d'ailleurs plus marqué, plus humain, chez les bêtes domestiquées, notera-t-on quand le récit délaisse la jungle pour s'intéresser aux villages, palais royaux ou camps militaires.

Valeurs claniques, règles de chasse, de civilité ou de survie, rituels étranges, surnoms insultants («boiteux», «lèche-plat»), fraternité et rivalités inter-espèces (le mépris ancestral pour le peuple des branches, ces singes sans chef ni mémoire, est savoureux) sont ainsi décortiqués, à mesure que Mowgli le «Petit d'homme» en fait l'apprentissage. C'est d'ailleurs le sel de ce Livre d'aventures, qui nous donne l'impression d'apprivoiser la pensée «sauvage», à défaut de parler le langage des prédateurs.

Pas de dichotomies faciles. La meute des loups révèle sa vraie nature en trahissant l'enfant adopté. Le héros peut succomber à l'orgueil, la colère et la vengeance : observez-le manier la «fleur rouge» (le feu)! Le redoutable Kaa peut constituer un allié formidable. Et les nombreux autres personnages, petits ou gros, veules ou courageux, sont toujours magnifiquement dangereux.

Les descriptions sont plus poétiques que naturalistes et aux histoires s'entrelacent des «chansons» animales, petits poèmes touffus aux beautés mystérieuses.  Yves Bergeras, Le Droit  ****

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Extrait: la première page

Note: le texte peut varier selon les traductions.

Les frères de Mowgli

Voici que Chil le Vautour ramène la nuit à son tour

Que Mang la Chauve-Souris délivre de ses chaînes.

Enfermés sont les troupeaux, dans l'étable et l'enclos

Car la terre est à nous, jusqu'à l'aube prochaine.

Voici que l'heure s'amorce, de la fierté et de la force

Serre, croc et ongle.

Cet appel est pour vous - Oh! Bonne chasse à vous

Tous qui honorez la Loi de la Jungle!

Chanson de nuit dans la Jungle.

* * *

À sept heures, par une soirée très chaude, sur les collines de Seeonee, Père Loup s'éveilla de son repos diurne, et se mit à bâiller, se gratter et étirer ses pattes l'une après l'autre pour chasser la

sensation de torpeur qui engourdissait leurs extrémités. Mère Louve était allongée, son gros museau gris fourré au milieu de ses quatre jeunes, folâtres et braillards, et la lune éclairait l'entrée de la grotte où ils vivaient tous.

- Augrh! dit Père Loup, l'heure est venue de se remettre en chasse.

Et il allait dévaler la colline quand une petite ombre à queue touffue vint franchir le seuil de la grotte en couinant :

- La chance soit avec toi, ô Chef des loups; la chance et de fortes dents blanches soient avec ces nobles enfants, et puissent-ils ne jamais oublier les affamés de ce monde.

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Échos des lecteurs

Au sujet de La femme qui fuit, d'Anaïs Barbeau-Lavalette

Livre coup de coeur, livre coup de poing! Cette auteure qui s'adresse directement à sa grand-mère, qui écrit son livre au «tu» m'a complètement bouleversée. Elle écrit finalement l'histoire d'une femme complètement passée à côté de sa vie, qui a gâché ses liens avec tous ceux qui avaient besoin d'elle. Anaïs réussit même à nous la rendre presque sympathique. Une plume qui décrit, sans juger, et qui pardonne, c'est le plus beau de toute l'histoire. Une oeuvre belle et touchante! Chantal Bélanger, Québec

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Je voyage, ma bibliothèque est un tarmac. La femme qui fuit, décollage assuré! Une plume envoûtante, un mélange de poésie et de prose, de la... proésie. Le phrasé, court et ponctué, nous laisse respirer. Les mots attisent le sixième sens. Ils goûtent l'enfance, sentent les pots d'acrylique, flattent le revers de nos peaux. C'est écrit à la deuxième personne du singulier, un pronom amer. Mais la vie, c'est comme le café, ça prend de l'amertume pour lui donner du goût. Christian Gagnon, Trois-Rivières

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En refermant la couverture, j'ai eu envie de serrer le roman sur ma poitrine, de l'envelopper bien au chaud, de lui faire un câlin. Cet abandon ressenti avec force, aujourd'hui encore, par l'auteure et ses proches, m'a profondément émue. Quelle douleur que d'être abandonnée, comme Mousse l'a vécu, mais aussi d'abandonner, comme Suzanne l'a fait...

Grâce à une narration adressée directement à la fautive, au tu et au présent, on nous place au centre de cette discussion entre l'auteure et sa grand-mère, discussion qui n'aura jamais lieu dans la vie, mais qui s'anime sous nos yeux. Les ruptures de ton, entre les envolées lyriques et la quotidienneté de Suzanne, créent l'ambiance. Elles nous font étouffer avec elle, comme si cette grandeur ne pouvait être contenue dans de si petites choses.

«  Vous vous dispersez dans la nuit, chacun de votre côté. Vous êtes des enfants flous, refusant d'êtres exclus du patrimoine culturel de leur pays.

Et tu te demandes ce qui, sincèrement, te fait croire que tu y as une place.

Tes poèmes dorment au fond de tes poches. Mousse bave dans ton cou. Tu avales la vie des autres et ne sais pas comment construire la tienne. » (p. 187-188)

J'ai adoré, d'une couverture à l'autre, tant dans le style que dans l'histoire. Les ambiances, des plus effervescentes aux plus glauques, nous surprennent ou nous écrasent. Il fallait courage et talent pour arriver à un tel résultat. Chapeau à l'auteure! Josée Trudel, Québec

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À venir

30 avril: Kim Thúy, Vi (Libre Expression)

7 mai: Martin Michaud, Quand j'étais Théodore Seaborn (Goélette)

14 mai: Marie Laberge, Ceux qui restent (Québec Amérique)

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