Le livre de la semaine: La femme qui fuit

ANAÏS BARBEAU-LAVALETTE, La femme qui fuit (Marchand de feuilles) (Infographie Le Soleil)

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ANAÏS BARBEAU-LAVALETTE, La femme qui fuit (Marchand de feuilles)

L'histoire: Qui était Suzanne Meloche? Grâce à une détective privée et à des gens qui l'ont connue, Anaïs Barbeau-Lavalette réinvente la vie de sa grand-mère maternelle, qu'elle a peu connue, à partir d'anecdotes, de lettres et de souvenirs, le tout en marge de la signature du manifeste Refus global, précurseur de la Révolution tranquille.

ANAÏS BARBEAU-LAVALETTE, La femme qui... (Archives La Presse, Ivanoh Demers) - image 2.0

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Archives La Presse, Ivanoh Demers

L'auteure: Née en 1979, fille de la cinéaste Manon Barbeau et du directeur photo Philippe Lavalette, Anaïs Barbeau-Lavalette a étudié en études internationales à l'Université de Montréal et à l'Institut national de l'image et du son. Elle s'est d'abord fait connaître comme réalisatrice en signant documentaires (Les petits princes des bidonvillesLes petits géants) et fictions (Le ring et Inch'Allah, Prix de la critique internationale au Festival du film de Berlin). En tant qu'écrivaine, elle a publié Je voudrais qu'on m'efface et Embrasser Yasser ArafatLa femme qui fuit est son troisième livre. Il est en lice pour le Prix des libraires du Québec 2016 ainsi que pour le prix France-Québec 2016.

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La vie derrière soi

CRITIQUE / L'idée d'une mère qui abandonne ses deux jeunes enfants est heurtante. Difficile à envisager et à comprendre. On n'y voit que femme insensible, femme insensée. On n'y voit d'ordinaire que geste monstrueux. Quand on est soi-même issue de la lignée de celle qui a fui foyer et famille, il y a sans aucun doute un morceau de puzzle manquant. Une blessure qui saigne à l'intérieur de soi. Aux racines.

Anaïs Barbeau-Lavalette l'écrit noir sur blanc : elle n'aimait pas cette femme, sa grand-mère, qui avait fracturé le coeur de sa mère. Mais à la mort de son aïeule, elle se découvre l'envie de la connaître. Elle retourne là où Suzanne Meloche a posé les pieds. Elle fouille, remonte jusqu'à la source, jusqu'à la petite enfance que Suzanne a traversée dans une campagne étouffante, auprès d'une mère avalée par la maternité et la mornitude des jours.

La langue choisie ici par l'écrivaine est enracinée, incarnée, sans fioriture, mais pas dépourvue d'images. À travers cette écriture vive, précise, presque nerveuse, la rencontre avec Suzanne Meloche/Barbeau se fait sans complaisance. Et la route est fascinante, tout comme l'est la plongée dans l'hier artistique du Québec, à l'heure du Refus global, quand une poignée de créateurs (Borduas, Riopelle, Gauvreau, etc.) voulaient se réinventer en tirant la langue à la grande noirceur de Duplessis. Découpé en périodes temporelles d'hier jusqu'à aujourd'hui, le récit narré à la deuxième personne accentue cette idée qu'on avance dans les pas de l'artiste. Poétesse mariée à 20 ans à Marcel Barbeau, féministe éprise de liberté, elle a vite quitté une vie devenue trop petite pour elle. Militante pour les droits des Autochtones et, plus tard, pour ceux des Noirs, elle rêve grand, mais se réalise peu. C'est tout le tragique de cette femme au destin brisé qui s'est aliéné les siens en allant longtemps voir ailleurs si elle y était. Karine Tremblay, La Tribune  ****

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Celle qu'elle aurait aimé connaître

CRITIQUE / Dans la fuite, il y a ce que l'on fuit et ce que l'on poursuit : l'un ne va pas sans l'autre.

Artiste, passionnée, intellectuelle et ambitieuse, Suzanne Meloche a tout fait pour échapper à une vie trop traditionnelle, trop ennuyeuse et dans laquelle elle ne se reconnaissait pas. Elle court plutôt en direction d'une révolution tranquille dont elle ignore le nom; elle s'élance vers la liberté, vers la femme qu'elle rêve d'être, mais au bout du compte, trouvera-t-elle réellement ce qu'elle cherche en abandonnant subitement mari et enfants?

En imaginant la vie de sa grand-mère, Anaïs Barbeau--Lavalette fait la paix avec celle qu'elle aurait aimé connaître davantage. «Ton absence fait partie de moi», lui écrit-elle. Ce faisant, l'auteure rend aussi hommage à une pionnière, une féministe et une artiste qui a trouvé sa tribu dans le groupe ayant donné naissance au célèbre manifeste Refus global.

