Le livre de la semaine: Les hautes montagnes du Portugal

YANN MARTEL, Les hautes montagnes du Portugal (XYZ Éditeur) (Infographie Le Soleil)

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(Québec) YANN MARTEL, Les hautes montagnes du Portugal (XYZ Éditeur)

L'histoire: Trois récits, trois époques, un seul pays. En 1904, un jeune veuf part à la recherche d'une relique religieuse, dans le nord du Portugal. Trente-cinq ans plus tard, un pathologiste est confronté à un cadavre et à une visiteuse particulièrement troublants. Au début des années 80, un sénateur canadien quitte tout pour déménager dans son village ancestral portugais, en compagnie d'un... chimpanzé.

YANN MARTEL, Les hautes montagnes du Portugal... (Archives La Presse) - image 2.0

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L'auteur: Fils de diplomate, Yann Martel a commencé sa carrière littéraire à l'âge de 27 ans, après des études en philosophie à l'Université Trent. Ses nombreux voyages et sa passion pour les cultures étrangères l'ont guidé dans la rédaction de L'histoire de Pi, lauréat du prestigieux Man Booker Prize of Fiction en 2002.

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Voyage au pays de l'imaginaire

CRITIQUE / Natif de l'Espagne, Yann Martel n'en semble pas moins attaché au pays voisin de la péninsule ibérique, en particulier les «hautes montagnes» du Portugal, ou plutôt les «simples collines» de cette contrée, lieu de convergence de trois histoires gigognes qui se font écho de façon inusitée.

Si l'intérêt tarde à se manifester dans le premier récit, où un habitant de Lisbonne part à la recherche d'une relique religieuse, sorte de road movie avant l'heure à l'époque de la première voiture, il en va autrement du reste du bouquin, beaucoup plus savoureux.

La passion de l'auteur pour les questions existentielles et religieuses s'affiche alors avec éloquence, non sans plusieurs pointes d'humour. À travers le récit d'un pathologiste, confronté à une décomposition d'un cadavre dont la description ferait mourir de jalousie Stephen King, Martel se plaît à tisser des liens inattendus entre Jésus-Christ et... les romans d'Agatha Christie.

Comme il l'avait démontré dans L'histoire de Pi, Martel est attiré par la nature profonde des animaux. Le dernier droit du livre, le plus touchant, brosse le portrait d'une troublante relation entre un sénateur veuf, en rupture avec la société, et un chimpanzé avec lequel il se lie d'affection, au point de l'amener vivre avec lui dans la maison de ses ancêtres, dans la région de Tuizelo. C'est à cet endroit que l'intrigue du livre trouvera son dénouement pour notre plus grand plaisir. La prose de Martel, limpide et souple, trace un sillon durable dans notre esprit.

Si son roman est une belle invitation à sillonner les routes du Portugal, il s'avère surtout un billet aller seulement pour un autre pays, follement inventif celui-là, où de hautes montagnes qui n'en sont pas vraiment permettent de jouir d'un regard unique sur cet endroit imaginaire. Normand Provencher, Le Soleil  ****

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L'homme, entre foi et esprit critique

CRITIQUE / Yann Martel élève sa plume d'un cran pour signer, avec Les hautes montagnes du Portugal, son roman le plus fluide et le plus accessible. Ce qui ne veut pas dire, tant s'en faut, de proposer un titre interpellant les lecteurs à plusieurs niveaux puisqu'il est question de deuil, de foi, de science, d'hommes et d'animaux.

Chacune des parties du roman met en scène une période et un homme différents. Tomás perd femme et fils (1904); Eusebio réalise une autopsie au coeur de la nuit (milieu des années 30); Peter rachète un singe d'un centre de recherche (années 50).

Ces trajectoires se font écho de multiples façons.

D'abord, par la figure récurrente et hautement symbolique du chimpanzé, qui remplace ici Richard Parker, le tigre de L'histoire de Pi. Le singe renvoie à la figure du Christ, à sa présence dans la vie de ses personnages : le premier est en révolte contre lui; le deuxième traverse une phase de doute; le troisième décide de lui faire une place dans son quotidien.

Ensuite, par la réflexion que l'auteur développe d'une partie à l'autre sur l'idée même de modernité (Tomás atteint les hautes montagnes en voiture... en 1904, là où, 50 ans plus tard, Peter s'installe dans une maison sans électricité ni téléphone). Ce faisant, Yann Martel s'intéresse à la nature des relations humaines, comme aux rapports entre les hommes et les animaux, et à l'esprit critique par rapport à la science et à la religion.

Avec pour résultat que le deuxième «temps» du roman s'avère de loin le plus (im)pertinent. Les liens que l'écrivain tisse entre les intrigues de la «reine du crime» anglaise Agatha Christie et la vie de Jésus sont tout simplement brillants. Par le biais d'Eusebio et de sa femme Maria, Yann Martel évoque Jésus, Judas et Ponce Pilate aussi bien qu'Hercule Poirot, et remet en question les notions de bien et de mal, de coupable et de victime. Des passages qui provoquent... la réflexion, stimulent l'intellect et font souvent sourire en coin. Valérie Lessard, Le Droit   ****

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Extrait: la première page

Tomás décide de marcher.

De son humble appartement de la Rua São Miguel dans le quartier malfamé de l'Alfama jusqu'au majestueux domaine de son oncle dans le secteur cossu de Lapa, c'est une bonne marche à travers une grande partie de Lisbonne. Cela risque bien de lui prendre une heure. Mais le matin est doux et lumineux, et la marche va l'apaiser. Hier, Sabio, l'un des domestiques de son oncle, est venu chercher sa valise et le coffre de bois qui contient les documents dont il a besoin pour sa mission dans les Hautes Montagnes du Portugal, ce qui fait qu'il n'a que sa personne à transporter.

Il tâte la poche de poitrine de sa veste dans laquelle le journal du père Ulisses est glissé, enveloppé d'un tissu soyeux. C'est idiot de sa part de le traîner ainsi, avec une telle désinvolture. Ce serait une catastrophe s'il le perdait. S'il avait un tant soit peu de bon sens, il l'aurait laissé dans le coffre. Mais il a besoin ce matin d'un supplément de soutien moral, comme chaque fois qu'il rend visite à son oncle.

Même dans son agitation, il pense à prendre la canne que ce dernier lui a donnée, plutôt que celle qu'il utilise habituellement. La poignée est en ivoire d'éléphant et le bâton, en acajou d'Afrique, mais elle a surtout ceci d'inusité qu'un miroir de poche rond dépasse sur le côté, juste en dessous de la poignée. Ce miroir est légèrement convexe, et l'image qu'il reflète est assez large. N'empêche que c'est complètement inutile, l'idée était futile en partant, car une canne de marche est par nature en constant mouvement, et l'image reflétée par le miroir est ainsi trop vacillante et fugace pour être de quelque utilité que ce soit. Sauf que cette élégante canne, faite sur mesure, est un cadeau de son oncle, et Tomás l'apporte chaque fois qu'il va le voir.

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