Contrairement au personnage principal, on ne fuit pas en lisant le roman; on s'y aventure plutôt à grands pas, parcourant les très brefs chapitres les uns après les autres. On y ressent une grande sensibilité de l'auteure, qui nous raconte près d'un siècle d'histoire comme si elle l'avait vécu elle-même.

Le rythme parfois trop saccadé de l'écriture est heureusement contrebalancé par un langage brillamment imagé et qui sied bien à l'héroïne de l'ouvrage, ponctué ici et là de phrases coup de poing qui amènent une réflexion au-delà des pages du roman. À travers la vie réinventée de Suzanne Meloche, Anaïs Barbeau-Lavalette revisite une période charnière, mais pas si lointaine, de notre histoire et de ses protagonistes. Marie-Ève Martel, La Voix de l'Est  *** 1/2

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Extrait: la première page

La première fois que tu m'as vue, j'avais une heure. Toi, un âge qui te donnait du courage.

Cinquante ans, peut-être.

C'était à l'hôpital Sainte-Justine. Ma mère venait de me mettre au monde. Je sais que j'étais déjà gourmande. Que je buvais son lait comme je fais l'amour aujourd'hui. Comme si c'était la dernière fois.

Ma mère venait d'accoucher de moi. Sa fille, son premier enfant.

Je t'imagine qui entres. Le visage rond, comme le nôtre, tes yeux d'Indienne baignés de khôl.

Tu entres sans t'excuser d'être là. Le pas sûr. Même si ça fait 27 ans que tu n'as pas vu ma mère.

Même s'il y a 27 ans, tu t'es sauvée. La laissant là, en équilibre sur ses trois ans, le souvenir de tes jupes accroché au bout de ses doigts.

Tu t'avances d'un pas posé. Ma mère a les joues rouges. Elle est la plus belle du monde.

Comment as-tu pu t'en passer?

Comment as-tu fait pour ne pas mourir à l'idée de rater ses comptines, ses menteries de petite fille, ses dents qui branlent, ses fautes d'orthographe, ses lacets attachés toute seule, puis ses vertiges amoureux, ses ongles vernis, puis rongés, ses premiers rhums and coke?

Où est-ce que tu t'es cachée pour ne pas y penser?

Là, il y a elle, il y a toi, et entre vous deux : moi. Tu ne peux plus lui faire mal parce que je suis là.

Est-ce que c'est elle qui me tend à toi, ou toi qui étires tes bras vides vers moi?

Je me retrouve près de ton visage. Je bouche le trou béant de tes bras. Je plonge mon regard de naissante dans le tien.

Qui es-tu? Tu t'en vas. Encore.

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Échos des lecteurs

À propos des Hautes montagnes du Portugal de Yann Martel:

Tout comme L'histoire de Pi, j'ai adoré la lecture du livre Les hautes montagnes du Portugal. Je l'ai lu avec un ravissement certain. Les trois intrigues principales (le voyage en voiture en 1904, la visite chez le pathologiste en 1939 et le sénateur qui fait l'acquisition d'un singe dans notre siècle) m'ont questionné tout au long sur ce qui les reliait entre elles. J'ai aimé l'originalité des sujets, les détails et les descriptions, et comment la foi y est décrite de façon différente. Je le recommande à tous mes amis comme lecture.  Michel Tremblay, Ottawa, Ontario

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Ce roman en trois parties m'a laissé un sentiment étrange, mêlé à la fois d'émerveillement et de déroute. Dans une écriture puissamment inventive, parfois humoristique, Yann Martel propose une exploration allégorique de la foi. Il recourt à un animal, le chimpanzé, pour symboliser le religieux et, de façon plus subtile, l'art. Avec Martel, il faut s'attendre à tout: au merveilleux, à une touche de poésie ainsi qu'à des scènes délirantes portées par des protagonistes hauts en couleur. Quiconque aime les histoires simples doit s'abstenir.  Claire Desjardins, Gatineau

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Les trois parties du livre sont très différentes et nous amènent à suivre des gens qui ont perdu des proches et leurs réactions à la suite de ces morts. Il y a des choses étranges dans ce livre et des liens qui font réfléchir. L'auteur aime la nature dans toute sa beauté. Le moment présent est un élément important. Il contient de très belles images poétiques basées sur la nature. Par exemple : «J'en ai été aussi surprise qu'une fleur qui voit pour la première fois une abeille venir vers elle.» Les fins de chaque partie sont emplies d'émotion et m'ont touchée, et j'ai adoré la fin. Micheline Aubé, Château-Richer

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À venir

23 avril: Rudyard Kipling, Le livre de la jungle (Archipoche)

30 avril: Kim Thúy, Vi (Libre Expression)

7 mai: Martin Michaud, Quand j'étais Théodore Seaborn (Goélette)

 

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